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Accueil >> Sanctoral >> Saints dominicains >>   « Vous êtes le sel de la Terre ; vous êtes la lumière du monde » (Mt 5, 13-19).

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« Vous êtes le sel de la Terre ; vous êtes la lumière du monde » (Mt 5, 13-19).

Saint Dominique

 

En ligne depuis le samedi 22 décembre 2007.
 
 

Pourtant, dans l’Évangile de saint Jean, le Seigneur dit « Je suis la lumière du monde ». Et dans le Prologue : « Il était la lumière véritable qui éclaire tout homme venant en ce monde ». La lumière de l’intelligence, qui fait l’homme à l’image de Dieu ; et la lumière de la grâce, qui fait l’homme à la ressemblance de Dieu.

Mais alors, si c’est lui, la lumière du monde, comment peut-il nous dire : « Vous êtes la lumière du monde » ? Le Seigneur dit : « Je suis la lumière du monde » ; mais : « si vous croyez en moi, vous serez fils de la lumière ». Il est lui-même le Fils de la lumière, « Lumière né de la lumière ; vrai Dieu, né du vrai Dieu », le fils du Père des lumières ; « Fils de l’aurore, étoile radieuse du matin6 ». Mais ce qu’il est par nature, il nous donne de le devenir par grâce : fils adoptifs dans le Fils unique, nous devenons à notre tour des fils de la lumière. Non pas lumière d’origine, mais lumières par participation. Non pas des sources de la lumière incréée, mais des intermédiaires, des diffuseurs de cette lumière divine dans le monde.

C’est ainsi que nous pouvons être lumière du monde - mais aussi sel de la terre. Sel de la terre, fils de la lumière : saint Dominique l’a été par excellence.

A) Mais d’abord, le sel.

Le sel de la terre : il faut commencer par l’obtenir ; ensuite il faut le conserver à l’abri de l’humidité ; enfin, le moment venu, on peut s’en servir.

1°) Pour obtenir du sel, il y a deux procédés (du moins, je n’en connais pas d’autre) : par extraction ou bien par évaporation. Attention : accrochez-vous, ça va devenir un peu technique... Par extraction, il faut creuser profondément dans les entrailles de la terre, creuser des mines de sel. Par évaporation, on retient l’eau des mers dans des parcelles de terrain assez larges et peu profondes, alors le soleil transforme peu à peu l’eau saumâtre en vapeur d’eau, et il ne reste que le sel - comme au bord de la Mer morte, la vallée du sel. Saint Dominique a récolté le sel de la terre de ces deux manières. Tout d’abord, il a creusé, creusé profondément en lui pour en découvrir tout le sel, toute la saveur spirituelle. Et une fois qu’il l’a trouvé, il a tout quitté, tout vendu pour acheter ce champ et en extraire le trésor caché. Puis il s’est mis au travail, nuit et jour : par l’ascèse il a broyé la terre et les rochers qui pouvaient encore masquer le sel précieux, jusqu’à obtenir un cristal bien pur, parfait, sans mélange. Mais il a aussi recueilli par l’étude l’océan, l’océan des doctrines du monde (du moins ce qu’il pouvait, à la mesure de ses capacités), et il les a soumises à l’ardeur du soleil de la Révélation divine, faisant évaporer peu à peu tout ce qui n’était que vapeur d’eau, buée, vanités des vanités - ne recueillant que la fine fleur du sel de l’Évangile. Ainsi, Dominique a engrangé le sel jusqu’à devenir parfaitement un homme évangélique.

2°) Mais une fois obtenu ce sel, il faut encore le faire sécher longtemps au soleil, puis le conserver, le conserver toujours à l’abri de l’humidité - l’humidité de la prospérité, de l’abondance, des eaux tranquilles où tout coule à flot ; l’humidité de la facilité, des vices, des mœurs dissolues ; l’humidité des doctrines erronées ou affadies, qui prospèrent dans l’ombre comme des moisissures et des champignons parasites.

