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Ce soir-là

En ligne depuis le lundi 15 décembre 2008.
 
 

Ce soir-là, il faisait froid, un froid de décembre chargé d’une humidité pénétrante et glacée. Pourtant, Anne avait décidé de sortir et d’aller voir d’un peu plus prêt celui que l’on appelait Jean, l’homme au visage hâve et au regard enflammé, au corps ascétique et transparent, à l’image d’un ange, parce qu’il était consumé par le feu de la lumière qui brille dans la nuit et illumine tout homme. Elle n’était pas la première à se rendre au désert ; les curieux venaient de loin, en foule, pour écouter sa parole.

L’homme était étrange et toutes sortes de rumeur circulaient à son égard. Il portait comme habit une peau de bête impure, comme s’il avait voulu défier la Loi ou s’en moquer. Il déambulait comme un étranger, les pieds nus, comme s’il méprisait les conventions sociales. Etait-il resté enfant, incapable de grandir ? Ou bien disait-il aux hommes que le royaume de Dieu appartient à celui qui sait rester comme un enfant ?

Dans ce pays où tout prenait le signe de la fin du monde, le peuple était en attente d’un message salutaire. Jean intriguait, dérangeait, enthousiasmait aussi. Anne avait décidé d’y aller elle-même. Elle l’interrogerait à son sujet.

-  Dis-moi, es-tu le Christ ? es-tu l’oint de Dieu, es-tu le Messie que nous attendons et qui doit sauver Israël ? Es-tu cet homme ?

-  Non, Anne, je te réponds sans hésitation, je ne suis pas le Christ.

-  Es-tu alors Elie dont Ben Sirach a prévu le retour pour la fin des temps ? Es-tu cet homme ?

-  Non, Anne, je ne suis pas Elie. Je suis la voix qui crie dans le désert : faites droit les chemins du Seigneur. Convertissez vos cœurs ! Mon doigt est tout tendu vers l’Agneau de Dieu.

Le discours et la vie de l’homme du désert étaient pétris d’abandon et d’humilité. Elle le savait : Jean, en dépit de ses extravagances, était proche de Dieu. Anne qui avait scruté tout au long de sa vie les Ecritures le savait. Après tout, Isaïe n’allait-il pas nu et déchaussé (Is 20, 2) ? Jérémie, ne portait-il pas un joug comme une bête de somme (Jr 27, 2) ? Ezéchiel, ne cuisait-il pas son pain sur des excréments humains (Ez 4, 12) ? Et Osée n’avait-il pas eu la folie d’épouser une prostituée (Os 3,1) ? Jean n’était donc ni le Messie, ni Elie, ni le Grand Prophète, mais il était la voix qui crie. Anne reprit :

-  Si tu n’es pas le Messie, Le connais-tu ? L’as-tu vu ?

-  Il est là au milieu de vous. C’est lui que j’annonce. Il faut qu’il grandisse et que moi je diminue pour que ce ne soit plus moi qui vive mais Lui, en moi. Tu vois Anne, et vous tous qui êtes là venus me questionner, sachez qu’il y a au milieu de vous quelqu’un qui doit prendre la première place, l’unique place et toute la place. Ecoutez vous qui êtes venus du désert de vos villes et de vos habitations, il y a au milieu de nous quelqu’un qui est la Présence de Dieu. C’est en lui que nous avons toujours à puiser toutes nos raisons de vivre, toutes nos raisons de croire, toutes nos raisons d’agir et de mourir. Il est la lumière née de la lumière : le soleil et les étoiles gravitent autour de lui. Vous les explorateurs de lumière, les captateurs de lumière, les joueurs de lumière, quand bien même vous enfermeriez toute la lumière du ciel et du premier jardin dans vos œuvres, si vous n’accueillez pas la lumière née de la lumière, vous n’aurez pas la joie parfaite, vous ne serez pas lumière pour vos frères ! Votre résidence ne sera que dans l’ombre de l’apparence !

« La joie parfaite ». La pauvrette avait frissonné. Avait-elle seulement vécu un jour dans sa vie la joie parfaite ? Dans son monde assailli par toutes sortes de préoccupations futiles, elle se sentait souvent envahi d’un sentiment de superficialité. Dans son monde douloureux, violent, égoïste, et jaloux, où l’on avait oublié de regarder l’autre avec bienveillance et amitié, elle se sentait souffreteuse et moribonde. Pourtant, y’a quelqu’un ! C’était le message de Jean. Désormais, elle le savait, et elle ne pouvait plus vivre comme s’il n’y avait personne ! Le Chorégraphe de l’univers venait à la rencontre de l’homme pour être le Maître de sa vie et l’éveiller à la profondeur de Sa vie : la Joie parfaite.

La voix avait crié dans le désert pour que la voix d’Anne et de ceux venus écoutés Jean puissent à leur tour crier. Crier d’une voix fraternelle pour partager les plus riches et les plus beaux secrets de la vie. Crier d’une voix inspirée pour transmettre ces sentiments du cœur sculptés par l’Esprit de Dieu ; Crier d’une voix chaleureuse pour proclamer la présence d’une lampe qui brille dans la nuit des hommes et vient dissiper ses ténèbres. Crier d’une voix recueillie pour murmurer des prières plus profondes que l’eau des glaciers. Crier d’une voix silencieuse pour contempler les neiges éternelles du Royaume des Cieux et laisser parler Celui qui vient, Celui qui est là : Toi, Seigneur Jésus.




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 Ce soir-là



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