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Un verre d’eau !

Dim. 21 novembre 99

 

En ligne depuis le dimanche 5 novembre 2006.
 
 

Un verre d’eau ! Nous serons jugés sur un verre d’eau, sur le verre d’eau que nous aurons donné, ou bien sur le verre d’eau que nous n’aurons pas donné. Le jour du tribunal Suprême, au moment du dernier jugement, devant le Christ en Majesté revêtu de ses brocards royaux, entouré d’une Cour grandiose et attentive, lorsque chacun de nous se présentera, il n’y aura, au banc des témoins, que le verre d’eau, le verre d’eau plein, le verre d’eau vide, et peut-être le verre à moitié plein et à moitié vide. " Ce que tu as fait à ce tout-petit, c’est à moi que tu l’as fait ". Le Roi parle alors, mais il n’invente rien. Il ne fait que rappeler, il ne fait que rafraîchir la mémoire de l’impétrant. " Ce n’est pas moi qui te juges, ce n’est pas moi qui te place à ma droite ou à ma gauche, ce n’est pas moi qui fais de toi une brebis ou une chèvre, mais cela que tu as fait, les actes que tu as vécus ; la vie que tu as menée, c’est elle ton arbitre. Le verre d’eau est ton témoin : mais ton propre juge, c’est toi. Qu’as-tu fait de ta vie ? Tu entres dans l’éternité, et ta mémoire te revient tout d’un coup. Alors, je n’ai que trois questions à te poser : elles suffiront.

1)Première question : Sais-tu à quel point tous les actes comptent ? Ce que tu vis chaque jour, les personnes que tu aimes, les petits gestes autant que les grands, la prière furtive d’un jour bâclé, le cierge chargé de prier à ta place - tu es si occupé !—, tout cela compte. Même quand tu es médiocre, décevant, grisâtre, tu as du prix à mes yeux . Si moi, qui suis Dieu, j’ai voulu me faire homme, c’est pour te montrer à quel point il est grand d’être un homme. Tu es libre, comme je suis libre. Le bien que tu fais vient de toi, et nul ne le fait à ta place. C’est pour que tu comprennes que tu as de la valeur que je t’ai voulu libre. Ce ne fut pas sans risque, ce ne fut pas sans dégâts. Mais j’estime que mieux vaut une liberté mal employée que pas de liberté du tout. Et je me charge de redresser ce qui est tordu ! La vie d’une homme est une aventure unique. Elle n’est ni déjà écrite dans le Ciel, " de toute éternité ", ni déjà effacée, à ta mort, quand tu entres dans l’éternité. Il n’y a pas de fatalité. Le livre à écrire, c’est ton destin. Il te revient de l’écrire. Et les écrits restent ! Rien n’est écrit dans les cieux que tu ne daignes écrire toi-même. Il n’y a pas non plus d’effaçage. Tu n’entres pas au Paradis en laissant ton histoire, ton histoire personnelle, au vestiaire. Tu n’es pas toi malgré toi, tu n’es pas une âme malgré ton corps, tu n’es pas sauvé malgré ton histoire . Car tu es une personne, comme moi. Et dans une personne l’être et l’agir ont partie liée : c’est parce que tu es à mon image que tes actions sont si nobles, et c’est parce que tu es appelé à l’action que tes actes te suivent. Tu n’es pas toi malgré toi. C’est ton cœur que tu as aimé, ta voix qui a consolé, ta main qui a protégé, ton regard qui a accueilli...ou rejeté. On ne se refait pas. Et c’est pour cela qu’il n’y a pas de réincarnation, et qu’il ne peut pas y en avoir. La réincarnation efface la vie et gomme les actes ; elle se moque de la liberté, elle nie l’image de Dieu en toi, elle annule l’histoire de ton salut. Il n’y a ni fatalité, ni reprise à zéro : oui, tous tes actes comptent. As-tu donné le verre d’eau ?

