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« Ne pèche plus »

Montpellier, mars 2010

 

En ligne depuis le dimanche 28 mars 2010.
 
 

Flagrant délit d’adultère ! L’extrême pénibilité et l’angoisse par où passe la femme adultère lui tiennent lieu de peine pour le péché et Jésus la libère extérieurement de ses détracteurs, puis la libère intérieurement : « va, et à partir de maintenant ne pèche plus (cf. Jn 8, 11). Avant cela, il la laisse avec son angoisse purifiante, faisant comme durer la peine encore nécessaire : il écrit en silence.

Sondons cette belle affirmation non relativiste de Jésus ! : « Va, et à partir de maintenant ne pèche plus ! » En libérant, et en ne condamnant pas la femme adultère, Jésus refuse de se tenir lié au péché qu’il récuse en vérité. Notons bien qu’il ne nie pas le fait déplorable du péché. Mais la faute n’a de sens, de manière ultime, que vis-à-vis de Dieu de sorte que refuser de constater le péché se serait finalement supprimer Dieu de « l’horizon » de l’homme ce qui conduirait à terme au « mépris de l’homme » (Benoît XVI, 6 septembre 2009) qui ne pourrait plus se relever : mais la règle l’y aide par la lumière qu’elle donne. De même que l’Écriture affirme l’existence de « règle de doctrine » (Rm 6, 17 : tupos didachès) selon l’expression heureuse de St Paul, de même l’Apôtre des Nations déclare aussi l’existence de « règles de conduite » (1Co 4, 16) sans lesquelles il est loisible d’affirmer que ceux qui, en professant une contestation diamétralement opposée, ne les observent pas au point qu’« ils deviennent maîtres de l’erreur parce qu’ils refusent de se faire disciple de la vérité » (Léon le Grand, Tome à Flavien, Tarouca, p.21).

