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Des jarres remplies jusqu’au bord !

Dimanche 7 janvier 2001

 

En ligne depuis le dimanche 11 février 2007.
 
 

A première vue ce miracle paraît de mince portée. Jésus, averti par sa mère, tire d’embarras une famille, à qui le vin va manquer pour fêter ses invités. Après les immenses perspectives du Prologue johannique, l’horizon semble se restreindre étrangement. Pourtant, aucun des signes rapportés par saint Jean ne stimule autant l’esprit. Le coeur y pressent un mystère, qui se dérobe au temps même où il se dévoile. Déjà le premier mot le troisième jour attire l’attention, surtout si on le rapproche de la conclusion : Tel fut le commencement des signes.(Jésus) manifesta sa gloire et ses disciples crurent en lui. L’expression le troisième jour était pour les premiers chrétiens la formule pascale consacrée. Selon S. Jean le miracle de Cana est à situer dans la perspective de Pâques. Il le voit pris dans la lumière de l’Heure qui a mis fin ici-bas à la vie de son Maître. Heure de souffrance et de gloire, dont l’éclat reflue sur tout ce qui l’a précédé. Tout alors devient un signe annonciateur. Cana est comme l’ouverture de ces signes. Il les contient tous en germe. C’est l’aube du " Jour de Jésus ". A cette lumière pascale et ecclésiale bien d’autres traits de la scène s’éclairent. Que le vin du miracle soit le signe du don que Dieu fait aux hommes par le Christ, la réflexion, légèrement railleuse, du maître du festin le montre à l’évidence. Ils complimentent le marié pour l’exceptionnelle qualité de son dernier service de vin : Tout le monde sert d’abord le bon vin et, quand les gens sont gais, le moins bon. Toi, tu as gardé le bon vin jusqu’à maintenant ! Ce trait clôt le récit, comme s’il en constituait la pointe même. Il l’enveloppe d’un halo de mystère. Le maître du festin ignorait la provenance du vin. Sa remarque cache, sous l’ironie, une question qui se trouve sous des formes diverses tout au long de l’évangile : à propos de l’Esprit, dont on ne sait ni d’où il vient ni d’où il va ! A propos de l’eau vive : d’où tires-tu donc l’eau vive ? à propos du pain céleste ; à propos de Jésus lui-même : Nous ne savons pas d’où il est (9,29 ). Le signe pointe vers le mystère de Jésus. Quant à ce vin exquis gardé pour la fin, Jésus l’offre à profusion. Les dimensions des jarres l’indiquent. Et Jésus n’a donné l’ordre de puiser qu’une fois les jarres remplies jusqu’au bord. Cela ne signifie pas nécessairement que le contenu en soit tout entier changé en vin. L’évangile ne dit rien sur le mode ni sur l’instant précis de la transformation. Il se peut que l’eau ne soit devenue vin qu’au moment de puiser. Mais la source est là, dépassant en qualité et en quantité tous les espoirs et tous les besoins. Or, le don surabondant du vin succulent était compté parmi les bénédictions aux temps messianiques. Espérance qui s’appuyait sur la bénédiction de Juda au livre de la Genèse (49, 10-11) : Il lie à la vigne son ânon, au cep le petit de son ânesse ; il lave son vêtement dans le vin, son habit dans le sang des raisins. Après des prophéties comme Amos, Joël ou Isaïe, la Sagesse divine s’était approprié le symbole. Elle est comme une vigne aux pampres charmants et (ses) fleurs sont des produits de gloire et de richesse (Ecclé 24, 17-18) ...Venez, mangez de mon pain, buvez du vin que j’ai préparé (Prov 9, 1-5). Et dans le Cantique des Cantiques nous trouvons cette invitation à la joie des temps messianiques : J’entre dans mon jardin, je bois mon vin et mon lait. Mangez, amis, buvez, enivrez-vous, mes bien-aimés (5, 1) . L’ensemble du quatrième évangile autorise à éclairer par cette tradition messianique et sapientiale le signe de Cana. Plus d’une fois, Jésus empruntera les accents mêmes de la Sagesse : Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive celui qui croit en moi (7, 37). Qui vient à moi n’aura jamais faim, qui croit en moi n’aura jamais soif (6, 35). Durant la dernière Cène, parlant comme la Sagesse divine incarnée, il dira à ses disciples : Je suis la vraie vigne et mon Père est le vigneron. Qui demeure en moi et moi en lui portera beaucoup de fruits (15, 15). Avec le pain, c’est la coupe de vin sur laquelle il a rendu grâce, qu’il laissera à ses disciples en signe de la nouvelle alliance en son sang. L’espérance messianique du peuple juif et les promesses de la Sagesse sont alors accomplies. Les images capiteuses de l’Ancien Testament se retrouvent, clarifiées, décantées, purifiées, dans la sobre ivresse du sacrifice spirituel, à la table du Verbe Incarné, plein de grâce et de vérité, et de sa plénitude nous avons tous reçu. A Cana, Marie joue un rôle de premier plan. Sa présence est la première mentionnée. Jean ne la nomme pas par son nom, mais il la désigne, et jusqu’à trois fois dans ce court récit, par sa fonction, qui est en même temps son plus noble titre : La mère de Jésus. Ecoutez ce qu’en dit une femme, France Quéré dans son commentaire sur cette scène : " Marie prend des initiatives de maîtresse de maison.

Elle s’inquiète du vin que boivent les autres ; ce n’est pourtant pas elle l’assoiffée, qui a déjà bu à la vivante source. Femme par ce souci de la table, mère par sa foi éblouie en un fils incomparable. Leurs conversations à voix basse, au temps de Nazareth, l’échange de leurs silences ou ces regards dont une mère enveloppe un enfant à son insu, lui ont enseigné qui il est, où il ira et déjà s’achemine. Il n’a pourtant rien fait encore. Le récit précise que les disciples ont attendu pour croire qu’il ait accompli son premier signe. La mère croit avant le signe.. Avec quelle juste témérité elle se retourne vers les serviteurs ! Tout ce qu’il vous dira, faîtes-le. On croit entendre la propre voix de Dieu devant le fils transfiguré : Celui-ci est mon fils bien-aimé, écoutez-le.

Marie ne parle pas du haut des cimes (le Thabor), elle demeure parmi les champs et collines (Cana de Galilée) mais elle aussi peut dire : Celui-ci est mon fils bien-aimé, et par conséquent, en hélant ces humbles échansons, inviter tous les hommes au Royaume : Tout ce qu’il vous dira, faîtes-le. Le signe implique le concours des serviteurs : le Christ a besoin de leurs mains, de leurs jarres, de leurs coeurs livrés. Ses miracles sont toujours sont toujours le fruit d’un miracle antérieur, fin et simple qui est le oui des hommes. " Cana : Quel flot d’aménité jeté sur la mission terrestre ! Le vin nouveau coule à ras bords. Dieu est venu mêler sa noce à celle des hommes et les gratifier de ses coutumes somptueuses, l’abondance, l’allégresse, le grand vin pour finir, mais finir quoi ? Tout en effet commence jusqu’à l’heure où tout est accompli et que Jésus monté auprès du Père attire tous à Lui.




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