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Le Talent

En ligne depuis le mardi 25 novembre 2008.
 
 

Le talent, vous le savez sans doute, dans l’Antiquité, c’est d’abord une unité de poids (20 à 27 kg) ; puis cela devient une unité monétaire : un talent, c’est ce même poids de 20 à 27 kg en or ou en argent. Alors je me suis livré à un petit calcul. Le premier serviteur reçoit 100 à 130 kg d’or ou d’argent. Pas mal, tout de même ! Ce n’est pas tous les jours qu’on donne une telle somme à l’un de ses employés... Le second serviteur reçoit entre 40 et 50 kg ; le troisième « seulement » une vingtaine de kilos d’or ou d’argent - excusez du peu ! c’est vrai qu’avec ça, aujourd’hui, on n’a plus rien... Mais le talent, dans la langue française, avoir du talent, être talentueux, c’est faire preuve d’une certaine capacité, montrer une habileté particulière, en même temps qu’une certaine aisance pour réussir en société ou dans une activité donnée, souvent dans le domaine artistique : un peintre de talent. Ce peut être un don naturel, ou bien une disposition acquise, mais sans doute le vrai talent tient-il un peu des deux.

On ne voit pas immédiatement le rapport entre les deux sens du mot « talent » : entre l’unité de poids ou monétaire et la qualité morale. C’est que dans les deux cas il s’agit de richesses, de quelque chose qui a du prix : valeur matérielle, valeur morale et spirituelle.

Le dictionnaire étymologique de la langue française nous apprend que ce sont en fait les Pères de l’Église qui ont donné au mot talent ce nouveau sens de qualité morale. Dans l’Antiquité, et encore dans l’Évangile, le talent ne représente qu’une unité monétaire, et rien d’autre. Ce sont les Pères qui en commantant cet évangile ont vu dans ces « talents », ces énormes quantités de métal précieux, une image de la grâce. Et pas seulement la grâce. Saint Jérôme essaie de comprendre pourquoi l’un reçoit cinq, l’autre deux, et le troisième un seul. Pour lui, les cinq talents, ce sont les cinq sens : d’abord les sens corporels (la vue, l’ouïe, l’odorat, le toucher, le goût) puis les sens spirituels de l’âme, la connaissance des choses célestes. Les deux talents, c’est l’intelligence et la volonté, ou bien la foi et les œuvres, ou encore la Loi et l’Évangile. Enfin, le talent unique, c’est la raison seule.

Tous les hommes n’ont pas reçu les mêmes talents, mais pourtant tous ont reçu au moins un talent, celui d’être image de Dieu, qui lui permet de s’en retourner à son Créateur. Même l’homme qui n’a pas reçu le talent de la foi et qui n’a que celui la raison, cet homme-là peut connaître quelque chose de vrai sur Dieu, et mener une vie droite suivant la loi de sa conscience de sorte qu’il pourra lui aussi être sauvé.

Dans cette parabole, chacun reçoit selon ses capacités, selon le fruit qu’il pourra donner. La question n’est pas tellement de savoir si l’on a reçu beaucoup ou peu, ni pourquoi l’on a reçu beaucoup ou peu, ni surtout pourquoi on a reçu plus ou moins que le voisin. Cela, c’est le mystère de Dieu. La vraie question, c’est de savoir ce que l’on va faire de ce talent, quelle va être notre réponse libre au don de Dieu.

Tous, nous avons un certain nombre de dons naturels ou surnaturels, tous nous avons des capacités à bien faire telle ou telle chose. Et l’enjeu de notre vie consiste en bonne partie à découvrir ce en quoi nous sommes bons, ce pour quoi nous sommes faits, ce à quoi nous sommes appelés et en vue de quoi Dieu nous a confié ce talent. Les deux premiers serviteurs n’ont pas reçu la même chose . Le rapport est plus que du simple au double (5 pour 2). Pourtant, la récompense est la même dans les deux cas : « entre dans la joie de ton maître ». La récompense est la même, alors que les talents n’étaient pas les mêmes, parce qu’ils les ont fait fructifier de la même manière, passant du simple au double. Les cinq ont produit cinq autre ; les deux ont produit deux autres. Chacun a été en mesure de redonner autant que ce qu’il avait reçu ; chacun a porté semence, selon son espèce, si l’on peut dire - « Croissez et multipliez », chacun selon son espèce. Chaque talent a produit à son tour son semblable, de sorte que le don reçu gratuitement et fructifié par le travail met le serviteur en situation de pouvoir redonner gratuitement à son tour, comme l’avait fait le maître à son égard. Le bon serviteur ne considère pas le fruit de son travail comme son œuvre propre, mais comme un don de Dieu, un don supplémentaire. C’est Dieu qui donne, et qui donne de donner.

