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La vigne et les sarments

En ligne depuis le dimanche 5 novembre 2006.
 
 
Dieu et les Bordelais ont au moins une passion commune : celle de la vigne et du vin. Certaines mythologies ont cru devoir laisser à des dieux subalternes, tel Bacchus, le soin de veiller à la vigne. Il n’en va pas ainsi pour nous. Le Dieu des juifs et des chrétiens aime tellement la vigne qu’il en a toujours fait son affaire personnelle. Tout Dieu qu’il soit, il n’a pas hésité à se présenter sous les traits d’un Vigneron. De là vient sans doute que juste après le déluge, Noé n’eut rien de plus pressé que de planter la première vigne. On sait, du reste, quelle mésaventure s’ensuivit. Pour autant, cet épisode ne rendit pas Dieu ennemi du vin - à la différence du Dieu chagrin qu’adorent de tristes religions. La preuve ? Le premier signe qui marqua le début du ministère de Jésus, vrai homme et vrai Dieu, fut précisément de changer l’eau en vin aux noces de Cana. De même avant de quitter les siens, il transforma le vin en son propre sang. Pourquoi Dieu est-il fasciné à ce point par la vigne et son fruit ? Bien des réponses sont possibles. Je retiendrai pour le moment celle-ci : le fruit de la vigne est à ses yeux le meilleur signe de ce qu’il attend de l’humanité : de la même façon que le vin réjouit le coeur de l’homme, l’oeuvre de l’homme est ce qui doit réjouir le coeur de Dieu. Mais la vigne humaine, comme le rappelle si souvent l’Ancien Testament, fut loin d’être à la hauteur de ses attentes. Ah le triste verjus, ah l’infâme piquette dont on prétendait calmer sa soif ! Un temps viendrait même où, sur sa croix, on lui offrirait du vinaigre pour tout remerciement de ses services. Pourtant, Dieu n’avait pas lésiné sur les moyens : par la loi il avait tenté d’émonder les sarments, et par la parole de ses prophètes, il l’avait même abondamment sulfatée. Mais Dieu dut se rendre à l’évidence : si, malgré tous ses soins, ses vignes s’obstinaient à lui donner un fruit décevant, cela venait de ce que les ceps étaient irrémédiablement infectés. Il lui fallut donc tout reprendre à la racine en choisissant un cep de vigne unique. Un cep que le parasite du péché ne pourrait jamais contaminer : son propre Fils. Son Fils allait être l’unique pied de vigne sur lequel devaient se greffer tous les sarments de l’humanité : la vigne pourrait alors produire le bon fruit tant désiré pour sa plus grande joie. Pour ce faire, encore que notre parabole ne le précise pas, une première opération s’imposait : retirer les sarments de leur cep d’origine, celui d’Adam, pour le greffer sur le Christ. Tel est, en somme, l’effet produit le baptême. Et lorsque la greffe réussit, le baptisé se met à croire et s’efforce de vivre en chrétien. A cela on reconnaît que la sève de la vie éternelle du Christ a pénétré en lui pour le vivifier. Pourtant, ce n’est là que le tout début des aventures du sarment humain. Avec la poussée du printemps, le greffon va bourgeonner et prendre son essor. Il pourrait même grandir démesurément. Mais pour que le sarment soit productif, on doit l’émonder et faire en sorte que son extrémité ne s’éloigne pas trop de la vigne. C’est la raison pour laquelle Jésus énonce deux conditions nécessaires pour que la vigne produise un fruit abondant et de qualité : le sarment doit être émondé, et il doit demeurer en lui. Or l’une et l’autre conditions sont assurées lorsque l’homme accueille vraiment la parole de Dieu. - La parole de Dieu émonde. Émonder, ou purifier, comme on traduit parfois : le verbe dissimule sous son aspect anodin une opération brutale, violente même. Il s’agit en effet de couper, de tailler dans le vif du sarment pour l’empêcher d’épuiser