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L’amitié de Dieu

4 mai 1997

 

En ligne depuis le vendredi 1er juillet 2005.
 
 

Ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c’est lui qui nous a aimés le premier.

Pour être fort en mathématiques, deux choses suffisent :

· être doué, - ce qui n’est pas le cas de tous ;

· beaucoup travailler par soi-même, - car la vérité, ici, est affaire d’intelligence personnelle.

Pour être fort en amour, pour apprendre à aimer, il n’en va pas ainsi.

Nul besoin de don particulier. Ou plutôt nous sommes tous doués pour cela. Car Dieu nous a tous créés à son image : des êtres capables d’amour.

Quant au travail individuel, il ne peut rien par lui-même. Car l’amour ne se découvre pas tout seul, à force de recherche ; il se reçoit. Il se reçoit nécessairement d’un autre. Nul ne peut l’apprendre par soi-même.

Un mathématicien peut devenir génial par lui-même, le premier, sans maître.

Un homme ne peut pas aimer le premier ; il ne peut grandir dans l’amour que si d’abord il est aimé.

Cette vérité de l’amour va à l’encontre de bien des idées reçues.

On se plaît à concevoir l’amour comme un sentiment spontané, un sentiment naturel qui trouverait à s’épanouir tout seul, s’il n’était, hélas, contrarié par la société, par ses autorités et ses lois, ou tout simplement par les autres.

Or, les parents le savent : l’amour ne vient pas en premier chez l’enfant ; il se reçoit et se cultive.

L’amour se communique de parents à enfants. Aucune génération spontanée, chez l’enfant, sinon, celle de l’amour de soi et du désir de survie. L’enfant n’apprend à aimer que parce qu’il voit ses parents l’aimer. Il n’apprend la gratuité de l’amour que parce qu’il voit ses parents l’aimer gratuitement.

L’amour se cultive. Comme une plante semée dans une terre même très fertile, il faut sans cesse l’irriguer, la fortifier, la nourrir, la tailler, l’émonder.

C’est ainsi que nous comprenons l’étrange irruption, dans notre évangile, de la notion de commandement : Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez en mon amour. Jésus nous parle d’amour, d’amitié. Que nous fatigue-t-il avec des ordres et des commandements ? L’amour n’est-il pas enfant de bohème ? Qu’a-t-il à faire avec l’obéissance et l’autorité ?

Revenons à nos mathématiques.

En mathématiques, pas besoin d’autorité et d’obéissance. Tout au plus le maître m’apprend-il à chercher la vérité. Quant à trouver la vérité, c’est la tâche de mon intelligence, et d’elle seule. Car la vérité s’impose d’elle-même, sans obéissance à un maître.

Il n’en va pas ainsi dans l’amour. Impossible d’aimer sans la médiation de l’autorité et de l’obéissance. Pour aimer vraiment, gratuitement, il faut sortir de soi. Et cela ne peut s’apprendre que par l’obéissance.

Voilà pourquoi Jésus nous dit : Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande.

Il ne veut pas dire : " Si vous voulez que je vous aime, obéissez-moi ", - ce qui serait un piètre marchandage, - mais plutôt : " Si vous voulez apprendre à aimer et à devenir mes amis, gardez mes commandements. " Non pas un maître chanteur, mais un maître en amour. " Par vous-mêmes, vous ne saurez pas aimer ; mais écoutez-moi, mettez-vous à mon école, obéissez-moi, et ainsi vous apprendrez à aimer. "

Mais, dirons-nous, s’il faut obéir pour apprendre à aimer, comment apprendre à obéir ? Tout simplement en étant aimés. Nous revenons ici à notre point de départ. L’obéissance éduque à l’amour, mais l’obéissance naît de l’amour.

Il y a en effet deux sortes d’obéissance : l’obéissance servile et l’obéissance filiale.

L’obéissance servile ne vient pas de l’amour et n’apprend pas à aimer. Le mauvais maître commande pour son profit, non par amour ; le mauvais serviteur obéit par crainte, forcé par la contrainte.

L’obéissance filiale, elle, provient de l’amour. Le père ordonne par amour de son fils, pour le bien de son fils. Le fils obéit de lui-même, car il reconnaît l’amour dont il est aimé.

Je ne vous appelle plus serviteurs [...] mais amis.

Le serviteur ignore ce que fait son maître, il ne connaît pas son amour ; il ne le reconnaît pas, car il n’y en a pas.

L’ami, lui, est introduit dans la connaissance de l’amour ; il sait que, en premier, dès l’origine, il est aimé du Père. Tout ce que j’ai appris de mon Père, son amour pour vous, je vous l’ai fait connaître.

Voilà bien le mouvement, le chemin de l’amour, à travers l’obéissance filiale aux commandements. Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres. Jésus, éternellement aimé de son Père, lui a obéi en nous aimant jusqu’au bout. Et nous qui avons été aimés infiniment par le Fils, sur la croix, nous lui obéissons en nous aimant les uns les autres.

Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. Les parents donnent leur vie, le meilleur d’eux-mêmes, pour leurs enfants ; et c’est ainsi que les enfants apprennent à obéir et à aimer. Et si certains parents défaillent dans ce don de l’amour premier, tous, nous avons un Père qui nous aime sans mesure, un Dieu qui s’est livré pour chacun de nous, en ami.

Nous, pourquoi, avant toute forme d’obéissance, avant toute mise en pratique de l’amour, il nous importe d’abord de nous savoir aimés, de connaître combien Dieu nous aime, le premier. Et c’est là le rôle de la foi.

Par la foi, nous contemplons l’oeuvre de Dieu pour nous, nous sommes introduits dans la réalité de cet amour qui nous enveloppe, nous protège, nous relève. Dans la foi, comme des enfants, nous apprenons à aimer en obéissant, et nous apprenons à obéir en nous sachant aimés.

Et si nous avons été choisis, dans cet amour de Dieu, c’est pour que nous portions du fruit, et un fruit qui demeure. Quel est ce fruit ? En aimant nos frères comme nous avons été aimés, nous leur apprenons, eux aussi, à grandir dans l’amour, nous les aidons à découvrir l’amour. Le progrès de la charité dans l’Église, dans le monde, est confié à notre responsabilité. Car plus nous aimerons, plus d’autres pourront aimer à leur tour.

Ce que je vous commande, c’est de vous aimer les uns les autres.

Modifié le 7 juillet 1997




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