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S. Dominique

8 aout 2007 - Prouilhe

 

En ligne depuis le mardi 15 septembre 2009.
 
 

"Qu’ils sont beaux...", oh oui qu’ils sont beaux les pieds de ceux qui, bondissent sur les montagnes, de ceux qui se redressent, de ceux qui vont, de ceux qui marchent ! Qu’ils sont beaux les pieds de ceux qui annoncent le Salut à l’humanité ! Et ici, en ce Lauragais adossé aux montagnes des Pyrénées, ces Pyrénées qu’un certain Dominique de Guzman a franchies de multiples fois pour marcher sur nos routes, pour être, par ses pieds, comme enraciné et en dynamique à la fois de l’Évangile qu’il annonce... Qu’il est beau, Dominique... dans la splendeur de sa marche, dans l’effacement de sa parole ! Et si nous avons quelques récits qui nous ont rapporté les faits, les gestes, quelques menues paroles, ô combien importantes, de Dominique lui-même, par ses frères et par les témoins de son temps, figurez-vous que cet Ordre dominicain a commencé par les pieds - et il est debout ! Il est debout, mais non pas statique. Il est debout et dynamique... Mais si les frères et les témoins de cette époque, le début du 13è siècle, et 800 ans nous rapprochent aujourd’hui de Dominique, car ses pieds continuent de marcher sur les collines, lève-toi ! Lève-toi et marche !

Et si nous connaissons donc un peu ses pieds, c’est grâce aux sœurs. C’est grâce aux sœurs que nous avons la description de son visage. Les frères, vous savez, n’ont pas l’audace de dire comme les sœurs, contemporaines de Dominique : "tu as de beaux yeux, tu sais !" Et c’est ce que sœur Cécile a dit. Il avait effectivement de beaux yeux.

Grâce à Fra Angelico, son frère, notre frère, nous savons aussi qu’il a de belles mains, des mains pacifiantes, des mains comme guérissantes, porteuses de paix, caresseuses de paix. Et ses mains qui font donc le lien entre cet Évangile ouvert et cette Parole qui va en être jaillie et maintenant bondir sur les collines, pour la joie du monde, pour le Salut de l’Humanité... Et ses beaux yeux que, grâce à nos sœurs, nous connaissons aujourd’hui ont été lavés par les larmes. Nous savons aussi, par des frères, témoins, que Dominique passait des nuits entières dans la prière et dans les larmes, répétant inlassablement, comme une danse de prières qui tournoient sur elles-mêmes et qui jaillissaient de son cœur au souffle de l’Esprit : "que vont devenir les pécheurs ?"

Oui, qu’ils sont beaux les pieds de ceux qui annoncent le Salut parce qu’il faut que le Salut soit manifesté ! Il faut que le Fils de l’Homme tombe entre les mains des méchants, qu’il soit maltraité, mis à mort et le troisième jour il ressuscitera. Voilà le leitmotiv qui scande et qui même s’accélère dans l’Évangile de Luc au fur et à mesure de la mission de Salut, mission universelle pour toutes les plaines, pour toutes les collines et toutes les montagnes du monde et non pas seulement pour les enfants, les brebis perdues d’Israël. Oui, si Dominique s’est levé et a marché sur nos terres et sur les terres d’Europe, c’est parce que l’humanité, de tous les temps et de tous les lieux, a soif d’un Salut, d’une délivrance qui nous fasse sortir, redresser, sortir du mal, du malheur, de la peur, de la violence et de la mort. Et c’est pour cela qu’ayant lavé ses yeux, en les usant dans la contemplation de la nuit, Dominique a pu s’éveiller dès l’aube pour marcher.