La récompense est d’entrer dans la joie du maître. Le maître se réjouit de ce que ses serviteurs aient donné du fruit. Sa joie est de donner, et de voir que ce don fructifie et va pouvoir donner à son tour. « La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant - la vie de l’homme, c’est la vision de Dieu ». Notre récompense, c’est Dieu lui-même. « J’ai dit au Seigneur : c’est toi mon bonheur » (Ps 16, 2). En entrant dans la logique du don gratuit, en entrant dans la logique de la vie qui fructifie, l’homme fait la joie de Dieu, et Dieu fait la joie de l’homme.

Le troisième serviteur n’est pas entré dans cette logique de la vie, mais il est entré dans un autre logique, celle de la peur. « J’ai eu peur, et je suis allé enfouir ton talent dans la terre » - Souvenez-vous : « Adam, où es-tu ? » - « J’ai entendu ton pas dans le jardin ; j’ai eu peur parce que je suis nu et je me suis caché. » Au lieu de faire fructifier ce don reçu de Dieu, et de fructifier soi-même, ce serviteur s’est emparé de ce don, et du coup il l’a perdu. En le cachant dans la terre, il se cache lui-même, il s’enterre comme un cadavre, nu.

Il soupçonne le maître d’être dur, d’être injuste, de prendre un bien qui ne lui appartient pas, de voler le travail de l’homme : « Tu moissonnes là où tu n’as pas semé, tu ramasses là où tu n’as pas répandu le grain. » Il soupçonne le maître de ne pas vraiment vouloir le bonheur de l’homme, d’être un concurrent de l’homme. Ou bien je sers Dieu, ou bien je me sers moi-même. Il est dans une logique non pas de serviteur mais d’esclave. Il ne voit pas que c’est Dieu qui lui fait ce don, qui lui donne de le travailler et de donner à son tour. En refusant d’entrer dans la logique du don et de la vie, il entre dans une logique de possession et de mort. Son talent est resté stérile. - Sa récompense et son châtiment sera d’obtenir précisément ce qu’il a voulu. Il veut une logique de mort : il obtiendra une logique de mort. Il entrera dans la ténèbre faute d’avoir accepté la lumière de la vie ; il entrera non pas dans la joie mais là où il y aura des pleurs et des grincements de dents, faute d’avoir accepté d’entrer dans la joie de son maître. Sa souffrance, c’est lui-même qui se l’inflige, faute de n’avoir pas voulu mettre sa joie dans le Seigneur mais en lui seul. « Qui veut garder sa vie la perdra » (Mt 16, 25).

Il y a trois manières me semble-t-il de ne pas faire fructifier ses talents, de les enfouir en terre et de s’enfouir soi-même avec. Tout d’abord par la convoitise des seuls biens de ce monde, par la recherche des biens terrestres pour eux-mêmes. Les biens sont bons : « Dieu vit que cela était bon ». Mais ils sont enfouis dans le sol si l’homme se sert lui-même plutôt que de servir Dieu à travers ses biens, ou pire s’il se met au service de ses biens. « Nul ne peut servir Dieu et l’argent. »

Deuxième manière d’enfouir ses talents : ne les développer que pour soi-même, pour son propre progrès, son développement personnel. Ne pas entrer dans la logique du don, dans la condition de serviteur. Les bons serviteurs s’effacents, mettent Dieu d’abord, eux ensuite : « Seigneur, tu m’as confié... » ; le mauvais serviteur fait l’inverse, il est au centre : « je savais ».

Troisième manière d’enfouir son talent : ne pas le mettre au service d’autrui. On veut servir Dieu grâce à ce talent, mais pas le prochain. Or vous le savez, « celui qui dit qu’il aime Dieu et qui n’aime pas son frère est un menteur. » (1 Jn 4, 20) « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu... et ton prochain comme toi-même » (Lc 10, 27). Entrer dans la joie de Dieu, faire fructifier ses talents, c’est en un mot entrer dans la logique de l’amour et du don. Car Dieu est amour, et sa joie est de donner, de tout donner et se donner soi-même. Et il nous donne pour que nous puissions donner à notre tour, tout donner et nous donner nous-mêmes. Il nous donne pour que nous puissions entrer dans sa joie. Pas seulement pour l’éternité mais dès ici-bas et dès à présent. Par la charité qui prépare et anticipe cette joie du ciel ; en reconnaissant ce que nous avons reçu de Dieu, en le faisant fructifier et en donnant à notre tour, à son image.




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