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Accueil >> Ordinaire >> Semaine 7 >>   la justice raisonnable et l’amour fou

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la justice raisonnable et l’amour fou

Dimanche 18 février 2001

 

En ligne depuis le dimanche 11 février 2007.
 
 
Il est des pages d’Evangile qui, pour belles qu’elles soient, n’en créent pas moins un malaise dès lors que l’on envisage sérieusement leur application pratique. Que Jésus nous enjoigne à aimer nos ennemis, à pardonner sans mesure, à ne pas résister aux méchants, peut nous rendre quelque peu perplexes. " A l’impossible, nul n’est tenu ", dit le proverbe. Qu’il existe des âmes assez magnanimes pour ne pas tenir compte des offenses, comment ne pas s’en réjouir, mais peut-on, doit-on, le requérir de tout un chacun ? Est-ce réaliste ? Est-il sain même, psychologiquement parlant, de juguler toute colère, de taire tout ressentiment, de refouler toute haine ? Sans compter que le pardon trop vite donné risque fort de se révéler à la longue hypocrite. Bref, ce christianisme ici proposé ne tient-il pas de l’utopie ? Qui plus est, si utopie il y a, celle-ci n’est-elle pas puissamment néfaste, en obligeant d’abdiquer la justice au nom de la charité ? Non seulement elle semble interdire la résistance au mal mais, par là même, aider la prolifération de celui-ci par l’impunité qu’elle lui offre. Est-il si moral, en fait, même pour une raison louable, de ne pas chercher à ce que justice me soit rendue ? En ai-je le droit ? Comment pourrai-je aimer le prochain comme moi-même et vouloir pour lui la justice si je ne la veux déjà pas pour moi-même ? N’est-ce pas enfin me donner un faux air de libéralité que d’aimer qui n’a que faire de ce que je lui offre ? Passe encore que quelques originaux, résolument marginaux, vivent selon ces maximes, mais comment construire sur elles un ordre social ? Ne faut-il pas avouer avec Nietzsche, Marx et Freud que le christianisme invite l’homme à être faible, à sacrifier sa liberté, et à refouler la vérité de ses sentiments ? Pourtant, la considération politique nous montre bien que le réalisme lui-même commande certaines amnisties ou réconciliations : le Cambodge, le Rwanda, l’ancienne Yougoslavie attestent que le chemin de la paix et de la reconstruction suppose, à un certain moment, que cesse un cycle de vengeances mutuelles. A contrario, le conflit israélo-palestinien illustre que la confrontation obstinée des droits réels des diverses parties en conflit peut mener vers l’impasse les efforts de paix. Jésus, cependant, ne prétend pas simplement donner une recette pratique pour vivre en bonne intelligence avec les méchants. Le motif de ses prescriptions est dévoilé par la comparaison établie avec ce que le comportement des pécheurs peut garder de bon : " Même les pécheurs en font autant ! Quelle reconnaissance pouvez-vous en attendre ? " Cela suppose que l’interlocuteur de Jésus veuille faire mieux que le pécheur, qu’il soit animé par un désir de perfection. Surtout, la fin du texte précise bien que la raison d’agir comme Jésus l’ordonne est le désir d’imiter le Père Céleste dans cette miséricorde dont nous sommes largement bénéficiaires. Imiter le Père pour être " les fils du Dieu très-haut " et infiniment bon. Jésus nous conduit à repenser à nouveaux frais notre morale humaine en adoptant les moeurs du Royaume, en soumettant notre sagesse à la folie divine, sur-sagesse et amour sur-abondant. Tout ce texte, à première vue déraisonnable, peut ainsi se lire comme le mode d’emploi de notre filiation divine : être enfant de Dieu implique de vivre comme le Père. L’exemple de David, épargnant Saül pourtant à sa merci, prouve la possibilité du refus de la vengeance. Même si pareille attitude était dictée par le respect envers celui qui portait l’onction du Seigneur elle supposait toutefois l’étonnante capacité de substituer au légitime désir de tuer l’ennemi la magnanimité de lui faire grâce. Jésus, surtout, illustrera tout au long de sa passion et dans sa prière pour le pardon à ses bourreaux, que l’attitude qu’il nous demande est celle du Fils de Dieu Crucifié. Oui, mais dira-t-on, je ne suis pas le Christ ! Erreur ! " Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi ". " Pour moi, vivre, c’est le Christ ". Je suis le Christ, nous sommes le Christ, s’il est vrai qu’il est la Tête d’un Corps dont nous sommes les membres. Chacun de nous est fils de Dieu, crucifié. Cet Evangile n’a rien d’une utopie : il nous plonge au coeur du mystère pascal. Aimer ses ennemis, souhaiter du bien à qui maudit, prier pour le calomniateur, tendre l’autre joue à qui frappe, se laisser dépouiller, il en est Un qui l’a souffert pour nous : le Fils Unique de Dieu, et cela dans un " trop grand " amour. C’est ce même amour qui a été répandu en nos coeurs par le Saint-Esprit qui nous a été donné et qui a fait de nous des fils de Dieu, une multitude de frères. Ce même amour ne peut manquer de sculpter en nous le visage du Fils et, par là même, du Père invisible qu’il est venu nous révéler. Qu’aux jours où ce que Jésus nous demande nous semblera trop dur, le souvenir de l’amour de Dieu et la volonté de l’imiter nous soutiennent et nous libèrent de toute rancune et de toute haine.




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