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Je ne t’oublierai jamais

27 février 2011

 

En ligne depuis le dimanche 8 mai 2011.
 
 

Frères et sœurs,

Inutile de le souligner, vous l’avez remarqué : les textes d’aujourd’hui, qu’est-ce qu’ils nous ressemblent ! Si, si, des vraies tranches de vie. A se demander si on n’a pas mis des micros chez nous... Et tout le monde en prend pour son grade !

« Qu’allons-nous manger ? » Variante du « On mange quoi ? », lancé bien avant un « Bonsoir ! ». Ce n’est pas le « Quand est-ce qu’on mange ? » mais on n’en est pas loin...
« Avec quoi nous habiller ? » Presque un écho de « Chérie, je me mets quoi aujourd’hui ? » ou du « Je n’ai rien à me mettre et on va être en retard ! »
C’est qu’on n’a pas des vies marrantes. Et Jésus, un brin provocateur, le sait bien.

Heureusement, il y a la seconde lecture. Et si je la lis en diagonale, je peux même réussir à me rassurer. Versets choisis : « Pour ma part, je me soucie fort peu de votre jugement sur moi (...) Ma conscience ne me reproche rien (...) Alors, ne portez pas de jugement prématuré. » Ouf, je peux dormir sur mes deux oreilles ! Pas si sûr.

Lire les Ecritures de cette façon, frères et sœurs, ce serait adapter l’Ecriture à notre vie... et non pas notre vie à l’Ecriture. Ce serait faire dire aux textes ce que nous voulons qu’ils nous disent et non pas écouter ce qu’ils ont à nous dire. En un mot, ce serait profondément malhonnête et injuste.

Et s’il y a bien un jour où il faut être juste... c’est aujourd’hui ! Le Christ est formel : « Cherchez d’abord [le] Royaume [du Seigneur] et sa justice. » D’ailleurs, saint Paul ne cesse de reprendre les mots de jugement, juge et juste.

Alors reprenons ces textes, si vous le voulez bien. Ces textes qui nous ressemblent, parce que l’on y trouve deux travers que l’homme traîne depuis presque toujours, deux caractéristiques de l’humanité blessée qui s’est éloignée de Dieu : l’homme est devenu injuste et il est devenu inquiet.


Injuste, parce qu’il s’est pris pour Dieu. Depuis les Origines... et ça continue. Il faut à tout prix, pour nos contemporains, prouver que l’homme peut se créer lui-même. Et nous jouons à l’apprenti sorcier. On dit des horreurs et on n’y fait presque plus attention. N’avez-vous pas, frères et sœurs, un frisson glacé qui parcourt votre dos lorsque vous entendez l’expression « un bébé médicament ». On est loin de notre splendide première lecture -2 versets, un record de brièveté... pour un record de beauté !- : « Est-ce qu’une femme peut oublier son petit enfant, ne pas chérir le fils de ses entrailles ? » Son petit enfant, le fils de ses entrailles. Pas son bébé-médicament. Quelle honte et quelle horreur...

Et pourtant -et c’est ça le pire-, ça part d’un bon sentiment ! Saint Paul vient clarifier la situation : « Ma conscience ne me reproche rien, mais ce n’est pas pour cela que je suis juste. ». Toutes seules, la bonne conscience et la sincérité ne suffisent pas... et c’est là le drame de notre société qui confond vérité et sincérité. Le tout n’est pas d’être sincère : les nazis l’étaient, les islamistes le sont aussi. Et ils font des horreurs. Mais dans notre société où les naïfs croient que tout se vaut, que « à chacun sa vérité », puisqu’il faut être « tolérant », on confond vérité et sincérité. Si je suis sincère, si j’ai bonne conscience, ce que je fais est forcément bien. J’ai faussé la justice et j’ai pris la place de Dieu.

Et j’entraîne les autres, plus ou moins consciemment, sur la voie du mensonge. Exemple : un kamikaze qui se fait exploser dans un métro à l’heure de pointe, quelles que soient ses motivations, n’est pas un « martyr ». C’est un assassin. Apprenons à dire les choses, avec justesse, en toute justice. Et ne rendons pas la justice trop vite. Seul Dieu est le juste Juge et nous sommes devenus bien injustes...


Nous ne nous sommes pas contentés de l’injustice. Nous avons aussi fait entrer l’inquiétude dans notre vie. A force de prendre la place de Dieu, de nous remplir de nous-mêmes, nous l’avons relégué dans un coin de notre vie et nous le ressortons de temps en temps, le dimanche, au moins une heure, ou bien le temps d’une petite prière, de demande, si possible.

Et comme l’homme n’est pas complètement fou, il s’est bien rendu compte de ses limites. Il aimerait être comme Dieu... mais il n’est pas Dieu. Sa science explique tout... sauf l’essentiel, à savoir d’où venons-nous et où allons-nous ? L’homme n’est pas Dieu. Il le sait et ça ne l’empêche pas de dormir... quand tout va bien. Mais un jour où l’autre la Croix se dressera sur le chemin. Le disciple n’est pas plus grand que son Maître. Ce dernier a pris le chemin de la Croix pour aller à la vie, pour nous donner la Vie. Il faudra, en bons disciples, faire de même.

Inquiet et injuste. Quel tableau peu réjouissant !


Heureusement, la première lecture vient sauver la mise. C’est un concentré d’amour que ces deux versets. C’est la ville de Jérusalem, personnifiée qui prend la parole : « Le Seigneur m’a abandonnée, le Seigneur m’a oubliée ».

Elle est inquiète, meurtrie par les tribulations.
Elle est injuste, car Dieu a scellé son Alliance avec les hommes pour toujours.
Et c’est Dieu lui-même qui prend la parole : « Je ne t’oublierai jamais. »

Alors, quand tu te sentiras submergé par la tristesse, rongé par la honte de ta misère, inquiet du lendemain, seul, terriblement seul, crie vers le Seigneur.
Et écoute-le, au fond de ton cœur : « Je ne t’oublierai jamais. »
« Jamais. »
Amen.




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 Je ne t’oublierai jamais



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