Accueil
Présentation Avent Noël Ordinaire Carême Pâques Sanctoral Divers        


Accueil >> Pâques >> Ascension >>   Le Christ ascensionnel !

TOP 5 :

textes  les plus lus :
 
par fr. HF Rovarino o.p.
La Mère de Dieu a quelque chose à nous dire
8237 visites

par fr. R Bergeret o.p.
Au désert, je parlerai à ton cœur
7404 visites

par fr. R Bergeret o.p.
Dieu nous fait le cadeau de sa présence
7299 visites

par fr. ST Bonino o.p.
Notre attente : la vie éternelle
6592 visites

par fr. BM Simon o.p.
Le jeune homme riche
6203 visites

Le Christ ascensionnel !

Couvent de Montpellier 2009

 

En ligne depuis le dimanche 24 mai 2009.
 
 

Actes des Apôtres 1,1-11 Psaume 46 Ephésiens 1, 17-23 Marc 16, 15-20

Ascension de Jésus : fête des fêtes ou tristesse d’un départ ? C’est bien vrai, la boucle se boucle, le Verbe fait chair remonte à sa place, à la droite du Père et Jésus le Christ reçoit le nom au dessus de tout nom. Il fait entrer en Trinité notre chair d’homme, lui le Ressuscité d’entre les morts, remonté du séjour des morts où il avait été enterré. La mission du Christ réussit splendidement comme à son point culminant, en apothéose !

Et pourtant en montant aux cieux où est notre Père, ne déserte-t-il pas notre terre ? Ne nous laisse-t-il pas tomber ? S’il nous dit qu’il est bon pour nous qu’il parte, tendons l’oreille pour entendre et comprendre pourquoi dans les lectures de ce jour de fête. Dans notre église, nous avons la chance d’avoir en point focal de nos regards et de notre prière, un Christ en pleine ascension, résurrectionnel et ascensionnel tout à la fois. Il nous ouvre les bras et nous invite vers le haut de notre vie. Laissons à terre tout ce qui nous alourdit, tout ce qui nous empêche d’avancer vers le Royaume. La victoire éclatante du Christ ne nous apprend-elle pas que notre péché est fait pour être pardonné ? Alors, accrochons nos vies au Christ et allons résolument vers son Père et notre Père ! Demeurer dans son départ !

Au petit matin de Pâques, tout est dit de l’Ascension. Marie Madeleine court au tombeau et constate qu’on a enlevé « son Seigneur ». Elle venait étreindre la seule chose qui restait comme un repère et un signe d’avant la croix, un cadavre. Mais au moins son corps, son visage, la preuve que ce n’était pas une illusion, un rêve ! Elle court en tous sens avertir les Apôtres. Pierre et Jean constatent le tombeau vide. Alors Jean voit et il croit ! Que voit-il ? Rien, le tombeau est vide : pas même de cadavre, le corps de Jésus a disparu ! La foi s’élance depuis le vide d’un tombeau et non depuis la matérialité d’un cadavre ! La foi se dit non pas de l’intensité de la souffrance et de la mort du Christ mais dans le nouvel espace de sa disparition !

Et puis la rencontre du jardin du cimetière ! Dehors, elle pleure et il survient dans la lumière du matin. Pourquoi pleurer ou plutôt pour qui pleurer si c’est la disparition d’un cadavre ? Alors Jésus l’appelle par son nom, par le plus intime, le plus personnel de la vie de Marie Madeleine. Elle tombe à ses pieds pour les enserrer, le retenir ! Remarquons sur le champ que nous ne prêchons pas la résurrection comme une catégorie plus ou moins universelle mais nous annonçons au monde entier que la rencontre avec Jésus ressuscité est possible. Une rencontre qui change la vie !

Alors Jésus donne le secret de l’Ascension : « Ne me retiens pas ! Car je ne suis pas encore monté vers mon Père. Pour toi, va trouver mes frères et dis leur que je monte vers mon Père qui est votre Père, vers mon Dieu qui est votre Dieu. » Et Marie devint le premier porte-parole du Ressuscité ! « Ne me retiens pas ! » voilà le secret du secret ! Personne ne peut retenir, enserrer, retenir, enfermer, garder pour soi ou mettre la main sur le Christ ressuscité ! Pas même Marie Madeleine qui l’aime tant mais d’un amour qui referme les bras alors que Jésus a définitivement ouvert les bras sur la croix !

