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Le sommeil de Dieu

Dimanche 25 juin 2006

 

En ligne depuis le samedi 22 décembre 2007.
 
 

Le Seigneur a vraiment le sommeil lourd... : il y en a qui arrivent à dormir dans le train, dans des camions ; mais là, parvenir à dormir dans une telle tempête (comme cette nuit), il faut le faire... ! Ou alors il faut le faire exprès : le Seigneur dort d’un sommeil volontaire, d’un sommeil pédagogique. En dormant, il enseigne (c’est toujours mieux que l’inverse). Comme le dit saint Grégoire : « narrat gestum, prodit mysterium » - L’Écriture, en nous racontant un fait, nous livre le mystère. Et le Seigneur lui-même est ce livre ouvert : tout ce qu’il a vécu et subi fut pour notre instruction. Alors quel est le sens de ce sommeil ?

Serait-ce le sommeil du juste ? Un bon repos bien mérité après une bonne fatigue aposto­li­que ? « Venez à moi, vous tous qui peinez, et je vous procurerai le repos ». Le Seigneur a ainsi plusieurs lieux où il se retire de l’agitation des foules, pour se plonger dans la contemplation après l’action. Serait-ce le repos de celui que nul ombre ne vient troubler pendant son sommeil ? « Le Seigneur comble son bien-aimé quand il dort ». Mais ceux qui souffrent d’insomnie depuis leur enfance auraient-ils quelque mystérieuse faute à se reprocher, comme l’insinuent les accusateurs de Job ? Le sommeil du Seigneur serait-il un sommeil accusateur, un sommeil moralisa­teur, un sommeil de jugement - un peu comme le silence de Thomas More dont on dit qu’il retentissait à travers toute l’Europe... un sommeil qui lui valut le martyre. Le Seigneur nous dirait-il par là qu’il est fatigué de vivre avec les hommes ? Non : c’est plutôt ici un sommeil de miséricorde. Il nous montre que Dieu patiente à notre égard, qu’il laisse le temps au pécheur de se convertir. Il a l’air de dormir au milieu de nos tribulations, car notre repos à nous n’est pas pour cette vie mais pour le temps du jugement : le calme après la tempête, c’est le calme du repos éternel après la tempête de nos vies.

Les apôtres ont-ils eu tort alors de le réveiller ? N’est-ce pas anticiper la parousie ? Non, c’est permettre au Seigneur de nous donner une figure de la passion et de la résurrec­tion qui est le centre véritable du temps : « Le Christ est mort pour tous, afin que les vivants n’aient plus leur vie centrée sur eux-mêmes, mais sur lui, qui est mort et ressuscité pour eux ». Après la tempête qu’il aura éprouvée en se fixant sur la poupe de la croix, la tête étendue sur l’oreiller de ce bois salutaire, il se relevera ; les vents des démons seront dispersés ; la sombre nuée de l’orage, les terreurs de la nuit feront place à un jour nouveau. Il se fit un grand calme au lever du soleil. « Il y eut une nuit, il y eut un matin » : premier jour d’une humanité nouvelle.

Alors pourquoi le Seigneur reproche-t-il aux apôtres leur manque de foi ? Là encore, ce reproche est pédagogique. Il empêche les apôtres de se gonfler d’orgueil : de croire qu’ils sont meilleurs que les autres, meilleurs que les foules, sous prétexte qu’ils ont été choisis par le Seigneur pour être avec lui dans la barque. Être dans la barque de l’Église ne dispense pas de la foi : bien au contraire. Mais que leur reproche-t-il exactement ? Il réagit bien sûr par rapport à ce que disaient les apôtres, mais là, les synoptiques ne mettent pas tous l’accent sur la même chose.

Chez Luc, c’est le fait brut : « Maître, Maître, nous périssons ». Panique à bord : « Chef, chef, on coule ... ». Le Seigneur leur reproche leur manque de foi : il n’ont pas cru qu’il pouvait les sauver. Chez Matthieu, c’est un peu plus élaboré : « Au secours, Seigneur, nous périssons ». Il ont foi au Dieu provident, ils se tournent vers lui pour obtenir le Salut, mais ils n’ont pas cru que même pendant son sommeil apparent, il pouvait encore les sauver : « car il ne dort ni ne sommeille, le gardien d’Israël ». Cette absence ne montre pas son impuissance, mais au contraire sa puissance : c’est la force tranquille de celui qui fait taire les vagues et impose des limites à la mer : « Tu viendras jusqu’ici ; tu n’iras pas plus loin » ; il fixe des limites à ce monde inquiétant des abîmes, au pouvoir du Satan sur Job qui ne doit pas le craindre. Le reproche de manque de foi peut être aussi lui-même un peu plus élaboré : « Vous me dérangez pour si peu ? » - « Si vous aviez de la foi comme une graine de moutarde, vous diriez à cette montagne : Jette-toi dans la mer... ». Les apôtres auraient pu agir eux-mêmes - non pas seuls, mais par la médiation invisible du Christ qui agit dans la visibilité de l’Église.

Chez Marc, c’est encore plus subtil - Marc n’est pas un débile par rapport aux fins lettrés que seraient Matthieu et Luc. Les apôtres disent « Maître, tu ne te soucie pas de ce que nous périssons ? ». On va couler, c’est sûr, ainsi va la vie ! Mais le Seigneur, lui, il ne s’en soucie guère, lui ; car au fond il va bien s’en sortir, lui. Ce qu’on lui reproche, c’est que malgré les apparence, on n’est pas vraiment dans le même bateau. Dieu n’a commerce avec les hommes que pour nous faire regretter de ne pas être Dieu. Au fond, un Dieu puissant, c’est pas mal, ça épate les foules, ça fait même quelques conversions. Mais s’il est si puissant que ça, alors pourquoi il ne supprime tout simplement les tempêtes, le mal dans le monde ? Alors on préfère un Dieu impuissant, un Dieu faible, un Dieu qui souffre avec nous. On voudrait qu’il soit solidaire de notre malheur : non seulement qu’il s’intéresse un peu à nous, à ce que nous vivons ; mais aussi qu’il en partage le poids et la fatigue du jour, qu’il en fasse lui aussi les frais. Mais est-il besoin d’opposer : ou bien Dieu tout-puissant, ou bien Dieu faible. Jésus par son sommeil manifeste qu’il est les deux : la toute-puissance divine dans la fragilité de la chair. Autant ce sommeil pendant la tempête qui se déchaine est proprement ahurissant ; autant le calme qui lui succède tout à coup est là pour frapper les esprits. Dans les deux cas, Jésus montre que la divinité est à l’œuvre par l’instrument de son humanité. Mais il y a un troisième groupe de personnage, un groupe que nous avons laissé de côté jusqu’à présent : « Les apôtres étaient dans la barque, et il y avait d’autres barques avec lui ». D’autres barques ? Mais alors, d’autres barques dans lesquelles le Seigneur n’est pas monté, d’autres barques dans lesquelles il n’a pas envoyé ses apôtres. Sont-elles laissées pour compte, oubliées par le Seigneur. Pas vraiment : elles subissent la même tempête, et elles bénéficient ensuite du même calme salutaire. Mais la différence, c’est qu’elles ne savent pas qu’il faut en attribuer l’efficacité au Seigneur. Ce sera la mission des apôtres que de le leur dire, après que la résurrection en aura montré le sens plénier et définitif.




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