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« La Sagesse, je l’ai aimée » - Fête de S Thomas d’Aquin

27 février 2010 - Montpellier

 

En ligne depuis le mercredi 3 février 2010.
 
 

Je l’ai cherchée sans cesse. J’ai tout misé sur cette perle hors de prix, totalement hors de mes moyens au point que toute ma vie dépensée je n’ai pu l’acquérir totalement. Et voilà que, alors que je n’avais plus rien, elle m’a tout donné, elle s’est donnée. Voilà quelques phrases qui permettent de résumer tout ce qu’a été la vie de Saint Thomas d’Aquin. Non pas la connaissance, non pas la science, non pas le savoir, non pas l’intelligence mais la Sagesse.

Voilà ce que nous poursuivons : la Sagesse. Un Sagesse qui nous vient de Dieu et qui rejoint et accompli la quête de sagesse de l’homme. La connaissance, c’est bien. La science, c’est toujours bien. Le savoir, c’est bien. Le savoir-faire tout autant. L’intelligence, personne n’est contre. Mais la sagesse c’est beaucoup mieux. N’avez-vous jamais rencontré quelque personne érudite, capable de vous ressortir à la pelle des masses de connaissances précises et exactes engrangées dans une mémoire encyclopédique ? Est-ce là la sagesse ? Wikipédia en contiendrait plus encore. N’avez-vous jamais croisé la route d’esprits surpuissants, et il y en a peut être parmi nous, capables de déterminer la racine quatrième de 18 en un clin d’oeil ?

Est-ce là la sagesse ? Un bon processeur quadcore dernière génération pourrait faire mieux encore. N’avez-vous jamais été face à une personne capable d’une abstraction époustouflante se projetant aisément dans des représentations théoriques de très haut vol que vous-même avez peine à comprendre ? Est-ce là la sagesse ? Et puis il y a ce « gros bon sens », comme on dit au Québec. Ce sens des choses et des gens qui permet à ceux qui l’ont de discerner et de comprendre les situations et ce qui est à faire dans tel cas. N’est-ce pas là aussi la sagesse ? Et l’artiste et encore l’artisan ? Ne sont-ils pas également des sages. N’ont-ils pas quelque chose d’important à verser au patrimoine mondial de la sagesse humaine.

Et pourquoi le chrétien ne le serait-il pas aussi un sage ? Et d’autant plus qu’il possède l’intelligence, la connaissance et la compétence, que nous venons d’évoquer. Car si la connaissance peut rassasier l’esprit, elle laisse souvent assez vide celui qui n’est rempli que d’elle. Elle manque à rassasier véritablement et substantiellement le cœur de l’homme. En fait, l’homme sage est tout autant un savant qu’il est un amant. Connaisseur et amateur tout à la fois. Chercheur amoureux de Dieu et du monde.

Toutes recherches, toutes activités de l’intelligence nous entrainent sur le chemin de Dieu, si c’est vraiment la vérité que l’on cherche. Et la foi reçue dans une intelligence en éveil est une descente de la lumière divine dans les cœurs et les intelligences. C’est cela la véritable sagesse, dont Saint Thomas est un emblème et c’est en cela qu’il reste un modèle de penseur chrétien pour notre époque, une époque qui, peut être plus que jamais, à besoin d’une foi qui n’a pas divorcée de la raison humaine. Une raison qui croit sans orgueil dans ses capacités et qui reste résolument polarisée par la vérité du monde sans pour autant que cette raison répudie la foi qui est, au fond, ce que Dieu nous dit de lui-même et du monde qu’il a crée, se révélant à nous et nous révélant à nous-mêmes. La Vérité est sans contradiction quelqu’en soit la source. La connaissance est sans rupture interne. Et dans notre recherche nous devons Unir sans diviser. Distinguer sans séparer. Comme si l’organisme de la connaissance était une sorte de zone de libre échange dans lequel tout est délimité mais non cloisonné. Au sein duquel circule et communique les domaines de la connaissance, tout en respectant l’autonomie, les paradigmes et les méthodes de chaque disciplines. C’est ce que Thomas de son temps a pratiqué. Qu’est-ce que serait, au fond, un chercheur qui resterait dans son caisson étanche en refusant et rejetant au dehors les champs entiers de la connaissance humaine qui ne relève pas de lui. A fortiori, qu’est qu’un chrétien qui reste retranché et « encapsulé » en ne cherchant pas à faire communiquer sa foi et la vie de son intelligence, dans sa propre vie intérieure comme dans ses échanges avec la société humaine.

