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A vin nouveau, outre neuve

27 février 2000

 

En ligne depuis le dimanche 5 novembre 2006.
 
 
L’Évangile que nous venons d’entendre évoque la question du jeûne. Certes, le temps du carême se rapproche - dans dix jours ce sera le mercredi des cendres. Mais vous comme moi, j’imagine, ne tenons pas spécialement à l’anticiper, ne serait-ce que par la pensée. A chaque jour suffit sa peine. Quarante jours de carême seront bien suffisant pour réfléchir à la signification du jeûne. Nous nous arrêterons en revanche sur les - deux courtes paraboles qui suivent. Le vieux vêtement et de la vieille outre désignent, bien sûr, les anciennes prescriptions de la loi " juive. Quant au vin nouveau, c’est l’Évangile. L’Évangile par définition, est quelque chose de toujours nouveau, puisqu’il est précisément la Bonne Nouvelle. S’il ne s’agissait que de se défaire des préceptes de l’économie ancienne, ces paraboles ne nous concerneraient guère, nous qui n’avons jamais supporté leur joug. Mais en réalité, tout chrétiens que nous soyons, chacun de nous possède lui aussi un vieux code de conduite qu’il s’est forgé lui-même. Chacun de nous, qu’il l’admette ou non, règle une part plus ou moins importante de son comportement sur son Ancien Testament personnel. Or, certaines des règles de ce code personnel, peuvent constituer un frein, et parfois même, un obstacle autrement plus grave à la vie nouvelle que ces prescriptions anciennes révoquées par Jésus. Certes, nous sommes bien d’accord sur l’importance de l’Évangile. Mais pour autant, au lieu de nous y livrer sans réserves, nous voudrions accéder à sa nouveauté sans abroger tout à fait notre ancien testament personnel. Le vieil homme en nous s’y est tellement attaché ! De là vient que nous avons spontanément tendance à vouloir composer le neuf avec l’ancien. Cette transaction entre le neuf et l’ancien peut prendre la forme de deux stratégies : soit on veut coudre un peu de neuf sur l’ancien, et c’est la parabole du vieux vêtement ; soit on veut enfermer le nouveau dans le cadre de l’ancien, et c’est la parabole du vin nouveau et de la vieille outre. La première attitude, coudre un peu de neuf sur l’ancien, est celle des deux qui, au fond, accorde le moins à l’Évangile. En ce cas, en effet, la trame qui forme le tissus de l’existence reste fondamentalement ancienne. On l’a tissée par des manières habituelles de sentir, d’agir, d’envisager l’existence, qui ne sont pas celles de l’Évangile. On y privilégie des préférences qui sont celles du inonde, avec ses convoitises, ses désirs désordonnés, son goût effréné de l’argent et son souci de la réussite à tous prix. Ce vieux vêtement, en un mot, est confectionné sur le tissus l’égoïsme multiforme qui est la marque de fabrique de l’homme ancien, Il arrive même que les fils de l’égoïsme soient si durs qu’ils en viennent à former une côte de maille, quand ce n’est pas une armure d’acier absolument impénétrable. Mais dans le cas évoqué par la parabole, l’égoïsme n’en est heureusement venu pas encore à de telles extrémités. Il ne forme ici qu’un vêtement de tissus. C’est dire qu’il reste vulnérable, il n’est à l’abri ni des accrocs de l’épreuve, ni des déchirures de la contrariété, ni même de l’usure du temps. Que faire alors quand il est, déchiré’ ? Si on n’a pas le courage d’en changer, il reste la ressource de dissimuler les trous en les recouvrant avec un peu de christianisme. Un peu de spiritualité chrétienne, cela peut ne pas faire trop de mal. Le tout, c’est de ne pas en abuser ! C’est ainsi que certains aiment de temps à autre fréquenter le silence des églises, ouvrir tel livre de spiritualité, ou même la Bible, non certes pour chercher Dieu., mais, comme on dit polir se retrouver soi-même, pour faire le point. D’autres rafistolent la trame de leur existence avec un peu d’altruisme. Car c’est un fait : rien de mieux que de s’occuper un peu d’autrui pour mieux se sentir dans sa peau ! Tout cela serait plutôt positif, mais bien souvent, cela revient à mettre la spiritualité chrétienne au service du moi et de son confort. Seulement voilà, ce genre de raccommodage, même superficiel, n’est pas sans danger polir l’habit du vieil homme. Le tissus évangélique est vivant, et il ne tarde pas à tirer sur le vieux tissus de l’égoïsme pour le déchirer un peu plus. On prend des risques, vous savez, lorsqu’on entre dans une église on n’en sort pas toujours exactement comme on l’avait pensé. Ce peut être très douloureux d’ouvrir la Bible, car la parole de Dieu est tranchante. C’est dangereux aussi de soucier, si