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Accueil >> Carême >> Semaine 2 >>   " Le Sauveur du monde" Jn 4, 42

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" Le Sauveur du monde" Jn 4, 42

Dimanche 18 mars 2001

 

En ligne depuis le mercredi 26 juillet 2006.
 
 

L’intention de ce long entretien est claire, marquée dès le début : " Il lui fallait traverser la Samarie ". Jésus aurait pu prendre une autre route, mais il lui fallait rencontrer cette femme, une étrangère et une pécheresse, pour lui révéler les dimensions du Royaume. A la fin du récit de Jean une phrase nous redit ce dessein : "nous savons qu’il est vraiment le sauveur du monde" . De nouveaux horizons s’ouvrent devant ceux à qui, aux noces de Cana, Jésus a commencé à manifester sa gloire, ceux de la moisson, préparée depuis des siècles et dans laquelle ils sont invités à entrer pour y travailler à leur tour.

Pour commencer, remarquons la manière humaine et vivante dont se développe le récit. Comme d’habitude, plus saint Jean nous entraîne vers les hauteurs, plus il fait apparaître la délicatesse du Verbe fait chair, d’autant plus humain, semble-t-il, qu’il est plus divin. Condescendance humaine et divine à la fois, elle vise juste. Elle n’esquive pas le trait qui ouvre un être à lui-même, en lui révélant le besoin qu’il a de Salut et en faisant appel à sa liberté. Si parfois elle se fait brusque et acérée, c’est pour libérer l’homme du noeud de misère qui le lie.

Le dialogue s’engage-t-il mal ? Les interlocuteurs y demeurent en parallèle : chacun s’y exprime sans paraître s’occuper de l’autre. Etonnement de la femme d’abord, scandale même : "Comment toi, Juif, tu m’adresses la parole à moi, une samaritaine !" On mesure le poids des excommunications qui pèse sur les deux personnages du récit. On pourrait évoquer à leur propos le mot de Simon le pharisien, voyant la pécheresse aux pieds de Jésus : si cet homme savait qui est cette femme ! Exclusions mutuelles au nom de la religion et de la morale, Jésus n’en tient pas compte. Il prend même l’initiative de l’entretien :"donne-moi à boire", dit-il à la femme. Le créateur vient au-devant de la créature. Comprenons avec saint Augustin que c’est pour moi qu’il est épuisé et à moi qu’il demande à boire, comme s’il voulait trouver en moi son repos. C’est "la sixième heure", celle de la faiblesse humaine, comme lors de la Passion, lorsque Jésus est condamné à mort (Jn 19, 14). Que peut comprendre la femme aux paroles du voyageur inconnu : le don de Dieu "l’eau vive" ? Nous, nous savons. Le don de Dieu, c’est Jésus ; l’eau vive, la révélation divine contenue dans la parole qu’il est lui-même. La samaritaine, elle, en demeure au sens immédiat : "Comment peux-tu puiser ? Tu n’as pas de seau et le puits est profond ". Songeant à l’ennui qu’elle a de venir chaque jour pour puiser l’eau, elle s’exclame : "donne-nous toujours de cette eau-là, de cette eau qui devient source, pour que je n’aie plus besoin de venir puiser ici". Demande qui rappelle celle des juifs qui ont mangé le pain du miracle : "Donne-moi toujours de ce pain". Tant de nos demandes, d’apparence religieuse, reconnaissons-le, conservent pareilles ambiguïtés. Jésus pourtant les reçoit, sachant où il nous conduit. Il y trouve l’occasion de porter le coup décisif : "Va chercher ton mari". Il le porte d’une main alerte et sûre. Pas de faux-fuyants. Il faut, pour que l’homme soit illuminé, qu’il consente à regarder les ténèbres où il est enfermé. S’il consent, il est sûr de trouver Jésus. La femme, percée à jour -"cinq maris" !- n’est pas humiliée. Elle ne se sent pas rejetée devant la splendeur de lumière qui éclate en Jésus. Ses défenses tombent, "je vois que tu es un prophète", dit-elle. Elle peut entrer dans la lumière. Il est remarquable que Jésus ne s’attarde pas à l’aveu. L’important est qu’il se fasse dans la sincérité du coeur, là où le Père voit dans le secret et peut rejoindre sa créature au-delà de toutes paroles. C’est la seule manière de sortir du péché : reconnaître ce que l’on est et laisser la lumière accomplir son oeuvre. Elle va entraîner la femme au-delà de tout ce qu’elle imagine.

