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Jésus vient d’en haut ! Noël (2009)

Montpellier 2009

 

En ligne depuis le jeudi 31 décembre 2009.
 
 

« Ah si tu déchirais les cieux et si tu descendais ! » s’exclame le prophète Isaïe (Is 63, 19) et voilà c’est fait depuis la douce nuit de Noël. L’Esprit d’en haut a été répandu (cf. Is 32, 15). L’enfant est là, le nourrisson de la mangeoire, entre le bœuf et l’âne (cf. Is 1, 3), mais ce n’est pas un simple enfant c’est l’Homme-Dieu qui débute sa vie terrestre ! Ce n’est plus sous l’aspect de l’Adonaï « qui rugit d’en haut » selon l’expression du prophète Jérémie (Jr 25, 30) mais c’est un tout petit qui piaille dans sa crèche ! Il n’en demeure pas moins « l’Astre d’en haut » (Lc 1, 77), la « Lumière véritable » (Jn 1, 9) qui vient nous visiter. Ô Sagesse, Ô Adonaï, Ô Rejeton de Jessé, Ô Clé de David, Ô Orient, Ô Roi, Ô Emmanuel, Dieu avec nous, avons-nous chanté aux vêpres de ces derniers jours. Avant même la Pentecôte, dès l’Annonciation, Marie « la Mère de l’Enfant » a été revêtue de l’Esprit-Saint, de « la force d’en haut » (Lc 24, 49).

Le mouvement de l’incarnation s’avère de haut en bas comme une vérité qui descend des chefs justes vis-à-vis des subalternes, mieux des parents pieux vers leurs enfants, des bons maîtres pour des élèves. Et pas l’inverse, recherche souvent illusoire, presque toujours idéologique, immanquablement trompeuse. Pas de réversibilité possible dans la geste divine ! Ce mouvement est attesté dans toutes les Écritures : « Tout don excellent toute donation parfaite vient d’en haut et descend du Père des lumières chez qui n’existe aucun changement ni l’ombre d’une variation » (Jc 1, 17). Encore qu’on aie pu récemment oser appelé Jésus, de par son humanité, « le très bas » (cf. Christian Bobin, Le Très Bas, « L’un et l’autre », Paris, Gallimard, 1992), Dieu est appelé dans toute l’Écriture le Très-Haut, « El Elyon » (cf. Gn 14, 18 ; Nb 24, 16 ; Dt 32, 8... ; 1S 2, 10 ; 2S 22, 14 ; Judith 13, 18 ; Est 8, 12 ; Ps 7, 18 ; Ps 9, 3 ; Ps 13, 6 ; ... ; Lm 3, 35 ; Dn ; Mc 5, 7 ; Lc 1, 76 ; Lc 6, 35 ; Ac 7, 48 ; Ac 16, 17 ; He 7, 1). Ce clivage ne prive pas Dieu de se rendre proche, très bas avec nous, mais à partir de Lui, le Très-Haut.

Salomon, dit l’Écriture, « pria et le feu venu d’en haut brûla les holocaustes » (2Mac 2, 10) tout comme Élie au Mont Carmel (cf. 1Rois 18, 38). Le Psalmiste constate avec soulagement que : le Seigneur « au vent du souffle de ses narines » « envoie d’en haut » et prend le croyant, il le « retire des grandes eaux » (Ps 18, 17). Et ce dernier s’écrie : « D’en haut, tends les mains, sauve-moi, tire-moi » (Ps 144, 7). La Sagesse, quant à elle, constate : « Et ta volonté, qui l’a connue sans que tu aies donné la Sagesse et envoyé d’en haut ton Esprit saint » (Sg 9, 17). L’en bas n’a pas d’avenir s’il est privé de son origine, d’en haut. En tout cela, Jésus avait averti Nicodème que la naissance ne s’opposait pas à la provenance d’en haut : « En vérité, en vérité, je te le dis, à moins de naître d’en haut, nul ne peut voir le Royaume de Dieu” » (Jn 3, 3). Cette origine n’est pas un handicap pour la vérité mais au contraire l’assure tout comme son efficacité. « Vous, vous êtes d’en bas ; moi, je suis d’en haut » (Jn 8, 23). « Celui qui vient d’en haut est au-dessus de tous ; celui qui est de la terre est terrestre et parle en terrestre. Celui qui vient du ciel témoigne de ce qu’il a vu et entendu » (Jn 3, 31-32). Ce témoignage, c’est la vérité que Jésus a « dite » (cf. Jn 8, 45-46 ; Jn 16, 7 ; Jn 18, 37), entendue d’auprès du Père.

