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Soyez toujours dans la joie

12 décembre 1999

 

En ligne depuis le dimanche 5 novembre 2006.
 
 

La demande de saint Paul se veut pressante, impérative même : " Soyez toujours dans la joie ". Voilà, semble-t-il, une spiritualité bien sympathique, propre à rendre notre religion et notre Eglise plus attractives. Il convient ici de se souvenir que la joie est un trait dominant de la personnalité de saint Dominique, tout comme de saint François d’ailleurs et de bien d’autres encore. Ce dimanche de " Gaudete " oblige-t-il donc à une apologie de la joie ? Ce serait oublier à combien de gens elle semble inexorablement étrangère. " Soyez toujours dans la joie ", dit saint Paul. Mais se réjouit-on par obéissance ? Peut-on surtout s’y maintenir toujours ? Tant mieux, certes, pour ceux à qui cela est donné mais quel sens cela a-t-il pour tous ceux qui souffrent ? Pour les chrétiens persécutés, pour les malades qui ne pourront entendre cette invitation à la joie que par la messe télévisée dans la chambre qu’ils ne peuvent quitter ? Pour les personnes enfermées dans leur solitude ou dans un handicap ? La joie n’est-elle pas injuste si elle ne vaut pour tous ? Comment pourrais-je savourer la joie tant qu’elle manque à un seul de mes prochains ? Ne sommes-nous pas dans un irréalisme d’une insupportable insouciance, alors que sans parler de nombre de ceux qui ne mettent pas ou plus les pieds à l’église, la joie est un luxe inaccessible à certains au sein même de notre assemblée ?

Pour ne pas verser dans le dithyrambe trop facile, il ne faut pourtant pas non plus porter sur son visage tous les maux de la terre et s’obliger, pour être plus chrétien, à devenir rabat-joie. Le reproche de Nietzsche aux chrétiens est stimulant, qui nous prie d’avoir des figures de sauvés plutôt que des faces de carême. Et l’on sait bien le mal que certaines spiritualités angoissées et doloristes ont imprimé naguère à des générations entières. Du reste, le Magnificat nous rappelle l’exultation de la Vierge Marie, de celle-même dont l’âme serait un jour transpercée par un glaive de douleur, et la prophétie d’Isaïe applique au Messie cette exclamation : " Je tressaille de joie dans le Seigneur, mon âme exulte en mon Dieu ". Il faut donc bien que l’Esprit de Jésus, légitimement, tressaille, exulte dans chacun de nos cœurs s’il est vrai qu’être chrétien n’est rien d’autre qu’être conforme au Christ. Comment déciderons-nous donc pour ou contre la joie ? La liturgie nous y aidera.

La joie que veut pour nous l’Eglise aujourd’hui est celle du milieu de l’Avent. Il y a une joie de Noël et une joie de Pâques, une joie consommée et reconnaissante, une joie du salut advenu. Mais pour l’heure, c’est une autre joie, celle de l’attente et du désir, de la préparation de l’avenir, de la gestation, la joie d’une maman qui attend un enfant encore à naître, d’un peuple en exode vers une terre promise, d’un pécheur qui s’approche avec confiance de la miséricorde qui le relèvera. C’est la consolation de l’espérance dans la réalisation d’une promesse : " Il m’a envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres, guérir ceux qui ont le cœur brisé, annoncer aux prisonniers la délivrance, et aux captifs la liberté, annoncer une année de bienfaits, accordée par le Seigneur ".

Voilà pourquoi cette joie est placée sous le patronage de la belle figure de Jean le Baptiste, qui ne passait pourtant pas pour être un bon vivant ou un joyeux drille. Il est le témoin de la Lumière véritable, le Précurseur du Rédempteur, la voix qui prépare au Verbe sa venue. Jean s’applique à lui-même la prophétie d’Isaïe, au livre de la consolation d’Israël : " Une voix crie : dans le désert, frayez le chemin du Seigneur ; dans la steppe aplanissez une route pour notre Dieu. Que toute vallée soit comblée, toute montagne et toute colline abaissées, que les lieux accidentés se changent en plaine et les escarpements en large vallée ; alors la gloire du Seigneur se révélera et toute chair, d’un coup, la verra ". Jean est cette voie qui crie mais nous en sommes les destinataires : il nous revient d’aplanir la route pour Celui qui est notre Chemin et de trouver dans l’espérance de sa rencontre la consolation à nos découragements. " Bienheureux ceux qui pleurent car ils seront consolés ", enseigne Jésus. Et Isaïe déjà : " Dites aux esprits abattus : Prenez courage, ne craignez pas ; voici votre Dieu qui vient : il vient nous sauver ".

Si l’Avent n’était que la préparation à la commémoration d’un événement qui s’est passé il y a 2000 ans, ce serait bien insuffisant à susciter une vraie joie, mais la liturgie est bien plus qu’un souvenir : elle déploie aujourd’hui la grâce de ce qu’elle célèbre : la puissance salvifique de l’Incarnation du Verbe. Dès maintenant le Sauveur est là, formé en nous, son Royaume est au-dedans de nous et nous sommes enfants de Dieu. Pourtant nous restons tendus en avant, car ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. Elle vient de là, cette joie qui nous est commandée par l’Apôtre : " soyez toujours dans la joie ". Elle vient de la consolation de l’espérance. Elle est fruit de l’Esprit Paraclet, du Consolateur de nos âmes. Elle ne suppose pas l’absence de tout souci ni de toute peine et elle ne les annihile pas magiquement non plus. Ce serait une tragique méprise de la croire trop facile. Elle ne va pas sans quelque lutte, sans quelque libération, sans quelque tribulation. Mais elle conforte et encourage, apaise et désarme, et en nous consolant nous donne d’être consolateurs ; elle est joie pour nous et par nous pour d’autres : " Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ, le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation, qui nous console dans toute notre tribulation, afin que, par la consolation que nous-mêmes recevons de Dieu, nous puissions consoler les autres en quelque tribulation que ce soit " (2 Co 1, 3-4).




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 Soyez toujours dans la joie



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