La résurrection est ce mouvement vital que rien, pas même la mort ne peut arrêter. Jésus remonte du séjour des morts où il a libéré les captifs de tout enfermement. Il s’arrête seulement un temps à mi palier, un carême d’ascension, sur la terre pour vivre en mouvement de reconnaissance auprès des siens. Il se laisse apparaitre, toutes portes de la peur étant closes, pour être reconnu dans la foi et, comme pour Pierre, espérer une réponse d’amour ! (Jn 21, 17)

Car la résurrection de Jésus est le rayonnement de son amour pour l’humanité : « Dieu a tant aimé le monde qu’Il a envoyé Son Fils, non pour condamner le monde mais pour que le monde soit sauvé ! »( Jn 3, 17) L’ascension est le signe définitif et victorieux de l’amour en mouvement sans cesse et qui ne cesse d’aller vers. Car Jésus va vers son Père dans ce mouvement d’amour qui nous sauve puisque désormais, au terme de sa mission, son Père devient notre Père, son Dieu devient notre Dieu. Tout bascule en cette ascension où nous découvrons que Dieu est véritablement notre Père en contemplant l’amour du Père pour Son Fils, l’union et la dynamique, le repos et l’élan qui ne cessent d’aller de l’un à l’autre. Et c’est dans cet élan que nous sommes emportés par Jésus le Christ, l’un de nous, fils de Marie, notre frère et notre Dieu, sauveur du monde ! Jésus de Pâques n’est-il pas ce Christ en mouvement, ce passeur de frontière, ce danseur infatigable représenté dans les icônes plongeant à la recherche d’Adam enfoui sous la terre et le remontant dans une danse de lumière ? Là nous découvrons la réalité de la chair du Christ par une question étrange : pourquoi faut-il qu’il parte, dans sa chair ressuscitée afin qu’il soit bon pour nous qui vivons dans la chair, de recevoir l’Esprit ? Le corps du Christ ferait-il obstacle à l’Esprit ? Véronique Margron nous a ouvert la voie l’autre jour (voir sur notre site) en distinguant le corps dont la fonction est d’harmoniser, d’intégrer la diversité de ses éléments en un tout organique de la chair qui est ce corps relié, cette présence visible sous-tendue d’un désir invisible et irrépressif de l’esprit et du cœur vers ce Dieu que rien ne peut arrêter ou contenir, l’au-delà de tout ! La chair vit ce mouvement même qui relie à l’autre dans la charité et, dans ce même amour à Dieu Lui-même !

Or Jésus ressuscité ouvre les portes de notre résurrection. Ce que nous affirmons dans le Credo au titre de la communion des saints et de la résurrection de la chair. La résurrection est bien cette nouveauté qui nous libère et nous relie à la fois. Et voici qu’en ce jour la chair du Christ monte, ouvre par le haut les portes de l’amour du royaume où il est assis à la droite du Père. Là, qui le voit, voit le Père comme l’invisible de cette chair ressuscitée en qui nous ressuscitons dans le lien de charité qui nous unit au monde.

L’ascension porte Jésus de Nazareth, dans sa chair ressuscitée auprès du Père, au cœur de la Trinité d’où il est avec nous, relié par sa chair lumineuse qui est tout sauf un obstacle à l’Esprit, jusqu’à la fin du monde !

Dès lors, il est bon pour nous qu’il parte, qu’il porte à son Père qui est notre Père notre chair comme un berger porte sur ses épaules la brebis désormais retrouvée. Là nous comprenons enfin notre vocation humaine la plus profonde : notre chair n’est pas le tombeau de l’esprit ni l’obstacle de l’âme ! Elle est faite pour le haut, pour le grand, pour le beau, pour la vie puisque Dieu a, comme nous, un visage ! Ce visage relie l’invisible du Fils qui est le Père à l’invisible de notre cœur, au sens profond, pascalien et pascal du mot : le centre de notre vie intérieure où se tissent sans cesse notre prière et notre désir ! Car Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu ! Car le Verbe s’est fait chair pour que notre chair soit unie à la chair ressuscitée du Christ ! Car Dieu a tourné son désir vers son humanité créée à son image et sauvée par son Fils bienaimé, transpercé dans sa chair livrée sans défense par où il livre son Esprit qui devient l’Esprit avec nous. Il répand aujourd’hui dans nos cœurs l’Amour même de Dieu, l’Amour même qu’est Dieu ! Et c’est aujourd’hui que nous entrevoyons tout cet itinéraire de l’homme vers Dieu comme le chemin parcouru par Jésus en qui Dieu vient vers nous et en qui nous allons vers Lui. Demeurons en ce départ !