Mais marcher, il ne s’agit pas de marcher pour marcher, ni même peut-être - j’ose le dire - il ne s’agit pas d’un pèlerinage, ou seulement d’un pèlerinage, car voici la nouveauté qu’apporte Dominique en ce siècle à la fois ouvert et troublé qui commence vers 1206-1207, ici même, à Prouilhe : c’est que s’il marche, et s’il marche à pied, sans cheval, sans serviteur, sans escorte, sans soldat, sans mandat officiel selon le siècle - un mandat du Pape Innocent III, couvert par les légats qu’il a rencontrés à Montpellier et son évêque, cette grande figure qu’il nous faut toujours rappeler quand nous fêtons St Dominique, Diègue, évêque d’Osma en Castille - eh bien, c’est que Dominique marche à la rencontre de ses frères les hommes, d’où qu’ils soient, quels qu’ils soient et même s’ils sont hérétiques. Il va à leur rencontre. Car si nous croyons qu’il y a un seul Dieu vivant et vrai, créateur de tout et de moi, de vous et de moi, de tout ce qui est sous le ciel de son Amour, si nous croyons cela, si nous disons en Christ, que tu es notre Père, toi notre Dieu Créateur, alors tous les hommes sont égaux. Tous les hommes sont des hommes. Alors tous les Hommes, dit Jésus dans son Évangile, tous les Hommes, répète Dominique à chaque pas de sa marche, tous les Hommes sont nos frères, quels qu’ils soient et surtout celui que les cultures humaines, que les sociétés humaines décrètent comme l’étranger, celui qu’il faut vite, au plus vite repousser dans toutes les frontières que les sociétés, les groupes humains ne cessent de tracer et qu’il nous faut franchir avec la force de l’Esprit.

Alors oui, Dominique est venu et il a marché et il a marché au nom du Christ, poussé justement par cet Esprit qui nous fait franchir les frontières, qui nous fait respecter l’autre comme notre frère. Le respect, frères et sœurs, le respect est le premier pas de l’Amour car le respect nous fait voir ce qui nous distingue de l’autre ou ce que l’autre à de différent de nous mais pose, presque de façon sacrée : "tu ne tueras pas", la parole de vie et de lumière donnée à Moïse sur la montagne du Sinaï. Tu ne tueras pas, tu respecteras tout homme comme ton frère. Et dans ce respect, dans cette distance de la différence, parcourue avec Amour à la rencontre, alors peut jaillir une parole nouvelle, une parole libératrice, une parole de Salut, alors et alors seulement...

Et si nous sommes les Frères Prêcheurs, aujourd’hui, c’est qu’il nous faut d’abord et avant tout dresser l’oreille, ouvrir l’oreille dans le silence de la contemplation, dans le silence de cette vie intérieure sans laquelle aucune action, même charitable, n’est vraiment possible au nom du Christ, s’il n’y a pas auparavant l’accueil de la Parole de Dieu. Et peut-être qu’aujourd’hui, dans le bruit et la fureur incessante de notre monde où les mots n’ont plus d’importance, peut-être que c’est un des défis majeurs qui est posé pour nous, devant nous, aujourd’hui, en cette fête de Dominique. Comment faire place en nos vies, silence en nos vies, silence de tout ce qui est inutile pour que la Parole de Dieu puisse, tout doucement, non pas comme un coup de tonnerre qui va vous convertir, un coup de tonnerre magique, mais comme une brise légère, un murmure qui va peu à peu rouler dans votre cœur, dans votre vie, qui va peu à peu vous habiter ?

Écouter la Parole ! Mais pas seulement la Parole et là nous sommes il y a donc 800 ans, ici à Prouilhe et à Fanjeaux et en Lauragais, à Montréal, ici et là. Écouter ce que l’autre, fusse-t-il un hérétique à condamner et à abattre, écoutez ce que l’Évangile, envers et malgré tout, en dépit parfois de soi-même, ce que l’Évangile a dit dans mon frère, dans ma sœur ... Et voilà le véritable génie de Dominique, un génie qui finalement reste - et peut-être doit-il rester - méconnu tant Dominique s’est effacé devant la Parole qu’il a annoncé, devant les rencontres qu’il a faites tout au long de sa vie et de ses voyages et de ses marches. Écouter la Parole de Dieu... Écouter les mots de la vie que dit mon frère quand je le rencontre dans le respect, pour que, enfin, naisse la Sainte Prédication...