2) Deuxième question : As-tu osé donner ton verre d’eau en public ? As-tu osé braver le regard des autres, et leur jugement supposé, as-tu traversé la foule pour désaltérer le plus pauvre ? Il y a la foule des indifférents, tellement nombreuse ; mais il y a la foule de tes relations, de tes collègues, de tes amis, de tes parents, de tes enfants, et de la personne que tu aimes le plus. Quel regard est le plus intimidant ? N’est-ce pas celui de la personne qui t’est le plus proche ? As-tu donc osé donner ton verre d’eau en public, devant ceux qui ne t’attendaient pas sur des choses aussi triviales et aussi intimes ? Quant on est bien élevé, c’est-à-dire quant on vit à Bordeaux, on ne parle pas à table ni de religion ni de politique. As-tu osé braver cette soi-disant éducation, (en fait cette chape de plomb), as-tu osé parler de ton verre d’eau, du petit qui avait soif, de moi en somme ? A moins que tu n’aies lu les " philosophes ", ceux du XVIIIe siècle, ceux pour qui la vie chrétienne est la vie la plus élevée, mais aussi la plus individuelle et donc la plus privée . En public, disent-ils, tu seras vertueux ; en privé, tu seras religieux. En société, tu seras moral ; en famille, tu seras chrétien . En politique, tu seras athée ; en Église, tu seras apôtre. Deux siècles après d’un tel régime, sais-tu ce qui se passe autour de toi ? L’on n’est plus ni religieux ni même vertueux ; ni chrétien...ni même moral. Ni apôtre...ni même vraiment politique. Et le pauvre continue à avoir soif. Il appelle, souvent en vain. Il marche dans son désert, et il y a des oasis, en quantité. Mais les oasis se cachent, elles se fondent dans le décor, pour qu’on ne les voie pas. Et le pauvre ne s’abreuve alors que de ses mirages. Rien n’est pire qu’un mirage, une illusion d’eau fraîche, une religion à petit prix comme on les produit maintenant, car un mirage n’est que le produit d’une tête en délire. Les Dupondt de Tintin ont tort, lorsqu’ils s’exclament : " Un mirage ? Tiens, je croyais qu’on les avait supprimés ! ". On ne les pas supprimés, les mirages prolifèrent, ils sont le fruit du silence du désert, de notre silence. As-tu osé donner ton verre d’eau, en mon nom, devant tout le monde ?

3) Troisième question : Le verre que tu as donné, l’as-tu donné de bonne grâce ? Tu me pardonneras de jouer sur les mots. Quand je dis " de bonne grâce ", je te demande si tu as été gracieux. Il y a une façon de donner qui écrase ou qui fait peur, comme si tu jetais au pauvre l’eau en pleine tête. Mais quand je dis " de bonne grâce ", je te demande surtout si tu as donné dans ma grâce. As-tu vécu en chrétien, dans ma grâce, c’est-à-dire dans la charité vive ? Ce qui donne ultimement sa valeur à ton verre d’eau, c’est moi. C’est mon amour qui passe par toi pour rafraîchir le pauvre. Je t’ai dit que tu n’étais chrétien qu’en agissant en chrétien. Or, agir en chrétien, c’est vivre dans la grâce, au nom de moi, visiblement . Telle est ta vie, car telle est mon Eglise, car telle est ma grâce : ma vie n’est donnée que jusqu’au bout d’elle-même, de l’invisible au visible. Il n’y a pas, dans l’Eglise, la structure d’un côté et la vie de l’autre ; l’autorité d’un côté et la grâce de l’autre ; le visible d’un côté et l’invisible de l’autre. Ce sont de fâcheux théologiens qui ont coupé les choses en deux. Ma grâce, ma vie, mon eau, vient de l’invisible et se répand dans le visible. Rappelle-toi : le jour de ton baptême, c’est ma vie qui est entrée en toi, et c’est de l’eau qui t’a inondé. Ma grâce veut se faire voir. Ma charité n’est pas clandestine. Au fond, c’est ce qui est le plus spirituel qui doit devenir le plus visible. As-tu donc vécu en chrétien, en vrai spirituel, dans la prière et les sacrements, visiblement, déjà à tes propres yeux ? Ta tentation constante est l’abstraction, le désincarné, le laïcisé, le furtif. Or il ne suffit pas d’aimer, il faut aussi dire qu’on aime. Bienheureux les silencieux, qui vivent dans la contemplation du Verbe de vie, mais malheureux les taciturnes, qui meurent de n’avoir rien écouté, rien avoué, rien dit ! Le verre d’eau que tu as donné, l’as-tu donné de bonne grâce, en vrai spirituel ?

Ce sont, vois-tu, mes trois questions. Que m’importe à moi, ton Roi, que ton verre d’eau soit à moitié plein ou à moitié vide, qu’il soit grand ou qu’il soit petit, que ton eau soit claire ou bien qu’elle soit trouble ? Tel quel, veux-tu bien aujourd’hui me le donner à moi, ton verre, les yeux dans les yeux ? Mon Royaume d’amour sera ta récompense.




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