Accueil
Présentation Avent Noël Ordinaire Carême Pâques Sanctoral Divers        


Accueil >> Ordinaire >> Semaine 5 >>   Le Christ de notre vie

TOP 5 :

textes  les plus lus :
 
par fr. HF Rovarino o.p.
La Mère de Dieu a quelque chose à nous dire
8385 visites

par fr. R Bergeret o.p.
Au désert, je parlerai à ton cœur
7517 visites

par fr. R Bergeret o.p.
Dieu nous fait le cadeau de sa présence
7412 visites

par fr. ST Bonino o.p.
Notre attente : la vie éternelle
6700 visites

par fr. BM Simon o.p.
Le jeune homme riche
6304 visites

Le Christ de notre vie

9 février 2003

 

En ligne depuis le dimanche 4 février 2007.
 
 

Voilà une page d’Evangile tout en contraste. L’Evangéliste nous fait suivre Jésus tout au long d’une journée et au-delà. Il vient habiter notre temps et notre espace. Il en épouse toutes les formes et tous les contrastes. Nous découvrons Jésus dans l’urgence, l’urgence de la proclamation du Royaume. Il va d’un lieu à un autre, il est à la synagogue, à la maison de Pierre, à la porte de la ville. On le retrouve dans un lieu désert et de là, il s’en va vers les bourgs voisins et puis dans toute la Galilée. Espace religieux, espace privé et espace public, espace profane.

Il est auprès des intimes comme il est auprès de tous les malades. Toute la ville est là nous dit même l’Evangéliste. On se déplace beaucoup dans cet Evangile, on va à Jésus, on le cherche, on le trouve et Jésus va de bourg en bourg. Il se fait toujours plus proche de ceux qui sont toujours plus loin. Il doit occuper tout l’espace de notre monde et de notre vie, il proclame le Royaume et fait taire l’Esprit mauvais pour qui il n’y a plus de place.

Il s’arrête également et il a tout son temps quand il est avec nous. Le temps d’être servi par la belle-mère de Simon, comme il a pris le temps de s’approcher d’elle, de la toucher et de la guérir. Par-là vient également le temps de l’incompréhension et du questionnement sur l’étrange comportement de ce Rabbi Jésus. C’est aussi le temps de la réjouissance d’un partage intime qui vient succéder à l’éprouvant partage de la détresse d’un proche. Il se retire aussi. Il se retrouve seul pour prier. Bruit et silence, la foule et le désert, nuit et jour, urgence et patience, partage et solitude, épreuve et réjouissance. La vie.

La vie dans toutes ses dimensions et dans tous ses contrastes. Toute la vie dans une petite page d’Evangile. Cette vie, c’est bien celle de Jésus parce que cette vie, c’est bien la nôtre. Cette vie, dans l’expérience de ses multiples contrastes et qui est aussi bien souvent celle de ses multiples contrariétés, voire de ses contradictions. Cette vie, Jésus l’emplit de sa présence sans restriction aucune. Il n’est pas de moment ni de lieu qui lui seraient interdits d’accès ou qu’il se refuserait à habiter, et surtout pas ces lieux et ces moments que nous considérerions, nous, indignes de Lui ou indignes de nous. Il habite tel et tel moment, telle et telle situation comme le Sauveur, le Vivant, le Maître, le Juge souverain, l’Ami, le Frère aîné, le Premier né, l’Hôte de nos vies, le Mendiant qui frappe à la porte. Pas de moment dont il ne puisse faire chaque fois, de la meilleure et la plus adéquate façon qui soit pour nous, le lieu de sa rencontre. Jésus est ainsi au long de notre vie notre unité.

Il s’agit bien moins de faire l’impossible unité des morceaux dispersés de notre vie - que dirions-nous alors à ceux dont la vie est en mille morceaux ? - que de retrouver en tout fragment de vie le Christ, notre unité en notre vie, notre vie faite unité en Lui, l’unité de toute notre vie. Cette vie qui, d’exodes en exils, de tentes de Rendez-vous en déserts arides, de parcours aboutis en chemins recommencés, de chemins égarés en demeures retrouvées, cette vie qui cherche toujours la terre de sa promesse. Il est notre vie en son unité car il a habité nos exodes et nos exils jusque dans leurs plus ultimes et plus inconcevables conséquences. Il est l’homme écartelé qui a tout réconcilié en Lui. Il rassemble dans l’unité ce qui était dispersé. Il est notre vie en son unité car, comme nous le montre si bien notre Evangile, il est là, au cœur du drame d’un monde disloqué qu’il vient unir au cœur du mystère du Père.