La Sainte Prédication, on peut dire qu’elle est née ici, il y a 800 ans. Oh ! Ce n’était pas le premier prêcheur de l’Église, depuis le Christ Jésus marchant sur les chemins de Galilée montant à Jérusalem, depuis les apôtres qui avaient pour mission d’aller porter cette Bonne Nouvelle jusqu’aux extrémités du monde, et j’allais dire jusqu’aux extrémités de l’homme... Ce n’est pas le premier, et pourtant il apporte ici une nouveauté dont il a pris pour une part chez l’hérétique rencontré, j’allais dire même - pardonnez-moi mes sœurs - "mais pire", chez les femmes hérétiques bien formées, plus ou moins bien formées, quelque part sur la colline de Fanjeaux : neuf ! Et là, il a eu le geste étonnant de dire : "si vous vous engagez au nom du Christ que vous redécouvrez dans ces rencontres, dans cette parole échangée, si vous vous engagez à incarner l’Évangile dans votre vie, et dans votre vie fraternelle, dans votre vie communautaire, alors vous êtes déjà la prédication du Seigneur !" Car hélas l’Église - pardonnez-moi, Monseigneur ! - mais l’Église de tous les temps et de tous les lieux, et les dominicains nous sommes à fond dans cette tentation...

La prédication évangélique n’est pas un message intellectuel si construit soit-il, si bien fabriqué soit-il dans les bibliothèques, sur un coin de table. La prédication, c’est la vie ! C’est la vie de l’Évangile qui s’incarne dans nos vies. C’est la Parole de Dieu qui vient prendre nos mains et nos pieds, notre regard, notre bouche, tout notre corps pour annoncer les merveilles du Salut. Voilà pourquoi à partir de Prouilhe, la Sainte Prédication est une prédication nouvelle. Cette prédication nouvelle est en paroles et en actes, en actes et en paroles, en chair et en paroles et c’est de la chair de nos communautés chrétiennes vivantes que pourra jaillir une parole de vie et de libération pour notre temps au milieu du bruit du monde. Si nous ne vivons pas l’Evangile ensemble, en communauté chrétienne, quelle qu’elle soit : deux ou trois réunis au nom du Christ quelque part dans la campagne, un hameau où il n’y a plus la messe que tous les deux mois, dans un quartier, une banlieue...Faites des communautés au nom du Christ qui vivent la charité du Christ.

Voilà pourquoi nous venons de l’entendre : "partez deux par deux" ! Aujourd’hui on envoie des spécialistes. Et un spécialiste c’est quoi ? C’est quelqu’un de seul et il est seul et il tire gloire de sa solitude pour être LE spécialiste sur la question. Non, Jésus nous envoie deux par deux, car, comme le dit le grand-père de l’Ordre, St Augustin : "deux c’est le minimum pour vivre la charité !" Donc, aujourd’hui, au nom du Christ ressuscité qui envoie ses apôtres jusqu’aux limites du monde, jusqu’à votre quartier, jusqu’à votre hameau, votre village, votre bourg, votre lieu de travail, où que cela soit, et même peut-être si vous êtes en vacances profitez-en ici à Prouilhe : que des communautés chrétiennes jaillissent la Parole de vie ! Alors nous comprendrons le message de Dominique : "Va et prêche ! Lève-toi ! Va vers tes frères ! Regarde déjà les frères qui sont autour de toi, les frères et les sœurs !" Et de cette fraternité réelle, au ras de la vie, les deuils, les peines, les souffrances, qui malgré notre temps, notre temps de surabondance de biens, ne cessent de lézarder notre humanité... eh bien, à partir de ce partage de vie, vous pourrez devenir des prêcheurs de bonnes nouvelles ! Que chacun de nous l’entende : "Va et prêche, fais des communautés, prêche pour que la Parole réunisse en communauté !" Alors la vie jaillira...




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