Accueil
Présentation Avent Noël Ordinaire Carême Pâques Sanctoral Divers        


Accueil >> Ordinaire >> Semaine 24 >>   La juste miséricorde

TOP 5 :

textes  les plus lus :
 
par fr. HF Rovarino o.p.
La Mère de Dieu a quelque chose à nous dire
8385 visites

par fr. R Bergeret o.p.
Au désert, je parlerai à ton cœur
7517 visites

par fr. R Bergeret o.p.
Dieu nous fait le cadeau de sa présence
7412 visites

par fr. ST Bonino o.p.
Notre attente : la vie éternelle
6700 visites

par fr. BM Simon o.p.
Le jeune homme riche
6304 visites

La juste miséricorde

En ligne depuis le dimanche 5 novembre 2006.
 
 

Un étudiant japonais bouddhiste m’étonna grandement, il y a quelques mois, lorsque, au cours d’une discussion que nous avions ensemble, il accusa le christianisme de favoriser la multiplication des crimes en promettant le pardon de Dieu à ceux qui les commettent. J’eus beau lui dire que le pardon n’est pas une approbation du mal commis et qu’il suppose le regret de la part du coupable, je voyais qu’il y avait entre nos perceptions mutuelles du christianisme un épais malentendu. J’y ai réfléchi depuis et je me suis demande si nous n’encourions pas quelque responsabilité dans celle méprise. Il est certainement heureux que notre époque souligne que Dieu est amour, tendresse et miséricorde, mais ne faut-il pas aussi, dans le même temps et dans la même mesure, affirmer qu’il est juste ? Infiniment bon et infiniment juste, car bonté et justice ne sont en lui qu’une seule et même réalité. Si le chrétien peut et doit exalter le pardon, et surtout en vivre, ce ne saurait être au détriment de la justice, comme si le mal n’avait pas d’importance. Magnifier le pardon, ce n’est pas assurer l’impunité aux tortionnaires et justifier la perpétuelle oppression des petits, des faibles et des pauvres. Le pardon n’est pas une complicité. ou une indifférence à l’égard du mal. Il est permis parfois de crier son indignation et sa révolte, niais à la manière des psaumes, c’est-à-dire en abandonnant à Dieu cette justice dont nous n’abdiquons nullement le désir mais que nous renonçons à accomplir nous-mêmes.

La capacité de pardonner dépend ainsi de notre confiance en Dieu notre Père. C’est pourquoi le livre de Ben Sirac le Sage invite, pour dépasser le désir de rancune ou de vengeance, à penser à lia mort et à l’au-delà, aux commandements et à l’Alliance du Très-Haut. Plus, en effet, nous nous savons débiteurs à l’égard de la miséricorde de notre Père Céleste, plus nous devenons à même d’agir à l’égard de nos frères avec la même inlassable bonté, en pardonnant non seulement jusqu’à 7 fois, chiffre symbolique de plénitude, niais jusqu’à 70 fois 7 fois, c’est-à-dire : plus que beaucoup : toujours. Il n’est pas anodin que dans la prière que Jésus a laissé à ses disciples figure cette demande : Remets-nous nos dettes comme nous les remettons à nos débiteurs. Il s’agit de la prière filiale par excellence, celle enseignée par le Fils Unique de Dieu à ceux qui ont été adoptés par son Père et notre Père comme enfants de Dieu. Cela signifie que ce pardon incommensurable qui nous est demandé, et qui manifeste l’amour des ennemis auquel Jésus nous appelle par ailleurs, fait partie de notre vie d’enfants de Dieu, non comme une option louable supplémentaire niais comme une exigence intrinsèque. C’est pourquoi la prière quotidienne du Notre Père, si elle est dite en vérité, non des lèvres seulement mais du fond du coeur, est un puissant moteur de conversion.

Inséparable de la confiance en Dieu, le pardon chrétien l’est aussi de la foi en la vie éternelle. Comment tant de martyrs, depuis le premier d’entre eux, Jésus en croix, peuvent-ils pardonner à leurs bourreaux, sinon parce qu’ils savent que leur mort est l’entrée dans la vraie vie ? On voit bien, dans l’Ancien Testament, que le peuple de Dieu prend progressivement conscience que le bon ne prospère pas toujours et que le méchant n’est pas toujours puni ici-bas. Le cas de Job est là pour le prouver. Ce constat pourrait pousser au désespoir ou au cynisme si ne s’affirmait en même temps l’espérance d’un au-delà où toute justice s’accomplira. Le pardon chrétien suppose cette foi et cette patience qui font supporter, en attendant le jour de la moisson, que l’ivraie croisse avec le bon grain, ce qui est d’ailleurs à notre avantage car nous ne saurions ignorer que notre propre coeur n’est pas que bonne herbe et bon fruit

Le modèle et la source du pardon exigé de nous est donné par Dieu et manifesté en Jésus. Faut-il le dire surhumain ? Peut-être si nous ne recourons qu’à nos propres forces. Maïs, en un autre sens, nul n’est plus " humain " que Dieu, car l’humanité du Verbe incarné est la perfection de toute humanité. Le pardon peut donc bien être terriblement difficile et, comme l’on dit, " humainement " impossible. Il reste que l’enfant de Dieu qui a part à l’Esprit du Christ et qui sait avoir cloué son Seigneur en croix, parce qu’il a reçu la miséricorde petit, autant qu’il le doit, la donner à son tour. Dieu serait, si j’ose dire, " inhumain " s’il ne donnait la possibilité de faire ce qu’il commande. Certaines blessures sont telles que le pardon semble impuissant à naître et à se frayer une voie dans le coeur, mais Dieu peut donner à qui le demande de se conformer à l’attitude de Jésus en sa passion.

Gardons-nous de voir dans ces textes que nous propose la liturgie de ce dimanche, l’horizon idéal qui ne se réaliserait que chez quelques saints et martyrs héroïques. Clairement, nous sommes avertis que si nous ne pardonnons pas à notre frère comme nous avons été pardonné par notre Père, nous serons jugés et condamnés du fait même de notre dureté de coeur. Il ne sert à rien de dire " Seigneur, Seigneur ", si nous n’accomplissons pas le commandement du Seigneur, qui est de nous aimer et de nous pardonner mutuellement. Quand bien même tout le reste de notre vie témoignerait pour nous, si nous n’avons pas la charité qui pardonne nous ne sommes rien et nous n’obtiendrons rien. Dans le secret de notre coeur demandons au Seigneur de fondre nos éventuels pardons refusés et d’arracher les racines peut-être renaissantes de nos pardons donnés.




3357 affichages
 

 La juste miséricorde



Untitled Document