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Accueil >> Ordinaire >> Semaine 23 >>   On n’est pas bossu sans motif

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On n’est pas bossu sans motif

Dimanche 10 septembre 2000

 

En ligne depuis le dimanche 5 novembre 2006.
 
 
Est donc guéri aujourd’hui " un sourd, qui, de plus, parlait difficilement ". Évidemment ! Comment aurait-il pu restituer par la parole le son que son oreille n’a pas entendu ? Ce pauvre malade amené à Jésus ne sait pas à quel point il résume l’état de l’humanité : sourd et muet, voilà l’état de misère de l’homme sans Dieu ! Non qu’il y aille de sa faute à lui, notre sourd-muet. Encore que, pour un Juif, un grand malade est d’abord un grand pécheur, lui ou bien l’un de ses parents ! Et comme on dit hélas souvent en période noire : " Qu’ai-je fait au bon Dieu pour mériter cela ? " Comme le dit aussi le prince de Gonzague dans le Bossu, avec le visage inimitable de Fabrice Lucchini : " on n’est pas bossu sans motif ! " En effet, nos plaies et nos bosses ne sont pas sans motif. Mais seul le médecin peut les identifier, et les identifiant les guérir. Le sourd-muet d’aujourd’hui se trouve être l’acteur privilégié d’un drame qui le dépasse. 1) Lorsque Jésus guérit, c’est pour montrer quelque chose. Il guérit pour guérir, pour soulager, mais bien plus pour montrer qu’il guérit, pour manifester qu’il peut guérir. En réalité, il guérit comme seul Dieu sait guérir. C’est pourquoi chacune de ses guérisons revêt un caractère stratégique, disons pédagogique. La guérison est une réalité bien visible, mais elle est aussi un rappel, une révision de la Bible pour les témoins. Et Jésus fait donc réviser ce passage du prophète Isaïe (35,2.5-6.10) : " On verra la gloire du Seigneur, la splendeur de notre Dieu. Alors, les yeux des aveugles verront et les oreilles des sourds s’ouvriront. Alors, le boiteux bondira comme un cerf et la bouche du muet criera de joie. Ils reviendront, ceux que le Seigneur a rachetés ". Il y a dans ce passage trois moments : on verra la gloire du Seigneur, on verra la divinité de Dieu ; les malades seront guéris ; et ils reviendront, les rachetés. Le but est donc de montrer la gloire du Seigneur ; le moyen est de faire danser les grabataires ; le sens est de montrer le rachat advenu, le salut effectué. C’est exactement cette leçon qu’enseigne Jésus le pédagogue. Son but est de manifester le mystère de Dieu ; son moyen est de guérir son sourd-muet, cas doublement répertorié par Isaïe ; son enseignement est de faire comprendre que le rachat est accompli. Toutefois, ce salut destiné à tous doit se faire progressivement, en douceur. Il y a des médecines trop violentes qui pourraient tuer le malade ! Et c’est pourquoi la publicité en est différée. Jésus interdit d’en parler, bien en vain d’ailleurs. Il se trouve ici en terre païenne, or il destine le salut d’abord au peuple élu par Dieu, à Israël, ensuite seulement aux païens : du plus intérieur au plus extérieur, en douceur. Il y a en effet un peuple élu : c’est l’humanité entière, aimée par Dieu. Mais comme un amour aussi élargi est incompréhensible pour nous aux coeurs si secs, Dieu a d’abord choisi, en pédagogue génial, de concrétiser l’idée de peuple élu en un petit peuple concret, Israël, pour l’élargir ensuite. Il est donc vrai que tout le genre humain est le peuple élu, à travers la première élection du peuple d’Israël. Et Hitler, en théologien pervers, l’avait compris : " il ne peut pas y avoir deux peuples élus mais un seul, soit celui d’Israël, par Dieu, soit le peuple allemand, par moi ". Le combat de Hitler est donc frontal, car il est d’abord un combat contre Dieu et sa Providence. 