Rien donc qui ne soit soustrait au temps de sa visite, à la proclamation de son Royaume, au toucher vivifiant de sa présence. Sur nos chemins d’exodes il nous conduit, à nos haltes bienfaisantes il s’est invité, en nos passages éprouvants il nous précède, au seuil de sa bienheureuse plénitude il nous attend.

Nous sommes la communauté du Vivant. Son Esprit vivifiant rejoint chaque homme en sa vie. Nous sommes l’Eglise du Christ. Une Eglise qui ne se réduit donc pas, loin de là, à celle qui est repérable dans ses institutions et dans ses personnes. Cette Eglise confessante à laquelle nous appartenons a justement pour mission première de reconnaître, d’accompagner, d’éveiller et de stimuler cet Esprit agissant dans la vie de nos proches connus, mal connus ou peu connus, afin que le nom du Christ soit proclamé, reconnu et proposé pour ce qu’il est : Evangile de vie.

Ne présupposons pas a priori la forme que doit prendre ce dessein de l’Esprit du Vivant dans la vie de nos frères en humanité. Que ce dessein vienne à nous surprendre, voire à nous dérouter, est d’ailleurs bien plus un gage de véridicité que s’il venait à correspondre à nos façons de voir. Comme pour les Apôtres dont les Actes nous racontent, encore plus que les conversions qui s’opèrent par eux, leur propre conversion au dessein étonnant de l’Esprit. A commencer par cette conversion à l’égard de toute forme de prétention à se considérer dépositaire mieux que Dieu des choses de Dieu, un peu comme le grand inquisiteur de Dostoïevski. Tentations de détournement du savoir et du pouvoir dont personne d’entre nous n’est complètement indemne ni n’a jamais vraiment fini de se libérer. Il peut, en effet, nous arriver d’ignorer des initiatives heureuses, quand nous ne les étouffons pas, et qui surgissent tout droit d’une expérience de l’Esprit, perçues comme telle ou non par ceux qui en vivent. Initiatives que nous avons manqué ou que nous avons peut-être même condamnées.

Un décentrement est donc à mettre au centre de nos vies. Du tout-autre, le Tout-Autre au centre de soi. Cela ne peut d’ailleurs être que l’œuvre de l’Esprit et nous dispose à percevoir cette œuvre de l’Esprit dans celle de nos proches. Un déplacement de perspective qui change le regard et libère l’espace et le cœur pour une rencontre inédite, celle d’autrui à partir de lui et du mystère agissant de l’Esprit en sa vie. Enraciner sa propre vie dans une telle attitude est commencement d’Evangile et d’Evangile communiqué. Saint Paul nous en donne le meilleur exemple et il vient de nous le rappeler, lui qui s’est fait juif avec les juifs, sans-loi avec les sans loi, etc... L’Evangéliste nous a également rappelé combien Jésus s’est toujours dérobé aux espaces confinés dans lesquels nous aurions cru prétendre le contenir, pour lui donner là seulement droit de cité. A trop cultiver l’esprit de chapelle, on s’interdit d’être l’Eglise de l’Esprit.

Oui, il nous faut annoncer l’Evangile. Annoncer l’Evangile, Saint Paul nous l’a rappelé, est une nécessité, une exigence de vie, l’exigence du serviteur du Vivant. Comme pour la belle-mère de Simon, cet Evangile qui fait vivre fait de nous des serviteurs du Vivant. L’Evangile nous établit mutuellement en pleine humanité. Celui qui l’annonce ne le reçoit pas moins que celui qui l’écoute. Il conduit chacun vers sa propre intériorité, là où jaillit en nous la source intime, l’Esprit-Saint. Il est invitation à boire à son propre puits. C’est l’Evangile de cet homme Jésus qui vient de Dieu. Il investit l’espace et le temps d’une humanité dès lors transfigurée par sa présence, une humanité guérie, recréée, révélée.

Pour qu’advienne cette humanité nouvelle, célébrons dès maintenant ce sacrement de l’unité et laissons-nous conduire dans notre vie par l’Esprit du Christ.




2736 affichages
 

 Le Christ de notre vie



Untitled Document