Nous vivons en une société où la foi a largement été relégué dans le domaine de l’opinion, de la croyance personnelle c’est-à-dire tout ce qu’il y a de plus relatif à la subjectivité de chacun. Il y a la connaissance sérieuse du monde, rationnelle, démontrable, « expérimentable » et puis de l’autre côté, tout ce domaine assez confus de l’âme humaine, que les sciences psychologiques ont peine à explorer totalement, et qui demande pour certains spécimens une dose de religiosité. Autant dire que cette part est vu comme irrationnelle. Voilà ce que beaucoup pense de notre foi, et, au fond, le monde est prêt à nous laisser tranquille - en tout cas pour le moment - tant qu’on ne l’embête pas trop avec ça. Ne nous méprenons pas. La plupart de ceux qui rejette la foi chrétienne comme irrationnelle, voir déraisonnable, au nom de la science et d’une certaine idée de la rationalité humaine le font souvent à partir d’a priori et de présupposés qui ne relèvent pas eux-mêmes de cette rationalité qu’ils veulent pourtant intouchable.

Parfois, nous sommes nous-mêmes marqués par cette vision. Nous pouvons vivre une sorte de schizophrénie intérieure entre notre vie de foi, et l’activité de notre intelligence. Il y a en moi le croyant, le religieux, celui qui prie. Et puis il y a l’homme, le professionnel, le chercheur, le penseur, sans que ces deux vies en moi puissent ce rejoindre. Le second étant souvent beaucoup plus formé et compétent que le second. Et pourtant, comme il est important de pouvoir établir ce pont entre tout ce que nous vivons et expérimentons, entre l’aspiration naturelle de connaitre et de comprendre, et cette lumière diffuse en nous qui nous donne de connaitre qu’il y a un Dieu, qu’il nous parle depuis toujours, qu’il se donne à connaitre et que ce qu’il nous dit, loin de faire violence à notre esprit, vient le féconder et renforce même les conclusions les plus établies de l’œuvre de notre intelligence. Paradoxalement la Foi croit souvent plus en la raison que la raison ne croit en elle-même. Elle la stimule à rechercher la vérité, mais encore faut-il croire en l’existence d’une vérité. Et nous, nous croyons en l’existence de cette vérité. Saint Thomas, à la suite de toute une tradition, la définie comme adaequatio rei et intellectu, comme une adéquation entre l’intelligence et la réalité. Il faut donc aussi croire en la réalité et ne pas se contenter de « sauver les phénomènes » ou de modéliser le monde.

Nous voulons, nous qui croyons, dans le mouvement humble et ambitieux de notre cœur intelligent, nous élever vers la vérité toute entière, en scrutant et contemplant le monde pour en chercher les raisons, dans la limite du possible, par toutes les disciplines et par tout les moyens, tout en accueillant la révélation divine, que nous scrutons et contemplons pour en chercher les raisons, dans la limite du possible, par toutes les disciplines et par tout les moyens à notre disposition. Et c’est en cela que Saint-Thomas d’Aquin est une image de sagesse. Non pas qu’il fut sage comme une image - il fut plutôt bon vivant - mais son parcours personnel et intellectuel, sa vie, et l’œuvre monumentale qu’il a laissé, reflète la quête d’un homme épris de la sagesse, et totalement consacrée à la recherche de la vérité. Et il a tout mis dans la balance pour la trouver, et on dit qu’il était plutôt lourd. Non pas une vérité petite et pâlotte, qui rend celui qui la poursuit hypertrophié du cortex mais rabougri du reste. Saint Thomas fut habité par l’ardeur sans cesse grandissante de celui qui aspire par tout ce qu’il est, et qui est prêt à tout perdre pour cela, à percer le secret de Dieu. Et le Seigneur ne demande que cela, que nous nous lancions corps et âme à la poursuite de la Vérité tout entière dont la splendeur et le sommet atteignable nous ont été dévoilée dans le Christ. Fr. Benoît-Joseph Colonval Mémoire de saint Thomas d’Aquin pour la Fête du monde Universitaire Montpellier 27 janvier 2010




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