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Introduction à la liturgie de la Passion

En ligne depuis le mercredi 26 mars 2008.
 
 

La Passion de Jésus à laquelle nous allons participer est une liturgie triomphale. Aucun des éléments n’y manque : le cortège qui accompagne le souverain ; la couronne ; le sceptre, la pourpre, les acclamations, l’inscription qui proclame Jésus roi des Juifs ; bref, dans la version de la passion selon saint Jean, la croix n’est pas seulement l’autel où le grand pontife Jésus accomplit le sacrifice parfait, pas seulement non plus la chaire où le prédicateur nous enseigne ; elle est encore le trône du grand roi et le siège du juge où il prononce les sentences définitives d’acquittement ou de condamnations. Du haut de son trône, le roi gracie les captifs, lorsqu’il envoie le bon larron au paradis ; il pourvoie à la subsistance des veuves et des orphelins, lorsqu’il donne à Saint Jean une mère, et à Marie un soutien pour sa vieillesse ; il est encore législateur, lorsqu’il témoigne du commandement inconditionnel d’aimer Dieu et son prochain comme soi-même, et qu’il le clame par autant de bouches qu’il a de plaies.

Pourtant, vous êtes en doit de me dire : ‘certes, l’apôtre saint Jean nous présente la crucifixion comme une intronisation plus que comme un supplice ; mais n’est-ce pas là un joli motif littéraire ? Un joli conte ? Un fenêtre ouverte sur un ciel hypothétique et bientôt refermé ? Une joli rayon d’automne bientôt éclipsé par les froides ténèbres de notre âge de fer ?’ et il me semble voir le tentateur s’avancer pour narguer Jésus sur sa croix : ‘tu te donnes bien de la peine pour pas grand chose ; vois tes amis ! Comme ils sont peu nombreux ! D’ailleurs, à voir la manière dont tu les traites, il ne faut pas t’étonner d’en avoir si peu ! C’est vrai, je le concède ; ton geste est héroïque ; à peine donnerait-on sa vie pour un homme juste, alors pour des pécheurs ! Je vais même plus loin : ta mort est lourde de menaces pour moi ! La Résurrection, l’Ascension, la Pentecôte ! Mais justement : de toi, j’ai fait mon deuil ; tu ne m’appartiendras pas ; mais comme dit le proverbe, un de perdu, dix de retrouvés ! Tout ce que tu fais là n’aura pas beaucoup de répercussions ; or, quoi de plus triste que des promesses avortées ? Que des projets grandioses restés sans suite ? Que des cathédrales construites pour des milliers de personnes et qui restent vides ? Que des montagnes qui accouchent de souris ? Que des lendemains chantants qui laissent place à la grisaille du quotidien ? Ainsi l’insuccès de ton œuvre sera d’autant plus éclatant qu’il était potentiellement riche de prodiges’.

Ce langage n’est pas d’hier ! On lit déjà dans la deuxième lettre de Pierre : ‘où est la promesse de son avènement ? Depuis que nos pères se sont endormis, tout demeure comme au début de la Création’. est-il donc vrai que tout a changé ? N’est-ce pas plutôt le contraire qui est vrai : rien n’a vraiment changé ?

Comment ne pas se rallier à ce constat accablant ? Pour prendre l’exemple le plus simple, ne sont-ils pas des millions en ce moment même à regarder des inepties à la TV ? Si nous faisions en cet instant précis les chaînes de notre téléviseur, pour une qui diffuserait la liturgie de la Passion dans un petit canton égaré du PAF, dans une mise en scène de rustine et de bouts de ficelle, combien d’autres diffuseraient des programmes qui concourent grandement à l’élévation de l’humanité ! Star Academy, Loto, Guignols de l’Info, roue de la fortune etc. il est pourtant trop facile de dresser un constat apocalyptique du monde : tournez le bouton de la radio, les journalistes le feront encore mieux que nous.

Devrons-nous face à cela mettre au point de pesantes stratégies d’éradication du mal dans le monde ? Est-ce vraiment à cela que la Passion du Christ nous convie ?

Remarquons une chose : le drame de la Passion se noue précisément lorsque tous les protagonistes croient avoir quelque bonne œuvre à accomplir. Juda souhaite, semble-t-il, que Jésus se déclare comme le Messie qui va délivrer Israël à main forte et à bras étendu (pour reprendre l’expression de l’ancien testament qualifiant la geste divine face au Pharaon par exemple ; à main forte et à bras étendu : il sera d’ailleurs exaucé, mais pas comme il s’y attendait) ; les grands prêtres agissent pour défendre l’honneur de Moïse, de sa Loi, le prestige du peuple élu, la majesté du Temple et les traditions vénérables du judaïsme. Au sommet peut-être, Pilate agit pour préserver la paix, ce bien suprême de l’ordre politique ; bref tous ces gens embrassent avec ferveur la cause du bien contre le mal ; ils n’ont d’autre souci que d’instaurer l’Empire du Bien, ou plutôt sa tyrannie. La condamnation du Juste par excellence apparaît comme l’effet d’une extraordinaire conspiration des bonnes volontés.

