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Qu’êtes-vous allés voir au désert ?

En ligne depuis le samedi 22 décembre 2007.
 
 

« Qu’êtes-vous allés voir au désert ? Un roseau agité par le vent... ? » Une girouette qui tourne selon le sens du vent ? Un être fragile qui se courbe devant le plus fort ? Eh bien, Jean-Baptiste n’est rien de tout cela ! S’il part au désert, alors qu’il est fils de prêtre, c’est bien parce qu’il se refuse à collaborer avec un sacerdoce du Temple de Jérusalem qui apparaissait de plus en plus corrompu au temps de Jésus. S’il finit ses jours en prison, c’est bien parce qu’il n’a pas hésité à dire ses quatre vérités au pouvoir établi - en l’occurrence, Hérode. Un prophète meurt souvent martyr en terre d’Israël ; la voix du Seigneur a parfois du mal à se frayer un chemin dans les cœurs endurcis - des cœurs endurcis... qui sont souvent aussi les nôtres !

« Alors, qu’êtes-vous donc allés voir ? Un homme aux vêtements luxueux ? Mais ceux qui portent de tels vêtements vivent dans les palais des rois ». On le sait : Jean-Baptiste n’a rien d’un délicat ! Vêtu de peaux de bêtes ; il se nourrit de sauterelles et de miel sauvage. Il a un côté Bio, le Jean-Baptiste : Ah ! seulement des produits naturels, des produits de la terre ! Mais pas les produits de la Bonne Terre, la Terre promise, celle où coule le lait et le miel, celle où l’on cultive le blé et la vigne, celle dont on tire le pain et le vin ; ce pain et ce vin qu’offrira Melchisédech le grand-prêtre en sacrifice d’actions de grâces. Non : la nourriture de Jean-Baptiste n’est pas encore une nourriture eucharistique ; c’est une nourriture du désert, une nourriture d’exil, d’exode ; celle de l’homme qui ne sème ni ne moissonne, de l’homme qui se remet en chemin, et qui n’entre pas en Terre Promise : il reste tout en bas dans cette vallée de la mer Morte, juste avant de passer le Jourdain. Il ne traverse pas la frontière, il reste en exil, au seuil de la Terre promise.

Pourquoi donc partir de nouveau en exil, alors que le peuple est déjà installé (installé !) depuis longtemps dans la Terre promise ? Précisément, c’est qu’il s’est installé, et qu’il ne reçoit plus les dons de Dieu comme un don mais comme un dû. Alors Jean-Baptise se remet en situation d’attendre, d’espérer ces dons de Dieu, pour préparer les cœurs à mieux les accueillir, à mieux les vivre comme un don toujours nouveau.

Jean-Baptiste est donc au bord du Jourdain, au seuil de la Terre promise, et il attend. Il attend quoi ? Il attend qui ? Il attend un nouveau Josué, car c’est Josué (et non pas Moïse) qui a fait entrer le Peuple en Terre promise. Et nous attendons avec lui, pour pouvoir entrer de nouveau en Terre Promise. Alors seulement nous pourrons prendre une nourriture de Terre Promise, le pain et le vin, signes de cette Alliance renouvelée avec Dieu, gages éternels de notre communion avec Lui. Ce nouveau Josué que nous attendons, Jean-Baptiste l’a reconnu en Jésus dimanche dernier au moment de son baptême. D’ailleurs, Josué - Jésus, c’est le même nom : Yèshua - « Dieu sauve ».. Pourtant, aujourd’hui, Jean-Baptiste est en prison et il semble qu’il n’a pas trop le moral ; il commence même à douter : Jésus est-il bien le Messie ? Fait-il bien le job d’un Messie ? Accomplit-il les signes, œuvre-t-il les œuvres, qui désignent le Messie dans les Écritures ?

Oh, certes ! Il rend la vue aux aveugles, la santé aux malades, la vigueur aux paralytiques, la pureté aux lépreux, et même ... la vie aux morts ! Cela, nous le lisons dans l’Évangile, Jésus l’a fait, tous ont pu le constater et le rapporter à Jean-Baptiste dans sa prison. Mais on n’a pas vu qu’il ait donné aux sourds d’entendre, alors que cela fait partie de la mission du messie, d’après Isaïe. Surtout, on ne voit pas qu’il ait libéré les captifs, délivré les prisonniers - et peut-être c’est cela que Jean-Baptiste a en vue, lui qui croupit dans son cachot, lui qui végète dans sa prison. Peut-être qu’au fond, il se dit que le Messie pourrait bien aussi libérer les captifs, et le délivrer par la même occasion. Peut-être même qu’il lui fait comme un signe, depuis sa prison : « Ohé, toi ! mon cousin le Messie ! (car c’est aussi son cousin). Dis !Tu pourrais pas faire un p’tit geste pour la famille, histoire de me libérer de ma geôle ? Je n’en peux plus d’Hérode, je ne supporte plus sa compagnie. Il n’a aucune conversation, et surtout aucune envie de se convertir. Il est complètement sourd, bouché... je prêche dans le désert ! ».

