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Le pays de la soif

26 mars 2000

 

En ligne depuis le dimanche 5 novembre 2006.
 
 

Le pays de la soif ! nous y sommes aujourd’hui. Chaque dimanche, nos prédications portent un nom. Et il y a dans chacun des titres choisis, une allusion, sérieuse ou plaisante, à un film ou à un livre : il y a un clin d’oeil, et vous l’avez sans doute, déjà remarqué, n’est-ce-pas ? Le pays de la soif ! En réalité, ce titre a une double origine. Il se réfère à deux lieux théologiques décisifs.

D’abord, le Psaume 107 (ou 106 liturgique) : "C’est lui,(le Seigneur) qui change les. fleuves en désert, les sources d’eau en pays de la soif (v.33)" , inversement, c’est aussi le Seigneur "qui change le désert en étang, les terres arides en source d’eau (v. 35) " . Ensuite, le lieu le plus important, dans " Le Crabe aux pinces d’or ", lorsque Tintin et le capitaine Haddock s’échouent en plein désert, Haddock ne cesse de psalmodier, halluciné : "le pays de la soif’ !

On ne saurait reprendre avec plus de finesse la quintessence du thème du désert dans l’Ancien Testament, Car le thème du désert est celui du combat, du combat contre le diable, et vous savez à quel point, chez Haddock, ange et démon s’affrontent explicitement, en plusieurs endroits, toujours lorsqu’il s’agit d’alcool ... comme chez Milou, d’ailleurs . Il y aurait sur ce sujet beaucoup à dire mais ce sera pour une autre fois.

Le pays de la soif ! Aujourd’hui Jésus vient au pays de Jacob, fatigué par la marche", et il se tient assis près du puits, Jésus a soif . Sa rencontre avec la Samaritaine est la rencontre du pays de la soif. "J’ai soif’ dit Jésus : "Donne-moi à boire ! " S’étonnera-t-on assez de voir Jésus, venu combattre en notre désert, demander à boire ? N’est-ce pas plutôt à lui de nous abreuver ? Lorsque Jésus vient nous rencontrer, c’est lui qui demande à boire, car c’est lui qui a soif de nous. Quand donc cessera-t-on de présenter notre foi , notre vie chrétienne, notre baptême enfin, d’abord comme quelque chose à faire ? Le baptisé n’est pas "abord un mercenaire, un militaire, un engagé, un suractif, un dévoué, le baptisé est d’abord un transformé, Il est celui qui a laissé le Christ sortir de son désert, s’approcher, s’asseoir, parler, demander de l’eau. Le chrétien est d’abord celui qui s’est tenu sur le pas de la porte de son coeur et qui a accueilli le voyageur fatigué, Il a su éveiller son désir et aiguiser son regard : car entre la silhouette du voyageur divin et l’ombre flottante des mirages de nos faux dieux, la différence est mince, parfois, Jésus a soif.

Il est midi, dit saint Jean. Au Calvaire, le Vendredi Saint, jour du plus grand désert de l’histoire sainte et de la vie de Jésus, il sera midi aussi. Et Jésus dira de la même façon : "J’ai soif" Son âme a soif de nous. On n’a pas le droit de refuser un verre d’eau à un voyageur. Le désir, dans le baptême, est d’abord celui de Dieu, qui vient à notre rencontre. Il a le premier mot et nous ne pouvons que lui répondre.

Jésus est l’eau vive. Le plus fatigué des deux n’est pourtant pas le voyageur. Car si Jésus est le plus assoiffé, le plus déshydraté, c’est nous. Et c’est pourquoi il est venu apporter son eau à lui et - son eau c’est lui : "l’eau que je lui donnerai deviendra en lui source d’eau jaillissant en vie éternelle". Cette eau, qui nous inonde au jour du baptême, est l’eau qui donne la vie de Dieu et l’eau qui lave du péché originel. L’eau irrigue et purifie, car l’eau est faite pour cela.

Lorsque l’endroit plombé de soleil où Jésus s’est assis était un jardin, il s’y promenait déjà, mais le soleil alors avait la douceur de la brise du soir. Mais ce jardin fut celui du refus. L’homme a désobéi parce qu’il n’a pas voulu dépendre de la paternité de Dieu. Adam a dit non et il a quitté le jardin et cette désertion est devenue désertification. Aujourd’hui le nouvel Adam est venu pour dire oui et le désert se change déjà en vertes vallées. Jésus est l’eau vive. Il n’y a pas d’autre source que lui. Aujourd’hui, on aime bien aller de puits en puits, peut-être pour se mirer soi-même, au fond du puits. Mais on ne peut se regarder de près qu’en tombant au fond et en y restant. Jésus n’est pas un puits, il est une source : quand on se regarde dans la source, c’est lui qui se donne à voir.

Jésus désaltère. Seul Jésus peut étancher notre soif de Dieu. Seul Jésus peut apaiser notre nostalgie du jardin. Seul Jésus redonne la vie et nettoie nos taches indélébiles, mais pour cela Il nous faut consentir à deux intrusions : d’abord le laisser s’occuper de nos petites affaires, accepter de reconnaître que l’on a vraiment soif, que l’on a besoin de son eau, de sa vie, de lui tout court il n’est pas toujours facile de consentir à laisser sa vie dépendre de la soif que Dieu a de nous ... Il est peut-être très assoiffé, lui aussi il risque de nous vider la cave.

Ensuite, il faut consentir à le laisser nous laver. Il n’est pas facile non plus de se reconnaître crasseux, et moins encore de se laisser nettoyer par un tiers. Il y a des moments où l’on préfère rester sale plutôt que d’être blanchi par lui. Aurons-nous la belle simplicité de cette Samaritaine, qui se laisse approcher, regarder, interroger, juger peut-être : "Tu as eu cinq maris et celui que tu as maintenant n’est pas ton mari" ? Cette Samaritaine de toute évidence a vécu. Elle n’est plus une frêle jeune fille. Elle est apparemment une mangeuse d’hommes, et le décès prématuré de ses cinq maris semble inviter le sixième homme de sa vie à quelque prudence ... disons à une vie parallèle, on ne sait jamais ! Bref, cette Samaritaine aime la vie. Elle pourrait s’en glorifier , pas du tout, au contraire : "Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait. Ne serait-il pas le Christ ?". Elle a reconnu celui qui ne la connaissait pas. Elle s’est laissée regarder et a vu qu’elle était, aimée, malgré tout. Elle a consenti à celui qui a parlé, à celui qui est, venu "expliquer tout", comme elle le dit elle—même : "Celui qui nous expliquera tout" ... "Je le suis, moi qui te parle".

Seul Dieu peut lire les coeurs , juger les fautes, pardonner les péchés, Et Jésus vient de lui dire son fait, sans cesser de l’aimer, en lui disant surtout qu’il est lui le "Je Suis" du désert de l’Exode, le "Je suis" de Moïse, le Messie attendu. Jésus a soif, Jésus est l’eau vive et Jésus désaltère. Lui, l’adorateur parfait, est venu nous réapprendre à "adorer en esprit et en vérité". Lui, le suprême obéissant est venu "faire la volonté de celui qui l’a envoyé". Lui, le second Adam, est venu transformer en oasis le désert du premier Adam. Ne le laissons pas se fatiguer à nous attendre encore.




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 Le pays de la soif



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