Pour l’instant, touchée au coeur par les paroles de ce déroutant étranger au langage prophétique, "je vois que tu es un prophète, toi", elle lui demande : où faut-il adorer, sur le mont Sion à Jérusalem ou sur le mont Garizim tout près d’ici ? Jésus répond : La question, femme, ne se pose plus ainsi. A partir de maintenant les vrais adorateurs, à quelque race ou peuple qu’ils appartiennent, adoreront le Père en esprit et vérité. Sans pouvoir, bien évidemment, entrer de plein- pied dans la parole de son interlocuteur, mais profondément ébranlée en son coeur par ce discours absolument nouveau, la femme de Samarie croit y percevoir le langage de ce mystérieux Messie à venir annoncé par les prophètes. N’est-il pas dit au livre de Moïse : "Dieu suscitera du milieu de toi, d’entre les frères, un prophète comme moi. C’est lui que vous écouterez" (Dt 18, 15) ? Ce prophète ne serait-il pas justement, s’interroge-t-elle, celui qu’elle écoute en ce moment ? Je sais (dit-elle sous la poussée de l’Esprit l’envahissant) qu’un Messie vient, celui qu’on appelle Christ. Quand il viendra, celui-là, il nous enseignera tout. La répartie vient, foudroyante : "Je le suis, moi qui te parle". En ce peu de mots la Révélation tout entière est livrée. Jésus se découvre en plénitude à cette âme de misère qui le cherchait dans la nuit. "Je le suis" (ego eimi), c’est le nom même de Dieu depuis l’Exode ; "moi qui te parle" : il est lui-même la parole, le Verbe de Dieu présenté par Jean dès le Prologue.

Interrompant l’échange -mais que pouvait-il être ajouté ?- les disciples reviennent de la ville. Passons. Rien ne saurait retarder la foi-élan de cette femme. Elle abandonne là son seau. Quelle eau pourrait-elle encore puiser pour elle ? Elle s’en va, en courant, rejoindre ses compatriotes. Elle leur crie, toute haletante : "Venez voir un homme - comment dire ?- un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait". Oui, ce que de moi-même je ne savais pas, ce long passé d’adultère que seul peut révéler la rencontre avec l’amour. N’est-il pas le Christ ? Pour elle, plus d’hésitation possible. S’élève alors, au terme de cette longue scène, le choral des Nations : "Ce n’est plus désormais sur tes dires que nous croyons", confessent les samaritains ; pendant les deux jours qu’il est resté avec nous," nous l’avons entendu nous-mêmes, et nous savons qu’il est en vérité le Sauveur du monde" (Jn 4, 42). Jésus a loué le samaritain qui a bandé les plaies d’un voyageur et qui est devenu l’image de sa mission. Ici c’est de nouveau la Samarie qui se penche sur un nomade recru de fatigue et se fait la messagère de sa messianité. Son passé agité, mais aussi sa charité, attachent cette femme à son peuple. Ce n’est plus la nation maudite aux cent cultes, mais la commune patrie du dixième lépreux-lui aussi samaritain- et du voyageur de Jéricho, de l’homme qui dit merci et de l’homme qui fait grâce. Charité et reconnaissance, notre samaritaine foule ces deux chemins de la foi. Implorée, elle console. Implorant, elle confesse. La foi mûrit en Samarie, la terre blonde d’épis, et sans un signe donné, d’un simple cri de femme. Que Dieu nous donne la grâce : de nous identifier avec elle, d’être reconnaissant comme le samaritain guéri, de propager le feu de la charité comme le voyageur de Jéricho.




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 " Le Sauveur du monde" Jn 4, 42



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