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Accueil >> Ordinaire >> Semaine 24 >>   la vraie joie fruit d’un combat !

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la vraie joie fruit d’un combat !

13 Septembre 2009 - Montpellier

 

En ligne depuis le mardi 15 septembre 2009.
 
 

Est-ce un événement joyeux ou redoutable que nous venons d’entendre ? Radieux ou consternant ? Saint Pierre passe de la profession de foi joyeuse, presque exaltée, « Jésus est le Christ ! », le Messie attendu, à la défaillance manifeste. C’est pourtant lui le futur chef de l’Église, l’ami du Christ, choisi explicitement par celui-ci - « Pierre tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirais mon Église » (Mt 16, 18), lui a dit le Seigneur (dans la version mathéenne).

Quelle est donc l’attitude intérieure de celui qui était cet obscur « Simon Bar Jonas » (Mt 16, 17) avant que Jésus en fasse son Vicaire sur la terre ? Pierre « tirant Jésus à lui, se mit à le morigéner » (Mc 8, 32). Le mot morigéner dans la version littérale de la Bible de Jérusalem n’est plus guère utilisé : on devine sous ce verbe un être mal disposé, grognon, mécontent, qui fait des reproches. On dirait plutôt reprendre, rabrouer, tancer, réprimander, voire quereller, gronder, blâmer, sermonner, admonester, corriger, fustiger. Le français est riche et plein de nuances sur ce domaine de l’irascible, avec une savante gradation : titiller, agacer, énerver. Nous sommes d’ailleurs un peuple réputé assez doué en la matière alors que le verbe aimer ne se décline qu’avec un seul mot dans la pauvre langue de Voltaire.

À dire vrai le verbe de notre passage en grec peut signifier : menacer, comme Jésus qui menace les démons après les avoir expulsés (cf. Lc 4, 41). Il s’agit donc d’une véritable « engueulade » comme il serait loisible de le dire de nos jours de manière populaire : une altercation avec avertissement et menace ! Où donc est la charité dans cette affaire qui aurait fait la une des journaux s’il y avait eu des journalistes présents, et un enjeu politique ? Mais quel enjeu surnaturel, en vérité ! : l’avenir de la vie publique du Christ, celui de l’Église... De quoi se mêle donc saint Pierre ? Il va vite en faire l’expérience lui qui s’oppose à la volonté du Christ ! « Passe derrière moi Satan, car tes pensées ne sont pas les pensées de Dieu, mais celles des hommes » (Mc 8, 33).

Avant cette réponse cinglante du Christ, quelle a pu être l’attitude intérieure de saint Pierre ? Face à l’angoisse psychologique montante devant l’annonce décidée de Jésus vers sa Passion, Pierre ne soutient plus un regard de foi. Il perd prise. Il ne lui reste plus que le choix psychologique entre rupture ou sauve-qui-peut. Pierre a choisi visiblement la solution du sauve-qui-peut : ne pas perdre l’ami précieux en le faisant revenir sur sa décision, en exerçant une pression verbale sur lui qui exclut toute autre hypothèse. Il aurait dit au moins, j’espère que cela ne va pas arriver ainsi, il aurait donné le sentiment de vouloir laisser Jésus libre de choisir, mais il lui déclare : « Non, cela ne t’arrivera pas ! » (Mt 16, 22). Comment imagine-t-il réussir à détourner Jésus ? Nous ne le savons pas, mais nous pouvons l’imaginer quelque peu.

Ses principes pour agir relèvent probablement d’une politique inconsciente de groupe. Il est déjà pressenti comme futur chef de la communauté des Apôtres, il pense que ça marche en étant « consensuel » avec les gens qui l’entourent, ceux de son pays, plutôt les Juifs d’ailleurs que les Romains à qui il ne paye pas l’impôt. Il faut donc faire éviter à Jésus son projet quasi suicidaire, l’échéance de la mort brutale, en lui faisant mettre un peu d’eau dans son vin dans ses propos par rapport aux chefs des prêtres juifs, en somme lui éviter les ennuis, ne pas affronter les problèmes directement. Depuis les accords de Munich avant la dernière guerre, la France connaît bien ce type de discours, la politique de l’autruche, la fuite dans autre chose que le réel, vers l’idéologique ou le sentimental. La réponse de Jésus est plus que cassante, en remettant Pierre à sa place : elle tranche entre Dieu et Satan, entre le Bien et le mal, entre la vérité et le mensonge. Il n’y a pas la plus petite faille, la moindre fissure, entre les deux ; pas même la possibilité de glisser la plus petite feuille de papier à cigarette qui laisserait passer quelque chose dans un jeu imaginaire. De fait, Jésus ne ménage pas la chèvre et le chou. Il va dans le sens de ce qu’il a décidé par la lumière du Père dans l’Esprit. Il durcira son visage pour monter à Jérusalem, notera saint Luc par ailleurs (cf. Lc 19, 28), sur le modèle de la prophétie d’Isaïe (cf. Is 50, 7).