C’est peut-être ainsi d’ailleurs qu’il faut comprendre que les sourds entendent, et que les captifs sont libérés : car la Bonne nouvelle est annoncée aux pauvres - c’est la même chose. En effet, entendre la Parole de Dieu comme Parole de Dieu, c’est déjà un don de Dieu, que seul un pauvre, seul celui qui a un cœur de pauvre, peut accueillir, et accueillir comme un don précieux. À l’inverse le riche, celui qui a un cœur de riche, c’est celui qui reste sourd à la Parole de Dieu, aveugle devant les signes du Royaume, prisonnier de lui-même, captif de son propre cœur. Pourquoi cela ? C’est qu’il compte, le riche, avant tout sur lui-même, sur ses propre richesses pour se sauver. Et il est bien pauvre, ce riche, car il se fait illusion : « Illusion qu’un char pour se sauver ». Le Royaume de Dieu, cela ne s’achète pas en magasin ; cela n’est pas à notre portée. Il faut un don de Dieu pour le voir, et pour le recevoir.

« Qu’êtes-vous allés voir au désert ? Qu’êtes-vous allés contempler à la crèche ? » Un roseau, un petit être fragile, bien emmailloté dans une mangeoire ? Certes, c’est bien attendrissant, un nouveau-né ; mais des bébés, il y en a plein dans les maternités. Alors, pourquoi se déplacer ? « Alors, qu’êtes-vous donc allés voir ? Un homme aux vêtements luxueux ? » Un fils de roi, couvert d’or, d’encens et de myrrhe, chargé de cadeaux ? il en a tellement, le petit trésor, il pourrait bien nous en donner un peu...

Mais si c’est cela que nous attendons de lui, si ce n’est que cela, nous risquons fort d’être déçus - mais, j’allais dire, « déçus en bien », car Dieu veut nous donner bien davantage, il veut nous combler de festins de rois, il veut faire de nous des fils de rois, ses propres fils dans le Fils unique. Il veut nous donner ce qui vaut plus que tout l’or du monde, ce qu’aucun homme n’aurait jamais osé désiré et qui n’est d’ailleurs jamais monté au cœur de l’homme : Dieu veut nous donner Dieu ! Il veut se donner lui-même, il veut se donner à nous ! Et Dieu sait qu’il n’y a rien de mieux que Dieu, car seul l’infini de Dieu peut combler l’infini désir du cœur de l’homme. Ose de Dieu autant que tu le peux, car on reçoit de Dieu à proportion qu’on en espère.

L’attente de l’Avent est baignée d’une lumière toute spéciale, d’une joie toute intérieure, comme celle d’un ventre qui s’arrondit pour donner bientôt naissance à un petit d’homme. Il est déjà là, mais caché. On ne sait pas encore ce qu’il sera, mais on pressent que cette vie nouvelle qui s’annonce sera riche de promesses. On est encore dans la nuit, car ce petit être n’a pas encore vu le jour, mais pourtant nous sommes déjà habités d’une joie mystérieuse, d’une joie indicible que nul ne pourra nous ôter. Il en va de même pour le Royaume des Cieux, pour toutes ces réalités mystérieuses et cachées que Dieu nous donne à contempler. Ces réalités sont tellement grandes que seuls des tout-petits sont capables de les apercevoir, seuls des pauvres peuvent les accueillir en accueillant la lumière que Dieu nous donne pour les voir. Nous sommes encore en chemin, dans la nuit. Ces réalités mystérieuses sont là, mais cachées ; elles sont présentes, mais dans l’ombre. Nous ne les verrons dans leur pleine lumière qu’au terme de notre route. Alors nous les verrons, dans une claire vision ; et nous verrons Dieu face à face. Ce que nous serons alors ne paraît pas encore ; mais dès à présent nous le sommes : Fils de Rois, Fils de la lumière. Bienheureux sommes-nous, si cette joie du Royaume qui vient peut déjà nous habiter en profondeur. Alors non seulement le Royaume viendra, mais il est là, tout proche ! il est au milieu de nous ; il grandit, tout doucement - au dedans de nous.




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 Qu’êtes-vous allés voir au désert ?



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