Aussi, Dominique est-il d’abord resté longtemps au soleil : au soleil de la contemplation, dans le désert d’un cloître ; et un vent brûlant8 est venu dessécher en lui tout germe de vice pour le faire parvenir rapidement à un grand sommet de perfection, pour qu’il soit capable un jour de prêcher par la parole et l’exemple : « verbo et exemplo ». Autrement, « si le sel vient à perdre sa saveur, avec quoi le salera-t-on ? » Si la prédication n’est pas nourrie de la contemplation, avec quoi lui redonnera-t-on la saveur du désert qu’elle doit toujours conserver ? Si elle dévie de la vérité, avec quoi instruira-t-on les croyants ? Si elle perd de sa vigueur, avec quoi pourrons-nous répondre aux arguments des non-croyants ? Si le prédicateur ne préserve pas intacte sa vertu, quels exemples de vie pourra-t-on opposer aux penchants mauvais ? Et dans ce sens, on ne met jamais trop de sel dans un plat ; on n’est jamais soi-même assez salé... Le sel rend aussi le sol stérile : aucune semence ne peut y germer. Aussi Dominique est-il resté toujours vierge pour le Royaume, vierge de corps et de cœur, comme il a pu le confesser sur son lit de mort : « jusqu’à cette heure la miséricorde divine a conservé ma chair incorrompue ; et pourtant je n’ai pu éviter cette imperfection, je l’avoue, de trouver plus d’attrait à la conversation des jeunes filles, qu’aux discours des vieilles femmes... » (sic.) Ainsi toute sa vie Dominique est resté un sel très pur ; un sel qui a conservé toujours sa vertu de sel.

3°) Mais le sel n’est pas fait pour être conservé, bien au sec, posé tranquillement sur une étagère. Non : il est fait pour servir, il est fait pour être employé dans la cuisine, jeté dans l’eau de cuisson, répandu sur les plats pour leur donner du goût, pour révéler la saveur des aliments ; mais on s’en sert aussi pour les préserver, pour les conserver dans la durée.

Alors le moment venu, Dominique n’a pas refusé de servir ; il n’a pas craint d’entrer dans la cuisine des hommes, d’être versé dans les affaires d’un monde en ébullition. Et ce faisant, il a révélé la saveur évangélique de certaines aspirations de son temps, de certains désirs de renouveau bien nécessaires pour l’Église de l’époque - et même de toute époque. Mais ces mouvements quelque peu agités, désordonnés, il les a pacifiés et organisés dans un Ordre, afin de les conserver : les conserver dans la durée (comme le fait le sel), les conserver dans la communion de toute l’Église.

-  Bon, très bien, vous nous parlez depuis tout à l’heure du sel ; mais il y a tout de même une limite à cette image du sel : c’est que lorsqu’on s’en sert, il se dissout... il finit par disparaître et se confondre totalement avec l’aliment dans lequel on l’incorpore, et alors on ne le voit plus ! C’est tout de même un peu gênant de s’effacer ainsi, pour un prédicateur. C’est presque contre-nature ...
-  Oui, le sel disparaît, c’est vrai ; mais il conserve intactes sa nature et ses propriétés. On ne le voit pas, mais on le sent (quand une cuisine manque de sel, tout de suite on le remarque, et on ne tarde pas à vous le faire savoir : « ça manque de sel ! »...). Le sel se dissout : on ne le voit plus avec les yeux, mais il est toujours là, et le sens du goût révèle sa présence invisible.

Le Christ est comme ce sel (il est la lumière du monde, mais il est aussi le sel de la Terre, même s’il ne le dit pas). En effet, le sel s’incorpore dans un aliment ; de même le Christ s’est incorporé dans notre humanité, il s’est fait semblable à nous en tout point excepté le péché. En entrant dans le monde, il a conservé intacte sa nature (comme le sel). Sans perdre ce qu’il était, il a acquis ce qu’il n’était pas : sans perdre la divinité, il a acquis notre humanité ; sans perdre la divinité, il s’est abaissé jusqu’à mourir sur une Croix. Sa divinité ne se voit pas avec les yeux ; mais le goût, le sens de la foi nous en révèle la présence invisible dans son humanité visible. De même Dominique, cet homme évangélique, est entré dans le monde - non pas pour y disparaître, mais pour le travailler de l’intérieur, comme le levain dans la pâte. Il est entré dans le monde sans perdre ce qu’il était, mais en gagnant ce qu’il n’était pas. Il n’a pas mis son drapeau dans la poche, il n’a pas renié son évangile, mais il s’est abaissé : il est descendu de son cheval de chanoine, pour parler sur un pied d’égalité avec le vagabond cathare ; il a accepté de recevoir de lui un exemple de vie ; il a perdu le poids de ses richesses pour recevoir la liberté de la mendicité. « Oui vraiment, à pleine voix nous pouvons proclamer les louanges de l’incomparable Dominique. Élevons la voix, peuple de mendiants, cherchons le secours de ses prières et suivons ses traces ».