D’où vient leur erreur ? Tous cherchent à l’extérieur la cause du mal alors qu’elle est en eux. Ils veulent en venir à bout en croyant que leur combat leur fera faire l’économie de la conversion. Cela fait penser à un passage de la légende arthurienne : le chevalier Gauvain croise un cavalier masqué qui le provoque ; le combat singulier s’engage. Gauvain en sort vainqueur ; et quand il soulève la visière du casque qui cache le visage du cadavre, que voit-il ? Sa propre image. Gauvain a cru que le mal était une donnée objective, aisément identifiable que l’on pouvait vaincre par des techniques appropriées. Il n’a pas vu que la cause du mal était en lui-même, dans la volonté inclinée vers le mal et dont, là est le drame suprême, le redressement n’est pas en notre pourvoir ! pour l’avoir négligé, il est devenu homicide. Ses vains efforts pour déraciner le mal l’ont rendu le pire meurtrier ; l’assassin de lui-même. Sa situation ressemble beaucoup à celle de Pilate, Judas ou des princes du peuple. Mais attention, à nous interroger trop longtemps sur les responsables de la mort de Jésus, nous risquons de manquer l’essentiel : c’est notre propre participation au forfait. On se pose le problème, non pas comme accusé mais comme accusateur ! Et l’on redit comme Pilate : ‘je suis innocent du sang de cet homme’.

c’est toi qui as tué Jésus de Nazareth ! Ce jour-là tu étais là, d’ailleurs je t’ai reconnu : tu as crié avec la foule ‘à mort, crucifie-le’ ; tu étais avec Pierre, et même tu étais Pierre quand il a renié ; tu étais avec les soldats, ou même tu étais un des soldats qui l’ont flagellé. Tu as ajouté ton épine à sa couronne, ton crachat sur son visage ; c’est là le noyau de notre foi : ‘le Christ est mort pour nos péchés’. Tant que nous ne sommes pas passés par cette crise intérieure, nous ne sommes pas vraiment des chrétiens parvenus à maturité, nous ne sommes que nous embryons de chrétiens qui fuient la lumière ; qui préfèrent la confortable torpeur de l’ombre plutôt que de se laisser brûler et consumer au soleil de la justice. Tant que tu ne t’es pas senti au moins une fois vraiment pécheur, digne de condamnation, comme u pauvre naufragé, tu ne sais pas ce que c’est que d’être sauvé par le sang du Christ. Tu ne sais pas ce que tu dis quand tu appelles Jésus ton Sauveur ; tu ne peux connaître les souffrances de Jésus, ni pleurer sur elles ; seul connaît les souffrances de Jésus celui qui sait qui les a infligées.

Tel est donc le mouvement le plus profond de la Passion : passer du mal accusé dans sa froide objectivité où nous risquons de nous donner bonne conscience, au péché confessé. Lorsque j’aurai pris conscience que j’ai personnellement porté le dernier coup à Jésus de Nazareth, je ne pourrai plus regarder le mal comme quelque chose de différent de moi ; et je comprends en quoi le mal est vaincu. Jésus n’a pas vaincu en cantonnant les criminels sur une île déserte (d’ailleurs il y faudrait la terre entière), en les mettant en déroute par sa toute-puissance, mais en le prenant sur soi ; en vainquant le mal par le bien, c’est-à-dire la haine par l’amour, la révolte par l’obéissance, la violence par la douceur, le mensonge par la vérité. Il a détruit l’hostilité et non l’ennemi, il a détruit le péché en lui et non dans les autres.

Ainsi Jésus a fait infiniment mieux que de proposer un grand plan d’éradication de la pauvreté, une organisation des Nations-Unies pour éviter la guerre ou d’écrire l’improbable constitution du parfait régime politique : il a attaqué le mal dans ses plus secrètes compromissions dans le cœur de l’homme. S’il nous était donné de voir le cœur des saints, alors nous cesserions de blasphémer en disant que la croix du Christ n’a rien changé.

La croix nous invite ainsi à passer de l’extérieur à l’intérieur ; cette croix que nous dévoilerons tout à l’heure, qu’elle soit l’image de nos cœurs mis à nu devant le Seigneur. ‘comprenez ce que vous faites, imitez ce que vous célébrez’ ; n’en demeurez pas à l’extérieur comme Pilate, Judas et les autres ! Déchirez votre cœur et nos vos vêtements ; offrez à Jésus votre cœur à recréer.




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