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Jeanne et Dominique

1er Novembre 2009

 

En ligne depuis le jeudi 12 novembre 2009.
 
 

Discrète, Jeanne l’a toujours été. Elle est entrée dans cette église. Une église bretonne, en granit, sombre et humide. Il n’y a personne. Seule la flamme de la lampe de présence vacille dans le noir. Et elle avance, dans le silence.

De part et d’autre de la nef, il y a des statues de saints. Elle les devine dans la pénombre. Ici, il y a sainte Anne qui apprend à lire à la Vierge Marie, là saint Michel qui terrasse le diable... Et dans une chapelle latérale, il y a une statue qui attire son attention. Alors elle s’approche, ses yeux désormais habitués au manque de lumière. Cette statue représente un homme vêtu d’un habit blanc, avec une chape noire. Dans ses mains il tient un lys et, à ses pieds, un chien bien sage pose, une torche enflammée dans la gueule. C’est saint Dominique !

Et Jeanne reste là, à le regarder. Elle allume un cierge et la flamme danse dans la nuit, crée un espace intime, propice aux échanges. Et notre Jeanne se surprend à parler à Dominique.


« Frère Dominique, toi le Prêcheur aux paroles de feu, ces Béatitudes que le Seigneur donne à la foule sur la montagne, tu les as vécues en plénitude.

Heureux les pauvres de cœur... tu as tant demandé à tes frères de choisir la pauvreté volontaire !
Heureux les doux... la douceur était une de tes grandes qualités !
Heureux ceux qui pleurent... tu passais tes nuits en prière, pleurant et criant vers le Seigneur : "Que vont devenir les pécheurs ?"
Heureux ceux qui ont faim et soif de justice... cette justice, n’était-ce pas ce que tu demandais pour tous les hommes ?
Heureux les miséricordieux... c’est ainsi que tu appelais le bon Dieu, "ma Miséricorde !"
Heureux les cœurs purs... tes frères ne chantent-ils pas ta pureté dans leurs antiennes de complies ?
Heureux les artisans de paix... comme ton cœur fut déchiré lorsque tu vis le Languedoc à feu et à sang !
Heureux les persécutés pour la justice... n’as-tu pas été persécuté alors que ton zèle pour la vérité te dévorait ?
Heureux si l’on vous insulte (...) à cause de moi... tu as été calomnié. De ton vivant et même après ta mort. »

Tandis qu’elle lui parlait, alors que la flamme du cierge dansait dans la pénombre, les traits de la statue semblaient s’animer... Mais Jeanne poursuivait :

« Oui, frère Dominique, si tu resplendis parmi tous les saints du ciel, c’est que tu as suivi ce chemin des Béatitudes. Tu l’as suivi et tu nous y entraînes... Comme il serait bon que je puisse le prendre, ce chemin ! »

Et à sa grande surprise, c’est la statue elle-même qui s’anima et se mit à lui répondre.

« Mais Jeanne, ce chemin des Béatitudes, toi aussi tu l’as pris.
Heureux les pauvres de cœur... n’as-tu pas demandé à tes sœurs de mendier pour servir ?
Heureux les doux... n’est-ce pas ce que tu as vécu avec les personnes âgées dont tu t’es occupée ?
Heureux ceux qui pleurent... la misère de tes contemporains ne t’a-t-elle jamais arraché de larmes ?
Heureux ceux qui ont faim et soif de justice... si tu n’avais pas eu cette faim et cette soif-là, aurais-tu osé te lancer dans une fondation aussi incroyable et belle ?
Heureux les miséricordieux... tu es sans nul doute un outil de la miséricorde divine !
Heureux les cœurs purs... transparente, tu l’es, Jeanne !
Heureux les artisans de paix... comment la paix pourrait-elle exister quand les pauvres sont bafoués et abandonnés ?
Heureux les persécutés pour la justice... tu as connu la persécution et l’as supportée, en silence.
Heureux si l’on vous insulte, si l’on vous persécute (...) à cause de moi... c’est ta vie, cachée, qui est si lumineuse. Tant d’années d’effacement... Jeanne, toi aussi, tu as suivi le chemin des Béatitudes. »

La flamme du cierge vacillait toujours, mais Dominique n’était pas resté sur son socle. Il était debout, à côté de Jeanne. Il lui dit alors :

« Ce chemin, Jeanne, il mène à notre Maître, la splendeur des saints. Viens avec moi pour le rejoindre ! »

Une porte s’était ouverte au cœur de l’église, inondant tout le bâtiment de la lumière qui en provenait. Dominique en franchit le seuil. Jeanne le suivit. Et la porte se referma. Jeanne était, elle aussi, entrée dans la joie de son Maître.

C’était le 11 octobre dernier, Jeanne Jugan, la fondatrice des Petites Sœurs de Pauvres, a été canonisée par le pape Benoît XVI en la Basilique Saint-Pierre de Rome.


Mes chers amis, paroissiens de Notre-Dame du Rosaire, nous voici dans notre grande église... et aucune statue ne viendra nous parler. C’est normal, il n’y en a qu’une, bien discrète. C’est sans doute un signe pour nous faire comprendre que Jeanne, que Dominique, c’est moi, c’est vous, c’est chacun d’entre nous.

Alors, qu’attendons-nous pour le prendre, ce chemin des Béatitudes ? Qu’attendons-nous pour être des saints, en vérité ? Il n’y a pas de temps à perdre ! Nous pouvons mourir... si vite !

Ce n’est pas possible ? C’est trop dur pour nous ? Qu’importe ! Rien n’est impossible, avec la grâce de Dieu ! Et si nous suivions un conseil de sainte Jeanne Jugan ?

« Aimez bien le bon Dieu ! Il est si bon, le bon Dieu ! Tout pour Lui, faites tout par amour.
Ne refusez rien au bon Dieu, habituez-vous à tout faire pour lui. Dans vos ennuis, il faut toujours dire, Dieu soit béni, merci mon Dieu, ou gloire à Dieu !
Quand vous serez vieux, vous ne verrez plus rien, moi, je ne vois plus que le bon Dieu ! »

Frères et sœurs, voir le bon Dieu : c’est ça, la béatitude !
Amen.




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