B) De ces multiples manières, Dominique a donc été sel de la terre ; mais il a été aussi lumière du monde.

Jourdain de Saxe nous rapporte ceci, dans le Libellus : « Dès son jeune âge (...) une vision le montra à sa mère portant la lune sur le front ; ce qui signifiait évidemment qu’il serait un jour donné comme lumière des nations, pour illuminer ceux qui sont assis dans les ténèbres à l’ombre de la mort [c’est le Benedictus]. L’évènement le prouva dans la suite ». Mais là, comme le temps passe, je me contenterai d’une seule preuve : c’est qu’à la fin de sa vie, le Christ l’a pris avec lui dans la lumière de la Transfiguration. Car Dominique est bien mort un 6 août (le 6 août 1221) - et non pas un 8 août, comme nous le fêtons aujourd’hui. Bien sûr, pour la célébration liturgique, il fallait bien qu’il cède la place à son Seigneur, alors on l’a fêté ... d’abord le 4 août (avec deux jours d’intervalle, à cause des premières vêpres). Mais depuis, le 4 août est devenu la fête du Curé d’Ars ; alors Dominique a repris son bâton de pèlerin et il s’est effacé de nouveau (les religieux cèdent la place aux prêtres diocésains). Et comme un pauvre mendiant, il est allé chercher une autre place ailleurs, et il est passé de l’autre côté de la fête de la Transfiguration, le 8 août - c’est donc aujourd’hui. Mais finalement, c’est bien lui qui a la meilleure place, parce que là, le 8 août, il se trouve 8 jours avant le 15 août, et cela fait comme un octave avant l’Assomption. La Vierge Marie l’a pris sous son manteau. Mais deux jours avant ou deux jours après le 6 août, c’est bien dans la lumière de la Transfiguration qu’il faut comprendre celui qui fut Dominique - Dominicus, entièrement au Seigneur, jusque dans le jour choisi pour son passage, pour sa naissance au ciel.

La Transfiguration, donc. C’était avant-hier, alors ça reste encore frais dans votre mémoire. Saint Dominique fut bien celui qui gravit une « haute montagne » pour contempler son Seigneur, lui qui ne « parlait que de Dieu ou avec Dieu ». Il fut bien enveloppé d’une « lumière éclatante comme le soleil », lui dont le visage rayonnait tellement de joie et de lumière que les yeux malades des hérétiques ne pouvaient le supporter, lui qui à sa mort apparut à un frère « dans la splendeur d’une lumière immense », et à un chanoine de ses disciples « sur des échelles de lumière, couronné par la Vierge Marie et par son fils en un trône de gloire ». Comme fondateur, il fut un nouveau Moïse ; comme prédicateur, un nouvel Elie.

Mais surtout, la Transfiguration, c’est là que le Seigneur nous présente notre terme, la gloire qui nous est promise, la clarté future des saints et du monde renouvelé, pour qu’en connaissant le but de notre voyage nous puissions à la fois le désirer et nous y préparer. En même temps, elle nous présente la lumière dans laquelle Dieu voit le monde dès à présent, la lumière dans laquelle il voit toutes choses transfigurées. Et c’est bien tout cela que Dominique a voulu prêcher : le monde et l’homme tel qu’il est, c’est-à-dire tel que Dieu le voit - le monde et l’homme tel que Dieu le voit pour que l’homme à son tour puisse se préparer à la vision de Dieu.




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 « Vous êtes le sel de la Terre ; vous êtes la lumière du monde » (Mt 5, 13-19).



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