Accueil
Présentation Avent Noël Ordinaire Carême Pâques Sanctoral Divers        


Accueil >> Avent >> Semaine 2 >>   Le temps est une étrange créature

TOP 5 :

textes  les plus lus :
 
par fr. HF Rovarino o.p.
La Mère de Dieu a quelque chose à nous dire
8236 visites

par fr. R Bergeret o.p.
Au désert, je parlerai à ton cœur
7402 visites

par fr. R Bergeret o.p.
Dieu nous fait le cadeau de sa présence
7296 visites

par fr. ST Bonino o.p.
Notre attente : la vie éternelle
6590 visites

par fr. BM Simon o.p.
Le jeune homme riche
6202 visites

Le temps est une étrange créature

7 décembre 2008

 

En ligne depuis le lundi 15 décembre 2008.
 
 

Les textes de la liturgie de ce dimanche nous placent en face de deux échelles de temps qui ultimement nous donnent le sens même de ce qu’est le temps du monde. Il y a le temps du salut, celui qui nait de l’action que Dieu accompli dans l’histoire, et dont l’avent célèbre l’accomplissement, en attendant la pleine réalisation du dessein de Dieu au jour où le temps achèvera son contrat à durée déterminé, et où il laissera sa place à l’éternité. Puis, il y a le temps de ma propre vie ? Qu’en fais-je ? Vient-il répondre à l’invitation du Seigneur à accueillir son Royaume.

Le temps est une étrange créature, à la vérité, et insaisissable. Car l’univers n’a pas été crée dans le temps mais le temps est venu avec la création de l’univers. Et si nous y réfléchissons bien, le temps, ou plutôt les temps, sont produits par le mouvement des êtres, la non-permanence de tout ce qui existe dans l’univers. Le temps est la grande musique produite par les êtres lorsqu’ils changent, lorsqu’ils se transforment, qu’ils évoluent, qu’ils bougent, qu’ils migrent, qu’ils pérégrinent. C’est une grande musique qui les emporte dans la danse de leur devenir.

Dans cette musique, il y a certes des êtres qui produisent un temps régulier, quantifiable, rythmé, un temps qui bat la mesure, comme un métronome. Un atome qui émet régulièrement une radiation et voilà une fraction de seconde. Une grosse boule qui tourne sur elle-même et voilà un jour. La même boule tourne autours d’une autre boule encore plus grosse et voilà une année.

Mais il y a des êtres pour qui le temps est flexible selon que leurs mouvements varient en fréquence et en nature, un temps qui se contracte ou qui se dilate, un temps chargé de la valeur du mouvement qui en est à l’origine. C’est le temps de la vie et des être vivants. Et le temps de l’avent qui est le signe de ces temps qui sont les derniers où nous attendons la venue du Seigneur est un temps de ce type. Et le changement qui lui donne sa nature est celui de la conversion. A travers la bouche de Jean le baptiste, comme dans celle de l’apôtre Paul nous est rappelée la qualité profonde du temps qui nous est donné. Il ne s’agit pas d’un temps limité et borné. Mais d’un temps marqué par l’urgence, chargé d’un appel empressé à nous préparer à accueillir Celui dont nous attendons la venue imminente. Car il vient, juste après Jean. Il vient le Seigneur, à n’en pas douter. Et si sa venue semble tarder, c’est que Dieu nous laisse le temps, non pour faire des affaires, non pas pour que l’humanité construise sa tour, une tour toujours plus haute (comme celle de Dubai), non pour attendre que le temps épuise l’univers, qu’il érode les montagnes, qu’il éteigne des milliards de soleil, mais pour que chacun se dispose par sa vie à entrer dans le salut de Dieu. Une chose, une seule chose à faire dans la vie, et elle est urgente, nous convertir. Non pas demain. Oubliant hier, devenir aujourd’hui un être habité par la vie éternelle.

Jean le baptiste, nous offre un baptême de conversion en nous renvoyant à cet essentiel. Que pouvons-nous voir en Jean. Rien, absolument rien qui puisse charmer ce monde rêvant d’hygiène, de richesse et de belles personnes au corps plastiques. Il est échevelé, il vit dans le dénuement, et il pue. Un homme qui répand l’odeur du chameau, lui et son vêtement. Un homme qui mange les insectes qu’il trouve et qui suce le miel à même la roche. Et la voix qui annonce l’accomplissement des temps, c’est la sienne. Et l’odeur du royaume qui approche est d’abord celle de Jean-Baptiste, une odeur de chameau du désert. Jean-Baptiste ne vient pas avec le charme et les raffinements de la civilisation. Il est l’homme de l’essentiel et il nous ramène à l’essentiel. Il ne se nourrit de rien, vivant dans la solitude et l’aridité du désert, dans la chaleur du jour et le froid de la nuit.

Et le pire, c’est que pour nous préparer à Noël, nous devons de quelque manière rejoindre Jean au désert. Nous devons nous aussi quitter nos villes, notre vie ordinaire, pour rejoindre le précurseur, à le suivre au désert pour prendre un temps pour Dieu, un temps de conversion, loin de nos préoccupations de tous les jours, en mettant nos soucis, nos centre d’intérêts, pour un temps au second plan. Devant l’apparence de Jean le baptiste nous sommes invités à quitter le royaume des apparences pour battre en retraite, pour nous retirer nous-mêmes dans la solitude et le silence, à voyager vers l’intérieur pour y trouver (ou retrouver) l’essentiel, à partir au désert où Dieu parle au cœur de l’homme.

Car le désert est le monde du cœur, de l’expérience de Dieu. Au désert, il n’y a pas d’échappatoire, pas de superficialité. C’est Dieu ou c’est rien. Ce désert, ce cœur, au travers duquel il nous faut frayer un chemin pour le Seigneur.

Notre cœur, raviné par les oueds, souvent sec et sans eau, notre cœur aux méandres tortueux, aux gouffres escarpés et dangereux où nous risquons toujours de tomber ou de faire tomber les autres. Aplanissons tout cela, abaissons en nous les montagnes de pierres dures dans l’humilité, à l’exemple de JB qui confesse : « Je ne suis pas digne de me mettre à ses pieds ». Comblons par notre désir de Dieu les précipices de notre vacuité, nos vides intérieurs, où le risque est grand de tomber et de se perdre.

Préparons donc le chemin du Seigneur, les temps se font courts mais le temps nous est donné. Ménageons un chemin dans notre cœur, un chemin praticable, que Dieu puisse emprunter pour arriver jusqu’à nous pour naitre en nous. Ce chemin dont Dieu a besoin pour venir dans le monde.




2433 affichages
 

 Le temps est une étrange créature



Untitled Document