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Le sermon d’un débutant

30 janvier 2000

 

En ligne depuis le dimanche 5 novembre 2006.
 
 

Aujourd’hui Jésus prêche. Il prêche même pour la première fois, dans l’Evangile de Marc. Sermon de débutant, mais d’un débutant assez particulier, qui n’est en réalité un débutant qu’au sens où il est au début de toute parole, car il est la Parole même, le Verbe de Dieu, qui parle de toute éternité, et qui, un beau jour, a décidé de se rapprocher de son public, de se produire sur le devant de la scène. Et du reste, Jésus s’est déjà entraîné dès son enfance, puisqu’on le voit en Saint Luc étonner les Docteurs du Temple, alors qu’il n’a encore que douze ans. En définitive, sa naissance elle-même ne fut-elle pas sa première prédication, puisqu’elle a suffi à déclencher joie et gloire, violences et meurtres ? Le sermon de ce débutant prédicateur qu’est Jésus entrant dans la synagogue de Capharnaüm est donc, malgré les apparences, le sermon d’un professionnel surentraîné, et bien davantage encore, comme ses auditeurs ne vont pas tarder à le constater.

1) On dit qu’un bon sermon doit posséder trois qualités : il doit être court, bref, et pas trop long. Le Sermon de Jésus fut-il de cette sorte ? Nous ne le savons pas. Mais il est probable qu’à cette époque, le poids d’une parole était tel qu’on n’hésitait pas à prendre son temps. Quand on pense qu’un sermon de saint Augustin pouvait durer deux ou trois heures, vous voyez à quoi vous avez échappé ! Et puis, en Orient, on ne fait pas dans le " clip ". En outre, " ils étaient frappés de son enseignement ", or quiconque est frappé ne saurait s’ennuyer. Et, enfin, dans ce temps-là, on n’était pas encore abruti d’informations vaines et rapides, d’images changeantes, de sentiments immédiats et superficiels. Il est des jours où l’excès d’informations empêche la formation. Mais plus profondément, de quoi fut fait le sermon de Jésus ? On dit qu’un bon sermon doit développer une seule idée, et si possible l’illustrer d’une seule image. Des générations de prédicateurs cruellement éprouvés vous le diront : les gens ne retiennent qu’une seule idée, du moins parfois, et qu’une seule image, et l’image toujours, et l’image seulement ! Or, de l’enseignement de Jésus, Marc ne nous dit rien. Le premier sermon de Jésus ne nous est donc pas parvenu. Et pourtant, l’épisode de la synagogue nous en dit beaucoup : ce sermon " muet " nous en dit beaucoup plus que beaucoup de sermons. Car Jésus parle, et il fait. Il rode une méthode qui va lui devenir familière : associer un discours et une action, une parole et un geste. A tel point que Marc, qui ne nous rapporte pas les paroles de Jésus, nous rapporte avec soin son geste : il chasse d’un pauvre homme un esprit impur.

2) " Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? Es-tu venu pour nous perdre ? Je sais qui tu es : le Saint de Dieu ". L’apostrophe de l’esprit impur plante le décor : le sermon de Jésus n’est pas un simple discours, il est un combat. Lorsque Jésus parle, il mène un combat, celui-là même qu’il est venu mener en entrant sur scène : le combat contre le péché et l’Auteur du péché. En réalité, sans peut-être s’en apercevoir complètement, les témoins de la scène ont assisté à la " première " d’une représentation tragique : le combat frontal de Jésus contre Satan. Et cette première fait suite à la répétition générale de la tentation au désert. Au désert, le Tentateur ne savait peut-être pas avec certitude si ce Jésus était, ou non, le Messie. Il a donc déployé la grande batterie de ses séductions pour le tester : et il a été fixé. Il a perdu. Aujourd’hui, l’esprit impur le proclame : " je sais qui tu es : le Saint de Dieu ". Titre unique, jamais employé avant, titre divin, (qu’un saint Pierre osera reprendre, mais pour confesser la foi). Ici, se rend l’hommage du vice à la vertu, en quelque sorte, ou plutôt l’hommage du Mensonge à la vérité. L’Esprit impur identifie l’adversaire et se protège : " Que nous veux-tu ? Es-tu venu pour nous perdre ? ". Excellente question : le Diable reste après tout la créature la plus intelligente. La réponse de Jésus : " tais-toi et sors de lui " n’est pas une réponse d’homme de dialogue. On ne dialogue pas avec un menteur et un traître. Jésus intime le silence, et la sortie : La Parole de Dieu ordonne le silence, le Dieu venu en notre monde ordonne le départ, le Dieu incarné commande la sortie du corps du possédé. Il dit, et cela est. Exit violemment l’esprit impur. Le sermon de Jésus est donc un champ de bataille, celui qui marque une nouvelle victoire contre le Prince de ce monde. Ce duel commencé est un duel à mort. Et le plus mort des deux, au Jour du Calvaire, ne sera pas celui qu’on pense. " Qu’est donc cela ! ". Premier sermon, enseignement nouveau, donné d’autorité. En effet, Jésus à quelque chose à dire ; lui-même. Il a quelque chose à faire : sauver les hommes parce qu’il a reçu autorité pour le faire. Et il montre cette autorité en chassant les démons : " Il commande et les esprits lui obéissent ". Seul Dieu peut commander aux esprits impurs de façon à être obéi. Ce que Jésus a donc à dire, c’est qu’il a toute autorité pour réaliser les promesses. Seul l’Homme-Dieu pouvait sauver l’homme pécheur. Un bon sermon n’a qu’une idée et qu’une image : les voilà tout de même rassemblées comme jamais. Jésus parle, et il fait.

3) On dit aussi qu’un bon sermon doit servir un peu à quelque chose. Oh ! Sur ce point les prédicateurs expérimentés ont appris à ne pas se faire trop d’illusions ! Mais tout de même, ce combat moucheté auquel nous venons d’assister pourrait nous concerner en quelque façon. D’abord par le fait que le combat de Jésus est le nôtre. Oui, il y a un Dieu, un Dieu qui m’aime, et qui paie de sa personne pour me sauver. Oui, il y a beaucoup à sauver, et le Tentateur n’est pas une belle image. Rester chrétien relève du combat. Attention au confort spirituel, au bien-être spirituel , à la religion sans risques, sans aspérités, sans implication de soi : " Notre Père, qui êtes aux Cieux, restez-y ". Nous sommes sauvés ; le savons-nous assez, et savons-nous assez que cela nous demande de nous bouger un peu ? Le combat de Jésus est le nôtre. Ensuite, nous avons peut-être, tout bêtement, à nous rappeler que pour assister au duel de Jésus avec Satan, pour entendre l’enseignement de Jésus, pour entendre parler la Parole, pour se nourrir du pain de la Parole, pour recevoir le geste avec le mot, il faut être là ! Oui, il faut être là, " le jour du sabbat, à la synagogue ", le dimanche, à la Messe, et à chaque fois que Jésus s’y rend pour enseigner, c’est-à-dire chaque dimanche. Aurions-nous l’indélicatesse de lui imposer une salle vide, de lui " poser un lapin " ? Allons donc : nous ne le ferions pas pour notre réparateur télé ! Il faut donc être là, et à l’heure : un spectacle commencé perd de son sel. Et il convient de rester jusqu’au bout : car dans les bons films policiers, ce sont les cinq dernières minutes qui comptent ! Le quart d’heure bordelais existerait-il pour Dieu, et pas pour le reste ? Pour l’église, et pas pour Gaumont ? Pour Jésus, et pas pour Bruce Willis, Brad Pitt, ou pis encore, pour Depardieu ?

Enfin, c’est d’avoir tout reçu, que la renommée de Jésus est rendue possible : " Et la renommée de Jésus se répandit aussitôt partout, dans toute la région de Galilée ". Pour dire à son tour, il faut avoir reçu. Pour se faire apôtre, il faut avoir été disciple. Si donc, aujourd’hui, la renommée de Jésus se répand si paresseusement, serait-ce parce que les auditeurs se font rares ? Ou bien aussi parce que les auditeurs de la Parole se font muets ? Le mutisme du chrétien serait une jolie contre-performance, impensable en vérité !




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