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Accueil >> Ordinaire >> Semaine 23 >>   Qu’as-tu fait de ton frère ?

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Qu’as-tu fait de ton frère ?

Dim. 5 septembre 1999

 

En ligne depuis le dimanche 5 novembre 2006.
 
 

Dans ce chapitre 18 de son Evangile Saint Matthieu rassemble plusieurs paroles du Christ concernant la vie fraternelle de ses disciples. C’est un fait : par le Baptême nous sommes liés les uns aux autres par cette mystérieuse consanguinité qui fait de nous vraiment des frères, des sœurs en Christ

Et parce que frères et soeurs, nous sommes responsables les uns des autres. C’est là une première vérité qui se dégage du texte que nous venons d’entendre.

Dieu, notre Père, donne beaucoup à chacun.

A chacun donc de se dire : ce que j’ai reçu n’est pas que pour moi , ce que Dieu a mis dans mes mains ne doit pas rester dans mes mains , me voici en dette vis à vis des autres ; j’ai à donner de ce qui m’a été donné. Nous rejoignons là une loi générale qui vaut pour tout être humain, en dehors même des perspectives de la foi : on ne devient vraiment soi-même que par le don de soi-même. Pour nous, chrétiens, vivre du Christ ce n’est pas cultiver une intimité qui nous enfermerait avec Lui, chacun ou en petit groupe (pour nous tenir chaud !), vivre du Christ c’est assurer cette circulation intense d’eau vive qui féconde l’Eglise, et bien au-delà de l’Eglise, le monde des hommes.

Vous reconnaissez ici la réalité de la communion des saints : circulation invisible, souterraine : chacun donne et reçoit bien au-delà de ce qu’il peut percevoir ; mais aussi et en même temps circulation visible, exprimée dans ces initiatives, ces démarches qui poussent chacun inlassablement à la rencontre des autres.

Ces initiatives, ces démarches ne consistent pas seulement à échanger entre nous quelques politesses, quelques gentillesses, quelques menus services. Elles peuvent prendre un tout autre ton, le ton de l’indignation par exemple. C’est là une deuxième vérité que nous suggère l’Evangile de ce jour : "Si ton frère vient à pécher, va le trouver et reprends-le". L’indignation est une des formes les plus hautes de l’amour ; elle ne doit pas être confondue avec l’agressivité. Agressivité, décharge nerveuse, incontrôlée, souvent immature qui ne passe ni par l’esprit ni par le coeur qui se déclenche en court-circuit, réaction qui n’a pas sa charge d’amour, sa garantie d’amour, qui se déploie hors l’amour.

L’amour construit, l’agressivité ne construit pas, elle risque fort de détruire. L’indignation, elle, construit, parce qu’elle est une expression de l’amour, elle est l’amour qui prend les armes, qui s’attaque dans l’autre à ce qui est son mal et qui par là porte atteinte au circuit d’amour qui alimente la communauté.

Le Christ nous donne de vigoureux exemples d’indignation, lorsqu’Il s’attaque aux pharisiens, aux docteurs de la Loi, aux marchands du Temple. Il les aime (Il mourra et ressuscitera pour eux comme pour vous et moi) et c’est son amour même qui s’indigne, qui s’insurge contre le mal qu’il perçoit en eux ; la violence de ses paroles est la violence de son amour.

Quand nous s avons à dire à quelqu’un telle ou telle parole sévère, rude (je ne dis pas dure) assurons nous d’abord que nous voyons juste (ce n’est pas si sûr), et puis lumière faite au maximum, ne nous jetons pas trop vite sur lui, demandons-nous si nous l’aimons assez pour combattre efficacement son mal, si c’est vraiment l’amour qui donne le ton ànotre démarche (l’amour et non pas la jalousie, l’envie ou quelque autre sentiment peu reluisant, inavouable). Si oui, alors n’ayons pas peur. Ne rien dire, ne rien faire serait manquer d’amour, préférer la sécurité peureuse et lâche de notre petit moi au vrai bien de l’autre et des autres.

Tout cela bien sûr, avec l’humilité, l’à propos, le tact, l’ingéniosité, l’intelligence qui sont autant de notes de l’amour. Plus qu’ailleurs, l’esprit de finesse doit prévaloir ici sur l’esprit de géométrie. C’est bien ce que l’Evangile nous suggère : "d’abord va trouver ton frère seul à seul..puis..si besoin, avec un ou deux témoins, enfin devant la communauté..". C’est ainsi que se construit la communion : par l’amour délicat et exigeant que nous nous portons les uns aux autres.

Enfin, troisième vérité qui sous-tend les deux premières et que suggère le dernier verset de cet Evangile : tout ce qui se passe ainsi entre nous et qui doit construire la communion, trouve ses tenants et ses aboutissants dans notre rapport avec Dieu, "2 ou 3 sont-ils réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux". Jacques Maritain traduisait : "je suis leur milieu, leur centre". En effet ce n’est pas de notre pauvre coeur que nous pouvons tirer l’amour qu’il faut dépenser à longueur de jours au service les uns des autres. L’autre est si grand que, pour l’aimer comme je dois l’aimer, je dois me centrer sur l’Amour même, aller puiser l’amour à sa source, et sa source, c’est le Dieu vivant, révélé en Jésus-Christ, l’amour versé dans nos coeurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné (Romains 5,5). C’est Dieu qui aime le premier. Un seul courant d’amour jaillit du coeur de Dieu, atteint notre coeur et de là entre en circuit dans le réseau de nos relations pour gagner (si nous ne le tarissons pas au passage), le coeur des autres.

C’est bel et bien de cet amour là qu’il s’agit, pas d’un sentiment quelconque qui agiterait notre coeur, encore moins de l’amour au sens du kiosque à journaux (de grâce n’employons pas à tort et à travers ce mot immense :Amour !). Seul l’amour qui prend source en Dieu peut construire l’unité en nous et entre nous. Cela vaut pour toute communauté (paroissiale, religieuse, familiale, car une famille de baptisés est en toute vérité une communauté d’Eglise).

Oui, finalement notre communion fraternelle est liée à notre communion avec Dieu. "Vivre en Eglise, c’est ensemble par la prière, par la lecture de la parole de Dieu, par le coude à coude de nos liturgies, nous approvisionner, nous ravitailler inlassablement de cet amour, délicat et vigoureux, qui nous pousse inlassablement à agir, à lutter avec nos frères, pour nos frères, pour tous les hommes. Amen.




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