en pure perte la sève qu’il reçoit. C’est que l’homme à l’instar de la vigne, est une liane particulièrement vivace. Tout à l’ivresse de son exubérante vitalité, il semble que le mouvement spontané du serment soit de grandir pour grandir, sans autre but que de courir le plus loin possible. Ce faisant, il en vient à oublier ainsi ce pour quoi il est fait : produire de bons fruits. Il en va pareillement du mouvement spontané de l’homme : il va de désir en désir aussi loin qu’il le peut, sans se soucier de rapporter du fruit. Voilà pourquoi l’homme a également besoin d’être émondé. Il lui faut être émondé par la Parole du Christ qui le purifie, et parfois même, retranche impitoyablement certains de ses désirs qui rendraient stérile sa vitalité. Reconnaissons le, du reste, Dieu pratique souvent ce genre d’opération sans anesthésie. De là vient que la parole de Dieu fasse parfois mal. Les renoncements que l’Évangile nous impose, cela peut même faire très mal. Comment s’en étonner ? L’épître aux Hébreux dit en effet que la parole de Dieu est " énergique, plus coupante qu’un glaive à deux tranchants ". Et Jésus lui-même le confirme : " ne croyez pas que je sois venu apporter la paix mais le glaive". Et ce glaive, la parole de Dieu l’introduit jusqu’à la " jointure de l’âme et de l’esprit ". Autrement dit, la parole de Dieu a le pouvoir de retrancher nos désirs trop humains pour que nous puissions suivre plus librement les impulsions de l’Esprit. Qui n’a jamais senti jusqu’à la douleur le tranchant de l’Évangile, celui-là ne l’a certainement pas beaucoup écouté. - L’autre condition est plus surprenante : Jésus recommande aux sarments de demeurer en lui. Recommandation étrange. De lui-même, le sarment ne saurait se séparer de la vigne. Oui, mais le sarment qu’est l’homme a précisément cette capacité. S’il le désire, il peut se couper du cep pour tenter l’aventure, loin de la vigne nourricière. En réalité, cette tentation procède d’une illusion. Voici laquelle : quand il se considère, lui, jeune sarment tout verdoyant, et qu’il se compare au vieux cep sombre, tout noueux, et apparemment inerte de l’Église multiséculaire, il se dit qu’il n’a pas grand chose à en attendre. Il s’imagine alors que s’il rompait avec le Christ et les autres sarments, il serait libre d’aller beaucoup plus loin par ses seules forces. Voilà pourquoi, dans sa parabole, Jésus nous rappelle ce qui est l’évidence même : c’est de lui, la vraie vigne, que le sarment tire toute sa subsistance. Si donc le sarment ne demeure pas en lui, il se voue à une mort certaine. Bien sûr, la parole ne se borne pas à émonder, à retrancher de nos désirs. Plus profondément, tout comme les sacrements, elle nous procure la sève de la vie éternelle qui nous vient du Christ. Mais il reste qu’elle émonde, qu’elle retranche. Ce faisant, elle nous nous oblige à rassembler notre énergie vitale en fonction d’un seul but : produire ce fruit qui se conservera pour toujours dans le bon vin des noces éternelles. Reste une dernière question : pourquoi Dieu ne crée-t-il pas directement le vin dont il a envie ? Après tout, n’a-t-il pas transformé l’eau en vin ? Pour quelle mystérieuse raison attend-il de nous que nous lui offrions ce vin ? Ne pourrait-il pas le créer sans faire appel à nous ? La réponse à ce mystère tient, me semble-t-il, à ceci : Dieu peut tout créer à partir de rien, excepté une chose : l’amour dont il désire être aimé par les hommes. Cela, il ne peut pas le créer ! Nous seuls pouvons le lui donner. Il peut seulement le recevoir pour autant que nous voulons bien le lui offrir. Sans doute le bon fruit qu’il attend de nous est quelque chose de ce genre...




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