Accueil
Présentation Avent Noël Ordinaire Carême Pâques Sanctoral Divers        


Accueil >> Avent >> Semaine 1 >>   « Veillez ! »

TOP 5 :

textes  les plus lus :
 
par fr. HF Rovarino o.p.
La Mère de Dieu a quelque chose à nous dire
8447 visites

par fr. R Bergeret o.p.
Au désert, je parlerai à ton cœur
7552 visites

par fr. R Bergeret o.p.
Dieu nous fait le cadeau de sa présence
7444 visites

par fr. ST Bonino o.p.
Notre attente : la vie éternelle
6737 visites

par fr. BM Simon o.p.
Le jeune homme riche
6348 visites

« Veillez ! »

En ligne depuis le mardi 25 novembre 2008.
 
 

Homélie pour le 1er Dimanche de l’Avent de l’année B - Père Édouard Divry o. p.

1/ C’est aujourd’hui le 1er Dimanche où nous célébrons le Verbe consubstantiel au Père qui va s’incarner, l’Éternel qui doit advenir dans le temps,

le Créateur dans la créature,

l’Incirconscriptible dans le lieu,

l’Incorruptible dans le corruptible,

l’Infigurable dans la figure,

l’Inénarrable dans le discours,

l’Invisible dans la vision,

l’Impalpable dans le tangible,

l’Inexplicable dans la parole,

Dieu dans l’homme,

tout cela par la simple naissance terrestre du petit enfant de Noël, le Jésus de nos crèches ! Saurons-nous encore en être sidérés, stupéfiés, esbaudis diraient certains ?

Ainsi Dieu con-descend, résument en un mot les Pères de l’Église, non d’une condescendance ambiguë où la personne apparaît imbue de sa prépotence, mais parce que Dieu met sa supérieure grandeur, ô combien réelle et énergique, au service de l’homme blessé par l’opacité du péché qui empêche de voir clair et qui fait trébucher dans un mal apparemment irréversible. En Jésus, Dieu descend avec nous et pour nous (cf. Is 63, 19). Tout renouveau devient alors possible. Or le dessein de Dieu qui repose sur nous, bien des fois répété dans les textes apostoliques, appelle à l’imitation de Dieu : « Oui, cherchez à imiter Dieu comme des enfants bien-aimés » (Ep 5, 1) (cf. 1Th 1, 6 ; 1Co, 11, 1 ; 1P 2, 21).

Ce désir d’imitation, c’est peut-être aujourd’hui pour nous un commencement ou un recommencement. Ce premier jour de l’année liturgique, sera-t-il alors pour nous un bon jour, un jour de bonheur ? L’enjeu pour nous, à nous engager davantage dans cet abaissement se situe entre nos mains.

Malgré les peines qui peuvent nous atteindre, sommes-nous encore persuadés que Dieu veut nous faire du bien et que chaque jour est un jour bon, que chaque année s’avère un temps de bonheur, de bonnes heures, plutôt que de malheurs, c’est-à-dire de mauvaises heures à passer. Avons-nous encore l’espérance des enfants qui croient à la bonté du temps qui s’ouvre devant eux comme à l’infini ? Ou sommes-nous des adultes blasés, des technocrates du temps, par la constatation que chaque année amène nécessairement de nouvelles catastrophes planétaires : quelques typhons ou cyclones, quelque sunami dramatique, quelque peste ou grippe aviaire, quelque intifada ou guerre froide avec l’ombre d’une guerre atomique toujours possible, ou celle d’attentats meurtriers effectués par des terroristes de plus en plus puissants, ou encore quelque crise politique, quelque crash économique qui sépare toujours plus Nord et Sud ? Croyons-nous encore que Dieu « gouverne le monde », qu’il a puissance sur le Tout du cosmos - Pantocrator disent les Grecs -, et que « tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu » (cf. Rm 8, 28) ? Tout début authentiquement chrétien réclame cet examen de conscience. Nous ne sommes pas des êtres cycliques, des abonnés statistiques aux catastrophes, mais des Sauvés par Jésus-Christ. Or Dieu en Jésus-Christ nous dit le livre de l’attente, l’Apocalypse, mot qui signifie dévoilement, « fait toutes choses nouvelles » (cf. Ap 21, 5). Jésus-Christ, surenchérit même saint Irénée, « a apporté toute nouveauté en apportant sa personne (omne novitatem attulit seipsum afferens) » (AH, IV, 34, 1).