Est-ce à dire que Jésus fait faux bond à la fraternité humaine qui se propose spontanément à lui ? S’évade-t-il, tel un psycho-rigide, de la vérité humaine qui germe de la terre ? Manque-t-il à la joie, à la bonne humeur avec ses disciples ? L’Évangile montre que toute fraternité n’est pas bonne quand elle se fait sur le dos de la vérité, de la justice, de la liberté, de l’amour. « En ce même jour » [le jour de la Passion de notre Seigneur], notera saint Luc, « Hérode et Pilate devinrent amis d’ennemis qu’ils étaient » (Lc 23, 12). Il y a des fraternités qui se réalisent sur le dos de quelqu’un, de Jésus en l’occurrence. Il existe des conspirations amicales sur le dos de l’Église. Jésus dénonce le rôle de Satan qui inspire à Pierre les méandres de l’analyse humaine, de la simple psychologie. Il n’admet à ses côtés que ceux qui exercent un regard de foi.

La fragilité de Pierre s’est ainsi manifestée : quelques instants avant, sous le souffle de l’Esprit accepté et reçu, la joie de la foi dominait ; quelques instants après sous l’inspiration malfaisante, c’est l’esprit du monde qui reprend le dessus. Quel revirement rapide ! Et nous ? Jésus, dans cet épisode, même s’il menace lui aussi Pierre - c’est le même mot, notons-le attribué à Pierre vis-à-vis de Jésus et celui de Jésus contre Pierre, il ouvre la porte vers un dépassement du conflit par la vérité, la justice, l’amour de sorte qu’il soit possible de retrouver la joie. « Que chacun dise la vérité à son prochain » (Ep 4, 25 ; Za 8, 16) conseille à la fois le grand prophète Zacharie et l’auteur paulinien de la lettre aux chrétiens d’Éphèse. Jésus en tête ouvre le chemin étroit [de la vérité] pour élargir la pleine liberté de tous (cf. Saint Bernard, homélie de carême).

La joie serait-elle alors le parent pauvre de cet épisode ? Remarquons que Jésus avait commencé lui-même à menacer (même verbe répété trois fois en 4 versets !) ses disciples de ne rien dire quand Pierre avait déclaré que Jésus est bien le Christ : « Su ei o Christos » ! Jésus a comme provoqué la montée de l’altercation : il n’est pas venu apporter la paix, mais le glaive (cf. Mt 10, 34), celui de la Parole de Dieu (cf. He 4, 12 ; Ap 1, 16 ; Ap 2, 12 ; Ap 19, 15), celui de la Parole de Vérité tout entière. Et la joie me direz-vous dans tout ça ?

La charité « met sa joie dans la vérité » (1Co 13, 6) enseigne saint Paul. En définitive, la joie que Jésus fournit n’est pas comme celle que le monde donne : elle ne passe pas, elle est complète, c’est celle même de Jésus. « Vous aussi, maintenant vous voilà tristes ; mais je vous verrai de nouveau et votre coeur sera dans la joie, et votre joie, nul ne vous l’enlèvera » (Jn 16, 22) s’exclame Jésus avant sa Passion. « Jusqu’à présent vous n’avez rien demandé en mon nom ; demandez et vous recevrez, pour que votre joie soit complète » (Jn 16, 24). Cette joie complète se révèle être sur le modèle de celle de Jésus : « Maintenant je viens vers toi [Père] et je parle ainsi dans le monde, afin qu’ils aient en eux-mêmes ma joie complète » (Jn 17, 13). Bien avant « la prière sacerdotale » (Cyrille d’Alexandrie) ici évoquée, Jésus avait annoncé son projet, l’intention donc de sa Passion : « Je vous dis cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit complète » (Jn 15, 11). Notons au passage que Jean le Baptiste est grand car il a connu cette joie complète (achevée) dès le début du ministère public de Jésus : « Qui a l’épouse est l’époux ; mais l’ami de l’époux qui se tient là et qui l’entend, est ravi de joie à la voix de l’époux. Telle est ma joie, et elle est complète » (Jn 3, 29). Ce que Jésus dit de la paix, il faut l’appliquer à la joie : « Je vous laisse la paix ; c’est ma paix que je vous donne ; je ne vous la donne pas comme le monde la donne » (Jn 14, 27). En transposant, cela donne : « Je vous laisse la joie ; c’est ma joie que je vous donne ; je ne vous la donne pas comme le monde la donne » (aphorisme du 21e siècle) : joie christique, invariable, complète, achevée. Cette joie surnaturelle vient d’en haut, elle est au terme de notre itinéraire et au début de celui de la Bse Vierge Marie : « mon esprit tressaille de joie en Dieu mon Sauveur » (Lc 1, 47). Puisse-t-elle, cette joie surnaturelle, après la semonce de Jésus, devenir à terme la nôtre !




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 la vraie joie fruit d’un combat !



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