Car Dieu se révèle et se donne dans l’insaisissable. Voilà pourquoi Il ne cesse de disparaitre à nos yeux comme à Emmaüs. Dès le début, le 7ème jour, Dieu se retire ! Il appelle Abraham à quitter son pays vers l’ailleurs de la rencontre comme Moïse qui voit de loin la terre de la promesse. Jésus lui-même après l’immense joie de Noël dans la nuit et l’éclat de Bethléem se retire dans l’anonymat de Nazareth où il vivra le plus clair de son temps. Après avoir guéri le paralysé ou l’aveugle né, il disparait dans la foule. Et sa mission se réalise ultimement par sa disparition et sa mise au tombeau. Dieu se révèle autant par sa présence perçue que par son absence où nous le cherchons ! Il se donne autant par le plein accompli de sa venue que par le vide absolu de son départ ! Dieu Trinité est l’au-delà et l’en dedans absolu de nos vies. Il nous habite au plus intime en nous entrainant au plus haut !

Ainsi nous sommes à chaque pas devant un choix (deutéronome 30) soit nous choisissons le bonheur et la vie, soit le malheur et la mort. Si Dieu ne se retire pas, alors il devient l’empereur, le gendarme du monde pour nous obliger à vivre par devoir, sous contrôle. Bref à subir la vie sous le regard d’un dieu à notre image, un chef qui contraint par sa force supérieure ou son intelligence imparable ou encore par la masse de son savoir car le savoir emprisonne la liberté de l’intelligence ! Et, nous le savons bien : qui subit la vie en vient à la faire subir aux autres ! Et nous voilà embringués dans une cascade de démissions de vie et de soumission subies ou à faire subir aux autres selon notre ascension sociale !

Mais si Dieu est Dieu, ses sentiers ne sont pas nos sentiers et Il vit sa souveraine liberté d’aimer sans cesse dans le respect le plus absolu de la liberté de l’autre ! Ainsi le Père aime le Fils dans le lien de l’amour qu’est l’Esprit ! Il n’y a pas plus grand respect que l’immensité de l’amour trinitaire ! Dieu n’a besoin de rien ni de personne pour être adoré, adulé. L’immensité ne peut être qu’immense et l’amour amour sans limite.

Dieu ne cesse de se retirer pour nous donner de grandir vers lui ! Voilà le vrai message de l’ascension : Il est avec nous jusqu’à la fin du monde en montant aux cieux, en nous livrant l’espace infini où nous nous levons enfin pour le rechercher là où Il est ! L’espace de la rencontre où Il nous entraine plus loin que nous-mêmes dans la charité fraternelle où s’invite l’Esprit. Dieu nous désire pour que nous puissions le désirer hors de l’enfermement sur soi !

Le Cantique des Cantiques indique la poésie de la rencontre, à la fois promise, assurée, véritable, inouïe et évidente, inespérée comme allant de soi, insaisissable et incontournable. Lui et Elle ne cesse de se chercher sans se trouver. La rencontre est cette danse sans fin à la recherche de l’autre désiré plus haut que tout désir ! Présence dans Sa parole où Il nous libère vers Lui sans nous enfermer dans in sens unique !

Présence dans les sacrements qui nous incorporent au Corps du Christ en nous invitant dès aujourd’hui à ressusciter notre chair dans le lien de l’Esprit !

Présence dans l’Eglise si elle invite l’humanité entière dans la liberté de la foi et la joie de l’espérance ! Si l’Eglise se vide de tout pouvoir et de toute gloire humaine pour servir l’humanité sans exclusive afin de l’ouvrir à la présence du Ressuscité qui échappe à toute obligation et à tout enfermement pour se donner librement hors de toute planification ! Présence enfin dans le pauvre qui ne peut vivre que du partage équitable de la vie entre tous les enfants de Dieu ! La charité reçue de Dieu et partagée entre nous tous qui devenons les frères du Christ est le lieu par excellence de la présence du Dieu amour qui remet le monde entre nos mains ! Et là surgit l’Esprit de Dieu, présence invisible : l’ascension est la force de la résurrection en Avent d’Esprit ! Frère Gilles Danroc op




1887 affichages
 

 Le Christ ascensionnel !



Untitled Document