Pour symbolique ou métaphorique qu’il soit, le mouvement qui descend d’en haut - « des cieux se penchera la Justice » (Ps 85, 12) - jusqu’à nous, garantit la qualité de ce qui est proposé et ne s’oppose pas à Jésus naissant en ce jour à Bethléem, né comme un germe nouveau, une semence inédite. L’en haut est sans opposition avec le fait prophétisé que « la Vérité germera de la terre » (Ps 85, 12). Saint Augustin ne dit-il pas à ce propos que « la Vérité a germé de la terre parce que le Verbe s’est fait chair » (Sermo, n°185).

Le Verbe, le Logos auprès du Père (cf. Jn 1, 1), « s’est fait chair » (Jn 1, 14), avons-nous entendu dans le Prologue de l’Évangile de St Jean. Comme au commencement de la Genèse, il y a véritablement un fait nouveau admirable, une merveille qui vient d’en haut. Effectivement, il est dit pour la Création du genre humain qu’ « il a été, l’homme, vers (l) une âme vivante » (Gn 2, 7). Mais, à l’instar de tout « devenir » erronément appliqué à Dieu, l’expression « s’est fait chair » pourrait être mal comprise, Dieu ne change pas, avons-nous appris avec St Jacques précédemment. Dieu ne devient pas une chair mais Dieu va vers (l) l’homme et l’assume en lui. En d’autres termes « Dieu tout entier a assumé l’homme tout entier » selon les termes vénérables du Pape Denys, à l’aube de l’Église naissante (IVe siècle). Dieu ne se transforme pas, mais transforme en lui l’homme, l’être de chair que nous sommes. « Dieu s’est fait homme pour que l’homme se fasse Dieu » dira plus tard St Athanase (De Incarnatione, 54, 3 ; PG 25, 192B) sur le modle de St IrŽnŽe (cf. CEC, n¡53 ; AH, 3, 9, 1).

C’est le « merveilleux échange », parfois mal compris, que nous célébrons en cette solennité. À chaque Noël retentit l’avertissement de notre bienheureuse élévation. C’est, en d’autres termes, le message festif de notre douce béatification, l’annonce joyeuse de notre déification, la notification expresse de notre glorification avenir « dans la Jérusalem d’en haut qui est libre » (Ga 4, 26) attendu le fait que nous désirons nous-mêmes être libres du péché (cf. Jn 8, 32) et de la mort, fruit du péché (cf. Rm 6, 23).

Permettez-moi une confidence en ce jour. Le chef de la communauté juive de Montpellier, le Gaon comme on dit dans les pays de l’Est, m’a demandé récemment : « Toutes les fêtes juives ont leur équivalent dans l’Église, pourquoi pas Soukkot, la fête des Tentes ? » Je lui ai rappelé alors notre verset (cf. Jn 1, 14) en ajoutant la suite « il a habité (eskènosen) parmi nous », c’est-à-dire il a dressé sa « tente (skènè) », sa soukka en hébreu, parmi nous de par son incarnation. La fête de Soukkot, relatant l’épisode où Dieu habitait proche de tous, sous la « Tente de la Rencontre », au désert parcouru par les Juifs lors de l’Exode, devient le chaque jour (feriale) pour les chrétiens depuis que le Seigneur a proclamé : « je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28, 30). Noël n’est pas qu’un souvenir historique, c’est un aujourd’hui (hodie) de chaque jour. La proximité vis-à-vis de tous relève d’un soin constant des chrétiens : aujourd’hui encore « l’Église devrait aussi ouvrir une sorte de “ cour des Gentils ” où les hommes puissent en quelque s’accrocher à Dieu » (Benoît XVI, Discours à la Curie, 21 décembre 2009).

Frères et sœurs, en aidant nos frères abandonnons donc nous-mêmes les œuvres de la chair et recherchons davantage en ces jours « les choses d’en haut, là où se trouve le Christ, assis à la droite de Dieu » (Col 3, 1) ! Soyons sobres et croyons davantage aujourd’hui que la Lumière divine vient systématiquement d’en haut même si elle peut extérieurement germer d’en bas. C’est l’origine d’en haut qui compte. En ce matin de Noël, « il faut oser dire, avec un des premiers écrivains ecclésiastiques, que de toutes les Écritures les Évangiles sont les prémices et que parmi les Évangiles, les prémices sont celui de Jean, dont nul ne peut saisir le sens s’il ne s’est renversé sur la poitrine de Jésus et n’a reçu Marie pour Mère » (Origène, Commentaire évangile selon St Jean, 1, 6 ; PG 14, 31). Recevons Marie, la Mère, et l’enfant, et ajoutons, sans excès aucun, que les prémices de l’Évangile de Jean sont le Prologue (Jn 1) proclamé au jour de Noël, et les prémices du Prologue sont l’axiome ou « le principe du Beau » (Paul VI) : « le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous » (Jn 1, 14).

Fr Edouard Divry o. p.




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 Jésus vient d’en haut ! Noël (2009)



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