2) Le but de Jésus et donc de montrer que le Salut est déjà à l’oeuvre. Son moyen habituel, contre toute attente, est concret, trivialement concret. Jésus guérit l’âme par le corps. Jésus affectionne cette pédagogie : on ne sauve pas quelqu’un à distance, mais en se saisissant de lui. Le malade est donc amené à Jésus, comme à quelqu’un à qui l’on reconnaît une autorité ; et il n’est de Dieu Sauveur qu’un Dieu qui n’est pas fabriqué à notre loisir, mais à qui l’on est bel et bien amené. La guérison est reçue : de même, on n’invente pas sa religion, son Dieu, son Eglise ; on ne se pardonne pas soi-même, on reçoit le pardon d’un autre. La guérison est reçue par le corps, et par ses sécrétions : il y a toujours un danger d’angélisme, d’une religion propre sur elle, lointaine et cérébrale, où l’on s’arrange avec un Dieu qui ne dérange jamais ! Jésus touche les oreilles : il y guérit le centre de réception des informations : il guérit la foi ; la vertu théologale de foi est reçue, dans sa totalité, sans trier et sans choisir, sinon elle n’est plus la foi, elle n’est plus qu’une opinion humaine, fût-elle badigeonnée de bons sentiments chrétiens. Jésus touche la bouche : il guérit le centre de diffusion des informations ; la foi n’est totale que si elle est dite, confessée, proclamée. Car le chrétien ne saurait être clandestin. Le chrétien qui se fait donc imperméable à une partie de la foi, et qui cache qu’il est chrétien, est un chrétien sourd-muet " On n’est pas sourd-muet sans motif ! " Et c’est ici que la petite démonstration de Jésus se fait virtuose et dépasse le texte d’Isaïe. De la gloire de Dieu il conduit à la Révélation totale du Dieu trinitaire. Il met ses doigts dans les oreilles, crache, et touche la langue : il montre ainsi qu’il est un Sauveur dans un corps qui est aussi le Verbe de Dieu, la bouche de Dieu, dont l’oeuvre et de guérir les oreilles et la bouche. C’est là l’oeuvre du fils. Il lève les yeux vers le Ciel : il appelle l’oeuvre du Père. Il gémit : il appelle l’oeuvre du Saint-Esprit, aux gémissements ineffables. Notre infortuné sourd-muet sait-il qu’il est une citrouille transformée en carrosse par toute la Fée-Trinité ? 3) Pour manifester son but, sauver l’homme, Jésus prend des moyens terriblement concrets. Quel sens donne-t-il à sa petite mise en scène ? Jésus veut montrer que désormais, le salut nous serre de près, avec des moyens encore plus divins et encore plus humains. Il le montre d’abord en sa propre personne. Dieu n’est plus un Dieu distant, il a le visage de Jésus. C’est merveilleux, et terriblement embarrassant. Car il est facile de négliger une idée, mais il est plus difficile de détourner les yeux d’un regard pareil. Désormais notre situation en regard de Dieu est celle d’un face-à-face. Or un face-à-face n’est jamais simple : voyez l’état de transe qui nous saisit lorsque nous nous préparons à deux face-à-face aussi terrifiants l’un que l’autre : un rendez-vous galant, et le contrôle de l’inspecteur du fisc ! Jésus montre donc désormais que Dieu a pris contact avec nous, instaurant un face-à-face, main dans la main ! Et il le montre aussi pour le salut qu’il nous propose en lui et après lui : l’Eglise est son corps, qui se donne à toucher ; et les Sacrements sont les gestes triviaux qui rejouent ce qu’il a inauguré sur le sourd-muet. Vivre en chrétien ne saurait se concevoir sans une forte acceptation du monde du corps : car nous voilà lavés, huilés, nourris, instruits et pardonnés par un timbre de voix humain, nous voilà traversés de signes, de symboles, et de gestes, de paroles, de visages. Toutes ces choses si physiques, mais aussi tellement spirituelles, sont l’Eglise et les Sacrements. Et ce ne sont pas que des panneaux indicateurs, des signes du salut : ce sont, bien plus, des réalités du salut. Sans eux, le salut est moins réel, voire pas du tout. Ce n’est pas pour rien, finalement, que Dieu nous a fabriqués avec un corps, un corps qui vit et qui souffre, qui a faim, froid, qui aime et qui vibre : car cela nous prépare à comprendre le salut et à vivre dans l’Eglise. D’ailleurs, au Ciel, notre salut sera complètement réalisé, nous le comprendrons avec le corps, dûment ressuscité, glorifié, porté à son maximum. Alors nous pourrons exhiber nos difformités : car elles seront devenues des plaies glorieuses ! " On n’est pas bossu sans motif " : en effet, Dieu lui-même, comme jadis les spéculateurs de la rue Quincampoix à Paris, a voulu écrire notre histoire sur la bosse " qui porte bonheur, monseigneur ! ".




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 On n’est pas bossu sans motif



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