Commençons donc cette année liturgique avec un regard assurément nouveau où l’on prend notre Dieu tel qu’il s’est vraiment révélé, et donc réellement au sérieux. Seigneur que veux-tu de moi, que veux-tu de nous ? Ne serait-ce pas qu’aussitôt résonne en nous l’appel de saint Paul : « Priez sans cesse » (1Th 5, 17), écho de l’invitation du Seigneur lequel déclarait aux Apôtres « qu’il leur fallait prier sans cesse et ne pas se décourager » (Lc 18, 1). Oui, il s’agit d’aimer Dieu par la prière et d’aimer notre prochain par nos actes sans nous décourager même si parfois nous nous sentons las. Une grâce, celle d’Avent, nous est offerte pour cela. La saisirons-nous ? Mais, somme toute, objecterez-vous, cet Avent ce n’est pas encore la nouvelle année 2009 qui commence. Pourquoi vouloir cette intensité à préparer des fêtes désormais banalisées ? Bien que déjà nos rues aient reçu prématurément les décorations de Noël et les réclames pour les fêtes de nouvel an, ne sommes-nous pas appelés nous autres croyants à nous préparer sans nous fondre dans l’anonymat insensible ? Une suggestion bien modeste me vient à l’esprit : et si nous chrétiens, avant la dernière semaine qui précède Noël, nous n’achetions rien - hormis le strict nécessaire - dans ces boutiques trop décorées, afin d’aider tous nos voisins à considérer mieux l’Avent, qui appartient bien à tous, ne serait-ce pas une heureuse initiative pour nous manifester collectivement aux yeux de tous ? L’Avent engage à dynamiser un temps d’attente pour Celui qui doit advenir de manière certaine et toujours nouvelle : le mot d’ordre de l’Évangile de saint Marc est répété trois fois en ce Dimanche, et c’est une injonction très impérative : « Veillez ! » (Mc 13, 33 ; 13, 35 ; 13, 37). Ou encore : « Prenez garde ! » (Mc 13, 33). On veille le soir, on veille la nuit. Il faut que l’obscurité se fasse pour veiller sinon il s’agit seulement de rester éveillé à la lumière du jour ce qui, sauf cas particulier, ne demande pas un effort extraordinaire ou surhumain.

Un grand converti du siècle passé, John Henry Newman, anglican devenu un célèbre cardinal de l’Église catholique, proposait cette observation qui nous bouleverse tous : « Nous devons non seulement croire mais veiller ; non seulement aimer, mais veiller ; non seulement obéir mais veiller. Quels qu’ils soient les vrais chrétiens veillent ; et les chrétiens peu solides ne veillent pas. » Si cette interpellation nous touche, comment, frères et sœurs, veiller sans un esprit de jeûne ? Ne faudrait-il pas se priver d’images vides et répétitives qui inondent les petits écrans, s’éloigner des bruits des radios ou d’autres médias comme Internet qui pénètrent nos esprits jusqu’à l’épuisement mental, prendre du recul par rapport à une incessante proposition publicitaire de perversion des sens qui peut chez certains obséder l’esprit jusqu’à la sensualité ? Navrée une grande figure des vieilles Églises orientales, le Patriarche des Coptes, Shenouda III, Pape de la majorité des chrétiens d’Égypte, et toujours en place depuis 1971, avouait un jour à un cardinal président du Secrétariat pour l’Unité des Chrétiens (Willebrands) après la signature d’un agrément théologique entre Paul VI et lui-même : « Oui, j’ai compris que notre foi en Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, est identique. Mais j’ai découvert que l’Église de Rome avait aboli le jeûne, et, sans jeûne, il n’y a pas d’Église » (cf. Joseph Ratzinger, Le Ressuscité, Paris, DDB, 32005, p. 17).

Cet appel à nous imposer librement des stimulations pour la période de l’Avent, temps appelé aussi naguère carême de la St Martin, n’est pas là pour nous culpabiliser si notre santé vacille déjà de par l’âge ou à cause de la maladie, mais il s’offre à chacun comme une proposition en creux pour mieux attendre le Seigneur qui se présente en tant que Celui qui vient « pour vaincre et vaincre encore » (Ap 6, 2) selon l’Apocalypse, pour corriger amoureusement chacun de nous et notre monde. Car Il est victorieux, l’Agneau immolé de nos Eucharisties, le Seigneur Ressuscité, le Victorieux de toutes les forces du mal quelles qu’elles soient : sociales ou politiques, raciales ou économiques, mentales ou corporelles, spirituelles ou psychiques, c’est un combat qui commence en chacun de nos cœurs, là où Jésus repousse par l’envoi de son Esprit, les ténèbres de la mort et de l’égoïsme. Avec la Vierge Marie, conservons indemne la tenue de service et gardons la lumière pour attendre le divin Maître (cf. Lc 12, 37) en veillant. Amen.




3217 affichages
 

 « Veillez ! »



Untitled Document