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Le mystère et la myrrhe

5 janvier 2003

 

En ligne depuis le dimanche 4 février 2007.
 
 

Lumineuse Epiphanie... Les deux autres manifestations du Seigneur associées à l’adoration des mages ont été anoblies comme « mystères lumineux ». Celle-ci ne le mérite pas moins. Il ne s’agit pas seulement de l’étoile qui guide les mages jusqu’à la crèche. La Préface de cette fête en précise la signification spirituelle : « Aujourd’hui, tu as dévoilé dans le Christ le mystère de notre salut pour que tous les peuples en soient illuminés ; et, quand le Christ s’est manifesté dans notre nature mortelle, tu nous a recréés par la lumière éternelle de sa divinité ». L’Astre que les adorateurs en esprit et en vérité ont vu se lever à l’Orient, n’est autre que ce petit enfant dont Zacharie, rempli d’Esprit Saint, dit qu’il est l’Astre d’en haut, qui nous a visités « pour illuminer ceux qui demeurent dans les ténèbres et l’ombre de la mort, afin de guider nos pas dans les chemins de la paix » (Lc 1, 78-79), celui dont le vieillard Syméon, pressé par l’Esprit Saint, bénit Dieu en disant que ses yeux ont vu son salut, préparé à la face de tous les peuples, lumière pour éclairer les nations et gloire de son peuple Israël (Lc 2, 30-32), celui dont le Prologue de saint Jean nous dit qu’il est la lumière véritable, éclairant tout homme, venant en ce monde (Jn 1, 9).

Les mages venus d’Orient adorent en cet Enfant leur Dieu et leur Sauveur. « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés » (1 Tm 2, 4). Telle est la splendide lumière de ce mystère dévoilé aujourd’hui dans le Christ : « Ce mystère, c’est que les païens sont associés au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Evangile » (Ep 3, 6). Ce mystère n’est pas obscurité et secret mais lumière et révélation, dévoilement et accomplissement.

L’Epiphanie est manifestation de ce mystère ; elle montre à toutes les nations la réalisation de l’espérance confiée à Israël par les prophéties. De Balaam, d’abord, dans le livre des Nombres : « Je le vois - mais non pour maintenant, je l’aperçois - mais non de près : Un astre issu de Jacob devient chef, un sceptre se lève, issu d’Israël » (Nb 24, 17). L’astre, le chef, le sceptre annoncent un Messie-Roi qui manifestera la victoire du Seigneur. Le Psalmiste s’exclame : « En ses jours justice fleurira et grande paix jusqu’à la fin des lunes ; il dominera de la mer à la mer, du Fleuve jusqu’aux bouts de la terre. Devant lui se courbera la Bête, ses ennemis lècheront la poussière ; les rois de Tarsis et des îles rendront tribut. Les rois de Saba et de Seba feront offrande ; tous les rois se prosterneront devant lui, tous les païens le serviront » (Ps 72, 7-11). Et le livre d’Isaïe renchérit : « Voici que je lève la main vers les nations, que je dresse un signal pour les peuples : ils t’amèneront tes fils dans leurs bras, et tes filles seront portées sur l’épaule. Des rois seront tes pères adoptifs, et leurs princesses tes nourrices. Face contre terre, ils se prosterneront devant toi, ils lècheront la poussière de tes pieds » (Is 49, 22-23) ; « elle est venue, ta lumière et la gloire du Seigneur s’est levée sur toi. Regarde : l’obscurité recouvre la terre, les ténèbres couvrent les peuples mais sur toi se lève le Seigneur, et sa gloire brille sur toi. Les nations marcheront vers ta lumière et les rois, vers la clarté de ton aurore... Tous les gens de Saba viendront apportant l’or et l’encens et proclamant les louanges du Seigneur » (Is 60, 1-3. 6). L’accomplissement de la prophétie se vérifie jusque dans le détail des dons apportés par les mages. A un détail près, cependant. A l’or et l’encens, s’ajoute ici la myrrhe.

La myrrhe est une gomme résine aromatique que l’Ecriture associe souvent à l’encens et aux parfums précieux : baume, nard, cinnamome, amome, safran et aloès... Elle évoque la joie des noces : le livre biblique la nommant le plus souvent n’est autre que le Cantique des Cantiques. Mais ce parfum est mêlé et ce cadeau ambigu, ou du moins à son tour prophétique. Claudel le remarque : « La myrrhe nuptiale ! La funèbre myrrhe ! Cela qui chez les anciens ne servait pas à la célébration d’un seul mystère seulement ». Et les Pères ont souligné ce symbolisme de la myrrhe comme expression de l’humanité et de la mortalité : on donne à Jésus « de l’or comme à un roi ; l’encens honore sa divinité ; et la myrrhe son humanité et sa sépulture, parce que c’était le parfum dont on embaumait les morts » (Bossuet, Elévation sur les mystères). C’est un mélange de myrrhe et d’aloès, d’environ cent livres, que Nicodème apporte de nuit pour l’ensevelissement de Jésus (Jn 19, 39). Jésus, expressément et à l’encontre de Judas qui objecte la pauvreté, accepte l’onction qu’une femme lui fait d’un parfum précieux, précisant que c’est « pour sa sépulture » et signifiant ainsi conscience et acceptation de sa passion et de sa mort. On lui offre de l’or comme à un roi. « Ainsi, donc, tu es roi ? » (Jn 18, 37) demandera Pilate au Messie souffrant, défiguré. « Oui, toi-même tu le dis, je suis roi », et pas seulement « roi des Juifs », comme tu l’écris au-dessus de la croix, mais « roi des nations ». On lui offre de l’encens comme à un Dieu. « Sauve-toi toi-même, si tu es fils de Dieu, et descends de la croix » dira le sarcasme. « Vraiment, cet homme était le Fils de Dieu » (Mt 27, 54), répondra la foi. On lui offre de la myrrhe car celui qui est Immortel par nature s’est anéanti lui-même jusqu’à mourir pour nous, sur la croix. On lui donnera en ce jour du vin parfumé de myrrhe (Mc 15, 23) mais il n’en prendra pas. La myrrhe est un parfum précieux, mais le prix du mystère est la transformation du vin dans le sang des noces de l’Agneau Innocent. L’Epiphanie est une fête lumineuse, toute de gloire et de royauté ; il y faut de l’or sur les chasubles et de l’encens pour les volutes odorantes, mais il y faut aussi la myrrhe, car l’astre de Bethléem repartira, lui aussi, par un autre chemin, et jusqu’au Golgotha. Il nous faut adorer Jésus dans les bras de Marie, ici à Bethléem. Joyeux, émerveillés par le mystère, apportons et l’or et l’encens et la myrrhe. Il faut l’adorer là, douloureux en Pietà, sans plus d’or ni d’encens, oint déjà de la myrrhe. C’est la même lumière, de la crèche à la Croix ; la même Epiphanie : le mystère et la myrrhe




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 Le mystère et la myrrhe



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