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La vengeance de l’Amour

7 septembre 1997

 

En ligne depuis le vendredi 1er juillet 2005.
 
 


-  " Écoute Israël... " (Dt 6, 4), " Celui qui a des oreilles, qu’il entende ce que l’Esprit dit aux Églises " (Ap 3, 22).

Le prophète Isaïe vient de l’annoncer, de la part du Seigneur, au reste du peuple d’Israël, à ce peuple de pécheur que nous sommes : " Voici notre Dieu : c’est la vengeance qui vient, la revanche de Dieu ".

L’utilisation du mot " revanche ", et encore plus celle de " vengeance ", résonne à nos oreilles de manière sinistre, et évoque pour nous les longues séries de tragédies humaines qui ont ensanglanté à jamais la mémoire de ces dernières décennies, de ces dernières années, de ces derniers jours. Lorsque la rancune du coeur produit son fruit de malédiction qu’est la vengeance, la haine appelle la haine, la violence appelle la violence, la vengeance même appelle la vengeance, dans un crescendo et une suite sans raison de fin. Alors Dieu donna à son peuple, pour l’éduquer, et pour limiter, dans un premier temps, l’enchaînement des exactions que la vengeance initie, la loi dite du " talion " : " oeil pour oeil, dent pour dent " (Lv 24, 20). Mais ce n’est plus ce qu’Isaïe le prophète nous annonce : comme la joie de Dieu n’est pas de ce monde, comme la paix de Dieu n’est pas de ce monde, la vengeance de Dieu n’est pas de ce monde : " Il vient lui-même et va vous sauver ". Il n’envoie pas de manière lointaine quelques mercenaires pour nous punir, pour faire justice selon la loi de la vengeance dite humaine. Mais Lui-même vient se faire proche de nous, jusqu’à nous, se faisant l’un de nous, pour nous relever, car on ne sauve pas de loin. Au mal, Dieu répond par le bien, à la haine, Dieu répond par l’Amour, à la violence, Dieu répond par " l’humilité et la douceur de son coeur " (Mt 11, 29), à la vengeance, par la miséricorde. " Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés " (Jn 13, 34) : " vengez-vous les uns les autres du péché comme je vous ai vengés du Mauvais " : " Aimez vos ennemis " (Mt 5, 44), comme je vous ai aimés, vous qui êtes devenus, par votre péché, mes ennemis et les ennemis de vous-mêmes. Celui qui est offensé est l’Innocent : et, pour réponse, il va donner sa vie pour ceux-là mêmes qui l’ont offensé. Comme Isaïe nous l’annonce, la vengeance de Dieu n’est pas une destruction, mais une recréation, dont nous pouvons retenir de la longue liste de ses merveilles aujourd’hui : " alors s’ouvriront les yeux des aveugles et les oreilles des sourds ". Car Dieu est Amour, Dieu n’est qu’Amour, Dieu n’a comme arme pour nous venger, que celle de l’Amour. Pour comprendre mieux cela, saint Jacques nous dit déjà que Dieu ne regarde pas à l’apparence, mais au coeur, que les héritiers de cette " vengeance ", promesse du royaume, ne sont pas les riches dont le coeur n’a plus de place pour accueillir l’héritage, mais les pauvres, les démunis, en qui Dieu trouve toute sa place et peut se déployer dans toute sa grandeur et sa gloire, avec toute sa grâce. Les plus somptueux vêtements n’égaleront jamais la parure d’un coeur dont la trame est celle de l’humilité et qui a été tapissée dans la fidélité de la vérité et de la charité.

En ce jour, " aujourd’hui ", s’accomplit devant nos yeux cette parole d’Isaïe : en effet, en Décapole, terre païenne même, Dieu ne vient pas se venger de l’homme, mais vient venger l’homme de son péché, par la puissance de son amour, d’autant plus éclatante qu’elle se manifeste dans la faiblesse de la chair.

Que s’est il passé pour en arriver là ? Bède le Vénérable nous dit que le premier homme écoutant la voix du Mauvais est devenu sourd à la parole de Dieu : que, fondamentalement, ne pouvant donner que ce que l’on a reçu, devenu incapable d’accueillir la parole de Dieu, l’homme est devenu inapte à la transmettre : muet, et de plus, ayant mangé du fruit de l’arbre interdit, cette transgression a paralysé sa bouche par le venin du péché, qui lui a été ainsi inoculé. Comme au premier jour, " en ces jours qui sont les derniers " (He 1, 2) - ce qui est au commencement est aussi à la fin - le Fils de Dieu recrée l’homme : son doigt de miséricorde devient la clef qui ouvre les portes closes des oreilles de notre coeur, sa salive même devient la source vive qui jaillit dans le désert de parole qu’était devenue la bouche de notre péché. Un geste que la même parole créatrice du premier jour, accompagne : " Que la lumière soit, et la lumière fut " (Gn 1, 3) :
-  " Ouvre-toi et ses oreilles s’ouvrirent et aussitôt sa langue se délia ".

" Tu m’as ouvert l’oreille... alors, j’ai dit : Voici, je viens " (Ps 40, 7-8). " Seigneur, ouvre mes lèvres, et ma bouche publiera ta louange " (Ps 51, 17), car sans toi, nous ne pouvons rien faire, sans ton Esprit, nous ne pouvons même pas dire " Abba " (Ga 4, 6). Tu es à la fois Celui qui te " tiens à la porte et qui frappe : si quelqu’un entend ta voix et ouvre la porte, tu entreras chez lui pour souper, toi près de lui et lui près de toi " (Ap 3, 20), et Celui qui " s’Il ouvre, nul ne fermera " (Ap 3, 7), faisant ainsi que notre louange sera éternelle, notre communion avec Toi sans fin.

Si Jésus vient ainsi nous venger en son Amour, c’est pour nous ouvrir les oreilles à la parole de la vie éternelle et non aux paroles de mort du monde : c’est pour nous ouvrir les yeux, comme les disciples d’Emmaüs, à sa présence de ressuscité sur notre chemin, et non sur notre seule misère, comme Adam et Ève, après le Péché. Pour mieux nous ouvrir à la parole de Dieu, il nous faudra savoir fermer souvent la radio des déferlantes paroles de ce monde : pour mieux nous ouvrir à la présence du Seigneur, il nous faudra savoir fermer souvent la télévision des images superficielles et submergeantes de ce monde. Car nous le savons bien en réalité, l’Essentiel est ailleurs : la mort à quelques jours de distance, d’une princesse anglaise et d’une religieuse albanaise nous le fera mieux découvrir. Les médias ne nous rapportent trop souvent que le point de vue et les images d’un certain monde, qui est de plus en plus rarement celui de la Vérité et de l’Amour.

La vengeance de l’Amour a un nom : c’est le Pardon, qui est tout le contraire d’un polochon, entendant, voyant, encaissant tous les coups, dans une insipide indifférence : apportant la Vérité, il ne laisse rien passer : mais alors, s’appuyant sur la Vérité, il dépasse tout par l’Amour. La vengeance de l’Amour c’est cette miséricorde qui habitait le coeur de notre bienheureux père saint Dominique, à la suite du Christ.

La vengeance de l’Amour, contrairement à celle du monde, est un plat qui se mange chaud : c’est la Pâque du Seigneur, à laquelle nous sommes tous invités maintenant : plat tenu toujours prêt par le feu fidèle de la patiente charité de Dieu, où il vient nous restaurer par sa grâce. Avançons-nous alors maintenant vers le Seigneur, vers la Table de son Amour, où Il s’offre Lui-même pour nous à son Père dans l’Esprit.




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 La vengeance de l’Amour



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