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Accueil >> Ordinaire >> Semaine 21 >>   Mesure et démesure de la foi

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Mesure et démesure de la foi

27 août 2000

 

En ligne depuis le dimanche 5 novembre 2006.
 
 

" Ce qu’il dit là est intolérable, on ne peut plus continuer à l’écouter ". Voilà ce qu’on pourrait appeler le combat entre la mesure et la démesure de la foi. Cette réaction des disciples est typique de l’épreuve de la foi. La foi est en même temps une confiance faite à Dieu, la reconnaissance de son autorité et l’adhésion de notre intelligence à des vérités, vérités enseignées par Dieu, par le Christ, par l’Eglise.

Dans l’évangile, la confiance était déjà un peu acquise. Il s’agit des disciples de Jésus. Par contre, la reconnaissance de son autorité et l’adhésion de l’intelligence font défaut. Ce sont les disciples " de loin ". Ils sont fort nombreux aujourd’hui. Ils ont flairé en Jésus quelque chose d’exceptionnel, une générosité admirable, mais ils se tiennent à distance. Certes, ils sont assez proches pour l’entendre. Mais ils se gardent la mesure de l’écoute et de la vérité. Je ne crois qu’à la mesure de ce que j’estime croyable. Bref, leur foi est humaine et non théologale, inspirée et conduite par Dieu. Ou bien elle un mélange de motifs humains et d’actions de la grâce mais ce sont les motifs humains qui dominent encore. Au fond, il peut être juste de ne croire que ce qui est croyable mais à condition de ne pas se faire soi-même, sa petite vie, ses idées, se valeurs, la mesure ultime des réalités de la foi.

Cette mesure humaine pour la foi est une attitude très fréquente aujourd’hui au sein même des croyants catholiques. On l’argumente de diverses façons en lui donnant des allures de vraisemblances. Par exemple, on dira qu’on est prêt à croire Jésus, du moins dans ses paroles les plus sûres, les plus humaines, les plus croyables pour notre temps car " il faut savoir évoluer ". Déjà, on fait un tri et ce tri est d’autant plus périlleux qu’on se tient aussi à distance de l’Eglise, jugée suspecte pour mille raisons. Lors d’une catéchèse à Rome, Mgr Dagens disait aux jeunes : " ce qui me fait le plus souffrir, c’est la séparation que font de nombreux croyants entre le Christ et l’Eglise. " On pourrait préciser : c’est la séparation entre la foi et la morale ou le refus de telle partie de la morale ; c’est la séparation entre l’action et la prière ; c’est la séparation entre les sacrements vécus et un christianisme social et humanitaire qui changerait bien l’eucharistie en resto du coeur.

Dans le christianisme, on parle souvent de nombreux et graves problèmes. Une donnée essentielle est la méconnaissance de ce qu’est vraiment un acte de foi et la vertu théologale de foi. Le plus souvent, c’est confondu avec une opinion ou une option, plus ou moins régulée par un esprit évangélique quelque peu flou. On pense que la liberté et l’esprit critique autorisent cette réduction, voire même qu’elle est une condition de la maturité de la foi, désormais, dans un monde moderne et adulte. A cette mesure, Jésus va opposer la démesure de la foi.

Dans l’évangile, Jésus renchérit sur le scandale de la vérité difficile à croire. Au lieu de rassurer ses interlocuteurs en rabaissant à un niveau humain, il annonce une vérité encore plus inaccessible, semble-t-il et il conclut : " il y en a parmi vous qui ne croient pas ". Cette dénonciation a un effet immédiat : " à partir de ce moment, beaucoup de ses disciples s’en allèrent et cessèrent de marcher avec lui ". Jésus refuse de céder à la mesure pauvrement humaine. Il oppose la démesure de la foi. Autrement dit, l’homme n’est pas la mesure de l’homme. Dieu seul est la mesure de l’homme. La confession de Simon-Pierre, elle, est totalement théologale. Elle concerne la personne de Jésus : " Nous croyons et nous savons que tu es le saint de Dieu ". Elle adhère totalement à son enseignement : " Tu as les paroles de la vie éternelle ". Jésus explique bien pourquoi certains croient, tandis que d’autres non ou mal. Ils donnent deux raisons : " C’est l’esprit qui fait vivre, la chair n’est capable de rien ". Jésus dénonce donc un défaut de vie spirituelle. Cela crée chez les interlocuteurs une incapacité à s’ouvrir à la démesure de la foi, car ses " paroles - celle de Jésus — sont esprit ". Jésus ne demande pas à l’homme de sortir de sa condition charnelle, ni de renoncer à son intelligence. Mais il faut que le croyant fasse réellement une expérience spirituelle, qu’il engage son intériorité, qu’il n’arrête pas son intelligence à ce qui est immédiatement croyable ou acceptable selon une rationalité étroite.

Il est certes légitime d’éprouver des difficultés devant tel ou tel mystère de la foi. Mais alors, au lieu de déclarer cela " intolérable ", il ne faut pas renoncer à son intelligence et se poser trois questions :

1°. Cette vérité de foi, est-elle bien enseignée par l’Eglise, car souvent on mélange les enseignements de la foi avec telle ou telle opinion de croyant ou de théologien ;

2°. Est-ce que je comprends bien ce que signifie cette vérité ? Car souvent on se révolte contre des fausses compréhensions.

3°. Quel est le sens exact de ma difficulté : souvent on oppose à une vérité de foi une autre vérité, plus ou moins bien établi, ou bien à un sentiment qu’on a pas assez critiqué. L’attitude de foi n’exige pas de nous un saut dans l’absurde mais l’ouverture de notre intelligence à la plénitude d’un mystère profondément intelligible, si fortement intelligible que notre intelligence est éblouie. La démesure de la foi n’est pas l’irrationnelle, mais le " trop intelligible ", ce sont les raisons de Dieu et c’est pour l’homme la nécessité de la foi pour les comprendre un peu. Il faut donc l’intelligence et l’expérience spirituelle. Ce qui a provoqué la défection des disciples, c’est l’Eucharistie. Ce qui allait devenir le coeur de la foi et de la vie liturgique, voilà ce que les disciples trouvaient intolérable, impossible à écouter. Quand la foi se fait mesure humaine, en cachette ou ouvertement, elle finit toujours par manquer l’essentiel. L’Eucharistie est sûrement la meilleure provocation de ce que notre coeur est prêt à accepter ou non de la démesure de la foi.




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 Mesure et démesure de la foi



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