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Accueil >> Ordinaire >> Semaine 32 >>   Jeanne d’Arc : vierge sage ou vierge insensée ?

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Jeanne d’Arc : vierge sage ou vierge insensée ?

Dim. 7 novembre 99

 

En ligne depuis le dimanche 5 novembre 2006.
 
 

Le Seigneur choisit de bien curieuses paraboles pour nous expliquer les mystères du Royaume des Cieux.

Royaume placé sous le signe de l’Alliance. Il y a l’époux, c’est normal. Mais pourquoi dix vierges. Et dix rigoureusement partagées en deux groupes : cinq sottes, cinq sensées, nous dit-on. Et pourquoi ce cri. Rendez-vous compte, un cri à minuit. Pourquoi l’époux rentre-t-il à minuit et de qui est-il l’époux ? Il faut donc que les vierges traversent la nuit et c’est le drame des lampes à l’huile. Toute la bêtise tient-elle à quelques goûtes d’huile… De toute façon, cela ne sert à rien car toutes arrivent à la salle des noces. Certes, les sottes arrivent trop tard. Mais la leçon de la parabole est elle-même curieuse :"Veillez donc", dit-on, or toutes les vierges, sottes et sensées, s’étaient bien et bel endormies.

C’est le rôle d’une parabole que de n’être pas parfaitement logique. Pour vraiment enseigner, elle doit présenter quelque chose de déroutant, une parole, un geste, un exemple. L’auditeur averti s’attend à un décalage, un hiatus, une bizarrerie sur laquelle va porter l’enseignement, souvent quelque chose de nouveau ou de dit autrement. La parabole s’adresse bien à l’intelligence mais elle veut aussi faire vibrer les cœurs et donnait le sens du mystère.

Je voudrai méditer cette parabole à travers un personnage et un fait d’actualité récent.

En effet, on vient de présenter au cinéma la figure déroutante de Jeanne d’Arc. Pris par l’émotion que provoque ce film, je voudrai comprendre à travers lui cette parabole, la sagesse des unes, la sottise des autres, ce cri dans la nuit, cet époux de la veille, cet époux d’un minuit qui ne connaît ni le jour ni même l’heure.

Qu’ai-je pensé de ce film ? Par nature bon public, j’ai été saisi. Je sais. On a critiqué le film. Son merveilleux un peu new age, une Jeanne trop hystérique, une mystique rabaissée à un sentiment subjectif, un dieu mal identifié, sans parler de la violence des batailles à la limite du soutenable. Pourtant, je maintiens, j’ai été saisi. D’ailleurs, les quelques étudiants qui m’accompagnaient voulaient en savoir plus et lire ou relire la vie de Jeanne d’Arc. L’un s’est même posé la question : que penseront de ce film les gens non croyants ?

Alors, Jeanne : vierge sage ou vierge insensée ? A coup sûr, dans la nuit de la fin du Moyen âge, elle a entendu le cri de l’Epoux. Le film l’exprime à sa manière. Il est certain que le metteur en scène n’a pas réalisé ce film dans un but de défense de la foi chrétienne. Il souligne même à plaisir des contradictions étonnantes. Justement, c’est dans quelques unes de ces contradictions que peut s’éclairer le sens de notre parabole : vierge sage ou vierge insensée ?

Première contradiction. Au tout début du film, avant même le générique, une seule phrase s’inscrit sur l’écran gigantesque : "Tu ne tueras pas". Le reste du film est une suite incessante de sang versé qui va jusqu’à imprégner physiquement le visage des personnages. Mais la figure divine, à l’origine des fameuses voix de Jeanne d’Arc, elle aussi s’imprègne du même sang, suggérant à Jeanne que même le sang des anglais peut être mêlé justement au sang du Christ et doit donc être identifié au Christ. Il ne s’agit donc pas "qu’un sang impur abreuve nos sillons" mais que tout être humain, tout sang versé soit identifié à ce frère, même ennemi, mais d’abord frère pour qui le Christ est mort. C’est pourquoi, sans doute, Jeanne propose toujours la paix avant chaque combat. Elle ne tuera jamais au milieu de tant de tueries sauvages, sera blessée plusieurs fois, dans son corps et dans son âme. Il était donc vain et peut-être insensé d’opposer une loi du Décalogue à une grâce plus mystérieuse. Quelle fut la sagesse de Jeanne ?

Deuxième contradiction. La sagesse de Jeanne, justement, est traversée par des doutes exprimés d’ailleurs d’une manière fort ambiguë par le film. Et pourtant, c’est cette sagesse de Jeanne même troublée qui affronte l’opposition honteuse de ses juges, ecclésiastiques fourbes, lâches, qui font tout vérifier par les savants de l’université parisienne. Qui sont les sages, qui sont les insensés ? Dans le film, on fait dire à un dominicain (je crois) pendant le procès : "Je ne reste pas. Car il convient que le verdict suive le procès, et non le précède".… Qui sont les sages, qui sont les insensés ? Sagesse des savants ou bien une autre sagesse ?

Troisième contradiction. Dans la parabole, l’Epoux vient dans la nuit, les vierges sages éclairent cette nuit par la lampe. Mais où est l’Epoux quand Jeanne dans sa nuit n’a de lumière pour l’éclairer que le feu de son bûcher ? C’est ainsi, pourtant, qu’elle entre dans la salle des noces. Une vierge célèbre ses noces quand son amour s’ouvre au don total. Le film le suggère en terminant par une vue sur une Croix qui s’élève plus haut que le bûcher. Juste avant, une ultime confession de Jeanne plus efficace que le feu des hommes. Qui est sage, qui est insensé ? Sagesse de la Croix, sagesse du bûcher, quelle est cette autre sagesse ? Le Seigneur reviendra comme cet Epoux dans la nuit, quelle sagesse l’accueillera ?

Au fond, dans sa sainteté, Jeanne est d’une sagesse mystérieuse. Contrairement aux vierges de la parabole, elle ne s’est jamais endormie, si ce n’est dans la mort de la nuit de ses noces, si ce n’est, surtout, dans l’amour d’un époux qui se faisait attendre pour une noce plus parfaite. "Veillez", dit la Parabole, comme pour dire "c’est pour une noce plus parfaite". Jeanne ne savait ni le jour ni l’heure mais son cœur veillait, jusque dans ses rêves. Le cri n’eut pas besoin d’être très fort. L’amour, lui, quand il est fort s’éveille à temps, jamais surpris si ce n’est par un amour plus grand. Le retour du Christ commence avec notre rencontre aujourd’hui avec lui. Là s’allume une lampe prête pour le grand retour de la fin des temps.

A travers une histoire de France embrouillée, Jeanne fait donc éclater le sens de cette parabole trop manichéenne. Il n’y a plus d’un côté du sensé et de l’autre la bêtise. Cela n’est pas digne du Royaume de Dieu. Il fait que la sagesse célèbre une autre noce. Car il y a dans le cœur de Jeanne rempli de l’amour du Christ, dans cette bouche confessant dans les flammes le nom de Jésus, hélas omis par le film, dans cette foi plus ardente que les bûchers de ce monde, il y a une union de la sagesse pour des noces plus mystérieuse qui exclut toute sottise pour faire place à la folie, car là est la vraie noce, amour et folie, folie de la Croix, folie du bûcher, folie de l’amour, l’amour fou que tout sage - que nous sommes - doit rêver de vivre et pour cela, avec son Seigneur, veiller pour que son rêve devienne réalité.




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 Jeanne d’Arc : vierge sage ou vierge insensée ?



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