Le relativisme moral semble de nos jours engendrer le relativisme doctrinal lequel à son tour engendrerait le relativisme de la vérité philosophique ou anthropologique : à chacun sa conduite, car « à chacun sa vérité », donc à chacun son orientation selon son propre genre qu’il déterminerait lui-même. « Fais comme tu sens » enseignent aux jeunes les éducateurs radiophoniques. Il n’y aurait plus de normes uniques, mais chacun irait de ses appétits déréglés selon une morale toute existentielle de conformité à ses propres désirs considérés comme norme suprême de l’instant présent. À sonder les choses en profondeur, il semble bien que les choses se soient développées dans l’autre sens, en tout cas auprès de l’élite d’une société, même si le mal se développe ensuite dans l’ordre observé. C’est la « dictature du relativisme » (Benoît XVI, 5 août 2009). Corruptio optimi pessima (la corruption du meilleur est ce qu’il y a de pire). L’abandon de la vérité dogmatique finit par provoquer l’abandon de la vérité morale qui ne peut s’épanouir que comme une « splendeur de la vérité » (splendor veritatis) elle-même. La fleur morale mondaine, mondaine au mauvais sens du terme, n’a plus de tige, ni d’eau, ni de racine : elle est toute synthétique, préfabriquée de manière arbitraire et pour donner le change de la fallacieuse respectabilité. Ainsi « le ‘monde’ [au sens johannique négatif] est une mentalité, une manière de penser et de vivre qui peut aussi polluer l’Église, et qui de fait la pollue, et qui demande donc une vigilance et une purification permanentes » (Benoît XVI, 4 mai 2009). Comprenons que la pollution atteint non pas la sainteté de l’Église, mais l’institution humaine. Au-delà des mauvais effets de serre, de la pollution de l’air, il y a, de fait, « une autre pollution, moins perceptible par les sens, mais tout aussi dangereuse. C’est la pollution de l’esprit ; c’est celle qui rend nos visages moins souriants, plus sombres, qui nous conduit à ne pas nous saluer entre nous, à ne pas nous regarder en face » (Benoît XVI, 8 décembre 2009). L’impur ne peut plus regarder ses frères avec lumière, disait feu l’excellent fr. Roger Schutz à Taizé. La chute morale récente de ministres catholiques aux États-Unis, en Irlande, en Allemagne, sans oublier les cas en France doit nous faire réfléchir. 300 estime-t-on sur 400 000 prêtres dans le monde. Le chiffre parlant de lui-même ne doit pas provoquer des généralisations abusives, mais aussi petit soit-il il attriste profondément. D’où vient un tel relâchement qu’on ne peut imputer au Concile. Paul VI (27 sept. 1966 au Congrès des théologiens ; et Lettre du 24 novembre 1966 au cardinal Giuseppe Pizzardo), Jean-Paul II ou Benoît XVI (22 décembre 2005) n’ont eu de cesse que d’enseigner la continuité de l’enseignement du magistère en règle dogmatique et en doctrine morale. Cette lecture a été d’ailleurs nommée d’un trait éclairant : « herméneutique de continuité ». Faudrait-il alors, en dépits de cet éclairage de continuité, abandonner des pans entiers de l’Écriture (cf. 1Co 5 ; 1 Co 7 ; Mt 19) et de la Tradition sous prétexte que beaucoup n’arrivent pas à vivre certaines exigences ? Souvenons-nous de la doctrine apostolique : « Que chacun continue de vivre dans la condition que lui a départie le Seigneur, tel que l’a trouvé l’appel de Dieu. C’est la règle que j’établis dans toutes les Églises » (1Co 7, 17). Dès le concile d’Elvire en 303 (canon 33), avant la liberté civile recouvrée et donc de manière courageuse durant les persécutions, et non au XIIe siècle comme on l’a récemment écrit dans une presse anti-catholique, cette exhortation a guidé l’Église à choisir pour ses ministres ordonnés l’imitation du Christ-prêtre parfaitement chaste. L’appel à la sainteté, et non la seule discipline ecclésiastique, n’a cessé d’être demandé aux prêtres occidentaux en la matière. Certains, sans jeter la pierre, tout comme Jésus dans l’évangile d’aujourd’hui, à ce qui se passe dans la vie des pasteurs mariés à Genève, objectent l’existence du bas-clergé oriental ayant femme et enfants. Mais avec l’essor des contacts œcuméniques notamment auprès des Églises d’Orient, dans le souci de diminuer en particulier l’effet blessant de l’existence de classes sacerdotales - entre bas et haut clergé -, des membres de l’Église chalcédonienne orthodoxe de Syrie ont tenté récemment de rejoindre l’ordo latin à l’essai (cf. bravo au Patriarche Ignace IV d’Antioche !) pour la bonne et belle raison que le célibat accepté librement pour la célébration eucharistique du Royaume, par rapport à l’homme marié oriental, ordonné ensuite pope, et donc vivant dans l’état déjà réalisé du mariage, rend le prêtre occidental plus disponible pour le bien de tous et celui de la célébration des sacrements.

Quel rapport tout cela a-t-il avec la femme adultère de notre célébration quarésimale ? C’est la fermeté des principes de Jésus que nous avons contemplés et qui nous servent de tuteur pour nous exhorter les uns les autres à tenir nos états là où Dieu nous a appelés. Ce grand principe de libération et d’exigence - « va, et à partir de maintenant ne pèche plus » - nous indique ce qu’il faut maintenir à tout prix, tout en étant prêt à exercer la plus prompte miséricorde : « moi non plus je ne te condamne pas » !

Ouverte miséricordieusement aux détresses singulières, la discipline canonique pour les délinquants est une œuvre permanente de bienfaisante clémence pour tous ceux qui désirent se racheter et être pardonnés et ainsi ne pas rester dans l’anonymat terrible d’un no man’s land intérieur où ils ne savent plus ce qu’ils sont : des délinquants, ou des êtres suffisants. Pour éviter les pertes d’identité, que de « justes peines » (IVe partie du code de 1983), selon l’expression idoine du droit, soient donc très largement distribuées et rejoignent beaucoup plus souvent les âmes abîmées par le péché ! Effectivement le souvenir durable de la peine aide à saisir la gravité de l’infraction, et la faute reconnue rend désireux de ne plus recommencer. La peine provoque la mendicité intérieure, et la reconnaissance d’amour : « Va, et à partir de maintenant ne pèche plus ». Que la femme adultère nous aide dans la reconnaissance au Seigneur des miséricordes !

Fr Edouard Divry o. p.




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