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Accueil >> Ordinaire >> Semaine 30 >>   La Sagesse du priant : l’humilité de sa Foi

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La Sagesse du priant : l’humilité de sa Foi

2007

 

En ligne depuis le lundi 5 novembre 2007.
 
 

Nous y sommes habitués : une histoire pour une morale, deux attitudes pour deux personnages, et une sentence en contre-pied : des deux personnages, le meilleur n’est pas celui qu’on pourrait pressentir. Le gagnant inattendu est le publicain, le pharisien est resté dans le registre du « peut mieux faire » ! En fait, si l’on ajoute à la Parabole du seul Evangile selon saint Luc [18, 9-14] la sagesse du Livre de Ben Sirac [35, 12...18], tout s’éclaire. Il ne nous revient pas de départager les deux hommes, puisque c’est Dieu le juge. Il a déjà énoncé sa sentence, et illuminé les cœurs. Entre pharisien et publicain, la sagesse avait donné sa préférence : le publicain est donc reconnu, loué. Les deux étaient aimés de Dieu ; mais le publicain est préféré. L’affaire est entendue. Et, somme toute, nous aurions tous pu donner ce verdict : aucune surprise ! Cependant il y a une chose qui devrait nous étonner : pourquoi cette Sagesse vient précéder la Parabole ? Plus précisément, pourquoi faut-il que le Sauveur intervienne sur une question qui semble évidente ? Pourquoi nous est-il recommandé par l’Eglise du Christ de regarder une évidence ?

Une piste peut être fournie par la Liturgie de la Parole : la sagesse ne nous suffit pas - d’ailleurs si elle était au principe de la conduite de chacun, cela se saurait... Il est bon que Jésus enrichisse la sagesse d’une parabole, d’une petite histoire vivante, polémique même : car enfin pourquoi vouloir mettre en lumière le publicain, quelqu’un qui n’est pas d’un groupe apprécié, un « pécheur public » coopérant avec l’occupant romain ; et en revanche pourquoi rejeter le pharisien, membre d’un groupe recommandable, proche des observances de la Loi du Seigneur. Un publicain qui ne se sent pas fier - ce qui n’est que justice !- n’aurait jamais dû être préféré à un pharisien mû par l’action de grâce ! Certains pharisiens n’avaient-ils pas sagesse et humilité, comme Nicodème, par exemple ?

Oui, à y regarder de près, la leçon porte sur tout croyant, disciple du Seigneur. Elle débusque en nous le pharisien, sérieux, juste et convaincu du bien-fondé de l’action de grâce (que nous célébrons) et elle vise aussi le publicain, celui se compromet dans l’air du temps, qui parfois est saisi de remords et qui peine alors à regarder Dieu en face...

La leçon veut unir en nous le publicain et le pharisien. Mais elle peut être plus précise : elle pourrait s’appuyer sur deux de nos comportements : l’un est sans doute habituel à certains d’entre nous : aller dans la Demeure de Dieu pour prier ; l’autre est plus commun encore : se regarder dans ... une glace - soit pour s’en satisfaire, soit pour être déçu !

En effet, sachant l’attitude du Seigneur envers le pauvre, l’humilié, le malheureux, nous sommes venus dans sa Demeure. Familiers de cette démarche, ou présents occasionnellement, dans les deux cas nous voilà bienheureux d’avoir été conviés par le Seigneur.

Car si nous avons quelque chose à lui dire, nous croyons ou nous supposons qu’il est là pour nous entendre. En réalité, si nous venons lui exposer quelque souci, c’est en réponse à son attitude de jadis et de toujours : il s’est exposé, et jusqu’au bout, exposé, vulnérable, sans artifice. Même inconsciemment, nous voici renseignés sur la manière de nous tourner vers lui : nous exposer, vulnérables, sans artifice. C’est l’attitude du cœur d’un disciple du Seigneur, c’est celle du publicain de la Parabole, c’est celle qui aurait dû être évidente chez le pharisien !

Mais il y a plus : nous participons à une action de grâce, l’eucharistie. Ne sommes-nous pas proches alors des pharisiens : non pas comme hypocrites, mais comme attachés à servir le Seigneur au plus près, au plus vrai. Car le vrai pharisien, c’est d’abord cela : une sincérité au service de la Vérité et un cœur qui écoute : une gratitude lucide ! Vivons-nous cela ? Avec franchise ?

Nous pouvons y repenser en considérant l’autre comportement auquel je faisais référence : se regarder dans la glace... L’attitude que Jésus reprend est celle de la vantardise incrustée dans l’auto-satisfaction ; celle par laquelle - sous prétexte de parler au Seigneur - on se complait à se regarder et à parler de soi à quelqu’un qui n’entravera pas votre expression. Pire, cette forme de prière travestit l’action de grâce.

C’est ici qu’est la grande leçon, envers nous qui sommes associés à son action de grâce, incorporés à elle ! Au-delà de nos demandes, il nous invite à chaque instant à aimer lui rendre grâce, à savourer la chance qu’il y a à vivre ce remerciement, à partager quelque chose de ce que réalise le pharisien ! Il nous invite à être publicain et pharisien : un cœur contrit au cœur de l’action de grâce !

Si je voulais être un peu provocateur, je relèverais d’emblée que le seul défaut que le Seigneur vient reprendre et corriger est dans nos propres comportements. En effet, il s’agit de nos comportements les plus ordinaires d’enfants de Dieu. Ne sommes-nous pas priants et pourtant sensibles au miroir ? Ne nous abritons plus derrière les deux hommes cachés dans le Temple ; regardons-nous !

Surement, nous ne sommes pas comme la sorcière du conte de « Blanche Neige » à nous interroger chaque matin, ressassant nos qualités, à défaut peut-être d’admirer notre visage ! Mais ce qui est évident et que Jésus nous fait regarder, c’est la vanité qui pourrit nos bonnes attitudes. Le pharisien, fort de son attitude et de ses traditions, souvent louées par Jésus, a oublié que c’est toujours le Seigneur qui justifie, et que les observances qui n’aident pas cette justification par grâce de Dieu, sont inutiles, voire nuisibles. Nuisibles en effet, car elles font obstacle à ce que vit en revanche le publicain et qui le justifie. L’un avait tout ce qui aide à s’approcher de Dieu ; l’autre n’avait que le sentiment de sa petitesse ; l’un savait la route et finissait par en tirer une vanité coupable ; l’autre reconnaissait la distance et finissait par attendre que Dieu voie avec lui cet écart comme une douleur.

Proximité et distance, proximité accordée à l’action de grâce et distance ressentie comme épreuve, voilà les deux rythmes profonds de notre cœur : Jésus le sait. Ajoutant cette Parabole à sa Sagesse, ne nous permet-il pas de mieux voir diverses réalités essentielles : action de grâce, observances, contrition, prière ? Jésus les unit selon les préférences divines. Et lui-même en vécut l’expérience devant nous. Il nous montre le chemin des saints, de ceux qui vivent de l’esprit du Père et du Fils. Qu’en leur compagnie, nous le revivions aussi ; et que notre unité personnelle grandisse par sa grâce !




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 La Sagesse du priant : l’humilité de sa Foi



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