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Dans la lumière née de la lumière

16 mars 2003

 

En ligne depuis le dimanche 4 février 2007.
 
 

Il est des jours, des années d’épreuve où un visage, un peuple, broyé par l’injustice, la souffrance, est sans beauté ni éclat (Is 53,2).

Il est des paysages sous le brouillard d’une très pauvre apparence. Mais ces lieux familiers, éclairés par une pure lumière tout juste sortie des froidures hivernales comme ces jours derniers, ou par la franche lumière d’un jour d’été balayé par un vent éloignant toute brume, ou par la lumière d’or rasante d’un soir d’automne sans nuage, sont comme transfigurés, méconnaissables à nos mémoires de la grisaille quotidienne. Ce sont pourtant les mêmes lieux, mais manifestés dans une autre lumière.

Lumière vivante, éternelle, qui fait la vérité, qui révèle l’âme, ce qui est, le plus beau, qui fait pousser, fait grandir, guérit, guide, qui réchauffe sans brûler, éclaire sans détruire, envisage sans dévisager, pardonne sans humilier, illumine sans aveugler, aide à continuer de croire dans la nuit et redonne espérance : lumière de celui qui est « la Vérité et la Vie » (Jn 14,6), qui fait voir la lumière (Ps 36,10), qui aime la lumière, qui est née de la lumière.

C’est cette lumière qui transfigure le visage de mon prochain quand l’amour fait irruption dans sa vie. Cette lumière, qui est la splendeur de la vérité, de l’amour, vient du visage visible de gloire du Dieu invisible : de la face du Christ enluminée de l’amour du Père dans l’Esprit qui les unit.

Oui il est « bon » que nous soyons ici, dans la lumière de la parole du Seigneur, de la présence de Dieu, en chaque Eucharistie. Il est « bon » d’être là où Dieu est. Il est « bon » que Dieu soit avec nous. Il est « bon » que nous demeurions dans la lumière qui nous vient de son visage de gloire, depuis le premier jour de la création. Et Dieu vit que la lumière était « bonne » (Gn 1,4). Il n’y a pas de plus haut-lieu sur la terre que celui où se tient Dieu parmi nous dans l’humilité du très saint Sacrifice : celui de la présence de Dieu enfouie qui transfigure toute chose, toute heure. Là s’accomplit déjà le désir le plus profond de l’homme, son espérance que tant ne connaissent pas, proclamé par les apôtres dès le premier jour « Maître, où demeures-tu ? » (Jn 1,39), que Pierre reprend dans la joie sur le Thabor « Il est bon que nous soyons ici : dressons trois tentes », qu’il exprimera bien maladroitement dans l’épreuve de la Passion « Si tous te laissent tomber, moi je resterai avec toi » (Mc 14,29). C’est aussi le désir de Marie-Madeleine au matin de Pâques dans le jardin (Jn 20,17) et l’invitation au soir du même jour par les deux disciples à Emmaüs « Reste avec nous, car déjà le jour baisse » (Lc 24,29). Demeurer en sa présence est à la portée de chacun : dans la prière, dans le secret de notre chambre (Mt 6,6) ou en communauté quand deux ou trois sont réunis en son nom (Mt 18,20), ou dans le service de nos frères « ce que vous avez fait au plus petit d’entre mes frères c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25,40), dans les joies avec reconnaissance, dans les peines avec confiance.

Oui il est bon que nous soyons ici. En l’Eucharistie instituée par Jésus, l’Eglise dresse trois tentes : celle de la Parole de Dieu que Moïse commença de recevoir sur le Sinaï en la Loi (Ex 19-20), celle de la tente de la présence de Dieu en la liturgie proprement eucharistique, et enfin celle de l’annonce du salut au monde que le prophète Elie avait déjà commencé à dresser par le témoignage de toute sa vie (1 R 17- 2 R 2). Certes, le Thabor est plus que le mont Nebo (Dt 32, 49) : pas de loin, mais de près, nous contemplons la terre du salut dans laquelle nous entrerons, sa lumière indicible. Car notre terre promise est un visage : la face de Dieu. Mais la porte, le secret, en est le cœur ouvert de Jésus sur la Croix. En effet, comme le dit saint François de Sales, « il y a en chaque Eucharistie plus que le Thabor dont on redescend encore pécheur : le Golgotha dont on repart justifié ».

Ainsi, si le plus grand miracle du côté de l’homme est que Dieu nous donne à contempler sa gloire surabondante comme est infini son amour et ses dons : du côté de Dieu, si je peux dire, c’est que cette présence infiniment glorieuse demeure enfouie sous l’apparence d’un humble morceau de pain. Dieu dans l’infinie délicatesse et patience de sa charité ne s’impose pas à nous dans la gloire mais se propose à nous dans l’humilité de son amour respectueuse de la liberté de sa créature. En Moïse, Dieu se donna à voir de dos dans la fente du rocher (Ex 33,18-23), il se donne à contempler de face quelques instants dans la manifestation de sa gloire sur le Thabor : non pour nous contraindre, mais pour confirmer notre foi, réveiller notre espérance, affermir notre charité.

L’événement de la Transfiguration est un don de Dieu : un don de Dieu dans le don de Dieu. Six jours avant, Pierre vient de proclamer sa foi au nom de tout le collège des apôtres ((Mc 8,29). C’est dans cette foi proclamée que la contemplation du Christ en gloire est possible. Il y a le don de la foi par Dieu. Il y a l’accueil de ce don par l’homme : c’est l’acte de foi. Il y a alors dans la foi le don de la contemplation de Jésus transfiguré. Ce don s’accomplit pour nous quand Jésus lui-même est en prière (Lc 9,29) : quand il se tient dans la lumière de l’Esprit qui l’unit au Père. C’est ainsi qu’il est transfiguré. Est lumineux ce qui se tient dans la lumière. Celui qui prie se tient dans la lumière de Dieu, mûrit, porte du fruit, devient lumineux pour ses frères : le miroir pour réfléchir la lumière doit se tenir dans la lumière à transmettre. Dans la prière avec le transfiguré, les disciples apprennent à obéir au Père en écoutant son Fils, qui est le même transfiguré dans la gloire aussi bien qu’enfoui dans l’humilité des eaux du Jourdain (Mc 1,11) ou dans la défiguration à l’heure de la Passion.

Alors nous sommes conduits ainsi, avec Pierre, Jacques et Jean, à ne plus voir que Jésus seul (Mc 9,8), à ne plus suivre que Jésus seul, à ne plus vivre que pour lui seul, à ne plus aimer que lui seul, à ne plus aimer nos frères qu’en lui seul. Et là où Jésus est le plus seul, c’est sur la croix. Le mystère de la Transfiguration est un mystère « lumineux » qui se situe juste après la première annonce de la Passion et nous tourne vers la croix, qui nous ouvre au mystère de gloire de la Résurrection.

Le Transfiguré, le Sauveur, a accepté de perdre la face aux yeux du monde, d’être défiguré en sa Passion d’amour « il n’avait plus figure humaine » pour que l’homme pécheur ne perde pas son âme, et puisse se vêtir du visage du ressuscité et contempler alors éternellement le visage de toute miséricorde, de toute gloire manifesté sur le Thabor. Si en Moïse nous savons que nul ne peut voir Dieu sans mourir, en Christ nous connaissons que nul ne peut voir Dieu sans que Dieu meure pour nous par amour




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