peu que ce soit d’autrui, car il peut exiger de nous-mêmes beaucoup plus que ce qu’on était disposé à lui donner, Bref, tout cela, au lieu de réparer le tissus du cher moi, peut le fragiliser encore plus , et si on n’y prend garde, l’ego peut se retrouver assez rapidement en hailloris. Aussi, la modernité, qui n’a pas sa pareille dans l’art de recycler le vieux, a trouvé la parade : les spiritualités pseudo-orientales - et je pense tout particulièrement ici à celles qui se situent dans la mouvance du New Age. Quelques exercices de respiration, un peu de méditation transcendantale, et vous voilà mystique un quart d’heure par jour ! Ce genre de spiritualité, parfaitement indolore, est garanti sans danger pour l’ego, car elle ne le remet jamais en cause en profondeur. Il existe une autre manière de composer notre ancien testament avec le nouveau de l’Évangile, Celle que suggère la parabole de la vieille outre et du vin nouveau. Elle constitue un indéniable progrès par rapport à, l’attitude précédente. Ici, on ne se contente plus de raccommoder avec un peu de tissus évangélique en surface. Cette fois l’Évangile se trouve à l’intérieur où il prend toute la place, comme le vin dans l’outre. Mais voilà, il n’ira pas au-delà des limites de l’intériorité que lui imposent les parois du contenant, En somme, l’ancien impose ses limites au nouveau, On tâche d’être chrétien à, l’intérieur. Mais pour ce qui est de l’extérieur, lies autres ne perçoivent guère que les dehors durcis et rêches de la vielle outre en peau de chameau, quand ce n’est pas en peau de vache ou en peau de porc-épic : il vaut mieux ne pas s’y frotter. Autrement dit, la religion ne concerne strictement ici que la vie privée, et éventuellement, que la vie intérieure. Quant à ce qui est de la vie du dehors, c’est une tout autre affaire ! En effet, lorsque nos intérêts, quels qu’ils soient, sont en jeu, les lois, les bonnes vieilles lois de la jungle, impitoyables, prennent le pas sur celle de l’évangile. La loi suprême de la jungle peut s’énoncer ainsi : le monde est dur, il faut donc souvent être aussi dur que lui pour s’y faire une place et s’y maintenir. De là découle les grandes lois de notre ancien testament personnel. En voici quelques unes : - lorsqu’il s’agit de tirer la couverture à soi, tant pis pour ceux qui vont avoir froid - quand il s’agit de se faire valoir, tant pis pour ceux à qui on fera de l’ombre ; reléguer les autres dans l’ombre, c’est même le meilleur moyen de se mettre en évidence. - quand il s’agit de veiller à sa tranquillité, tant pis pour ceux qu’on va laisser dans la gêne ou l’inquiétude. Seulement voilà, l’Évangile que l’on veut maintenir au dedans n’est pas une réalité inerte. C’est un jeune vin en perpétuelle fermentation. Tant qu’il n’est pas mort en nous, il maintient sa pression insistante sur les parois de l’outre pour la tourmenter. Lorsque l’outre est encore jeune, elle est suffisamment souple pour se laisser travailler en tous sens par le vin qui fermente, Mais lorsqu’elle vieillit, elle se durcit, et au lieu de se plier aux mouvements que lui impose la fermentation, elle cherche à les contenir, Arrive alors ce qui devait arriver : la veille outre éclate... Ce sont ces paroles de l’Écriture, tantôt violentes, tantôt suppliantes , paroles que l’on prend en pleine figure parce qu’on découvre soudain que par elles, Dieu s’adresse vraiment à nous. Oui, il arrive ainsi que des phrases de l’Écriture fassent exploser les résistances du vieil homme : "pourquoi me persécutes-tu " ; " mon peuple que t’ai-je fais pour que tu me traites ainsi " ; " cet homme pécheur, c’est toi"… "A vin nouveau outre neuve ". Il ne faut donc pas chercher à composer : dès qu’elle présente des signes de vieillissement, changeons l’outre. Ne cherchons pas à adapter le vin à l’outre, c’est nous qui devons nous adapter à l’Évangile. Donc, changeons l’outre avant qu’elle n’éclate. Mais si à cause de notre négligence, elle venait à éclater, réjouissons nous malgré tout, car le Seigneur la remplacera ! Il la remplacera aussi souvent qu’il est nécessaire, De même, si notre vieille habit s’use, changeons le vite pour en prendre un neuf - les sacrements, et en particulier le sacrement de réconciliation, sont là pour revêtir le Christ à neuf autant de fois qu’il le faudra. Et puis, après tout, si nous voulons que le Christ nous trouve en bel habit tout blanc quand il reviendra, le plus sûr moyen n’est-il pas d’en changer souvent ?




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 A vin nouveau, outre neuve



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