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Mais enfin, pourquoi Jésus interroge-t-il ses disciples ?

20 juin 2010 - Couvent Dominicain - Marseille

 

En ligne depuis le jeudi 21 juillet 2011.
 
 

Mais enfin, pourquoi Jésus interroge-t-il ses disciples ? - « Pour vous qui suis-je ? » Cette interrogation ponctue cette scène comme un moment déterminant. Certes, un Maître peut poser des questions ; la pédagogie, l’enseignement, le contrôle des connaissances acquises ou encore à acquérir recourent à l’interrogation. Mais en serait-il ici de même ? Un professeur questionne sur des réalités extérieures à sa personne, à propos des matières enseignées, celles qui peuvent donner lieu à une notation, à un apprentissage, à l’acquisition de gestes, que sais-je ! Rarement, il posera à des disciples ou à des élèves des questions sur lui-même, ou une interrogation le concernant personnellement et le livrant à l’évaluation par les autres... Son autorité le supporterait-elle ? Par ailleurs, si une telle évaluation doit être portée, les disciples sont en général soit des « fans », soit des opposants ou des contradicteurs ; et il y aura adhésion ou rejet vis-à-vis de celui qui manifeste son autorité. Ainsi, les disciples pourraient acclamer leur Maître ou adhérer à lui, et Jésus n’aurait pas besoin de les interroger sur son identité. Chacun saurait bien qui est qui ! Enfin, Jésus ne saurait-il pas ce que savent par exemple André et Simon son frère, Jacques et Jean, fils de Zébédée, Lévi le publicain, tous appelés par lui, souvent à leur propre surprise ! Jésus ne saurait-il pas, Lui qui sait aussi qu’il est « Maître et Seigneur », et qui le revendiquera ?

Alors pourquoi Jésus interroge-t-il ses disciples ? Nous sommes en Galilée, dans les environs du Lac, le groupe semble uni, comme des disciples derrière leur Maître. Ils ont été choisis, appelés personnellement. Ils ont entendu Jésus et lui ont répondu. Cette voix résonna dans l’air, frappa leurs oreilles, toucha leur cœur. Déjà, ils ont été pour une part enseignés par Jésus, par sa parole, ses signes. Ils ont vu la puissance féconde de sa présence. Mieux encore, ils ont été institués comme « les Douze », au sortir de la prière de Jésus, pour porter le message du salut ! Si leur cœur fut touché, le message du Sauveur accompagne maintenant leur marche. Alors est-il encore temps de laisser la place à des questions ? Accompagner et servir Jésus, l’écouter, le regarder accomplir « signes et prodiges », tout cela ne suffit-il pas ?

Pourtant, Jésus questionne. Alors, si vient l’heure des questions, ne serait-ce pas pour que survienne celle des réponses ? L’interrogation de Jésus ne porte pas sur un point de la Loi, ni sur une interprétation de cette Loi, ni même sur un enseignement. Elle porte sur lui-même ! Non pas parce qu’il ne se connaît pas, mais pour que chacun des Douze communie à ce qui est encore inouï - au sens propre du terme, jamais entendu ! La question est adressée à tous, et la réponse vraie jaillira d’un cœur seul, celui de Simon-Pierre. Que l’instant dût alors être essentiel, la prière de Jésus au commencement de cette scène le trahissait. Ce n’est pas tant la question qui importerait que l’adhésion de Simon à Jésus, communiant à la cordialité contemplative de la prière du Maître et Seigneur ; Simon le béni, rejoignant la présence la plus vive de Jésus, le Fils, à son Père ! Ce n’était pas tant la question qui importait que la réponse ; car Simon allait se signaler comme le premier de ce collège apostolique, premier, béni, comblé par le Père.

Car cette question du Fils au sortir de sa prière allait sonner le moment de la révélation plénière : la réponse du disciple sera comme un pont par lequel Jésus pourra faire venir à lui, et derrière lui ceux qu’il appellera bientôt ses « amis ». La réponse de Simon inspirée par le Père annonce qu’ils peuvent tous entendre le premier message de la Passion du Seigneur ; bientôt certains, Simon-Pierre, Jacques et Jean, pourront même prendre part à sa Transfiguration et entendre Jésus désigné par le Père ; bientôt, pris sous la nuée de l’Esprit saint, ils pourront écouter le Père traduire ce que Simon vient d’affirmer : « le Messie de Dieu », en leur confiant sur la montagne : « Celui-ci est mon Fils, l’Elu ; écoutez-le ! » Oui, le Messie de Dieu ; écoutez-le.

Le temps a aujourd’hui passé... Devrons-nous encore prêter à la question une oreille attentive, voire méditative ? Chacun sait qu’en vérité la réponse comptait plus que la question. Nous savons cette réponse, nous l’avons entendue. Et nous savons qu’elle survint dans une période particulière.

Nous ne sommes pas ici les témoins d’un retour au pays de l’un de ses enfants qui connut cette contrée heureuse et qui veut y rétablir le droit et la justice : si Jésus veut se faire reconnaître par ses plus proches et par eux seuls, nous n’assistons pourtant pas au retour d’un héros vengeur masquant son identité pour sauver les malheureux. Les disciples ne seront pas non plus dans une complicité, fût-ce pour le bien ! Parmi eux, Simon ne sera pas le premier des confidents ! Il se manifestera plutôt, immédiatement comme un Satan maladroit à qui Jésus imposera silence, et le verra devenir plus tard, le premier des lâches... pour autant qu’il y ait là une grandeur ! Pourtant Jésus « Messie de Dieu » s’appuie sur lui : sa réponse est donnée en exemple.

La réponse de Simon doit dessiner la nôtre. Si dans son cas, elle exigera du temps pour prendre corps, nous comprendrons qu’elle peut aussi en exiger dans notre cas : il y a tant d’erreurs et de boue en nous, tant de tumultes dont les bruits savent nous envahir avec notre complicité. Répondre c’est changer de vie, suivre « le Messie de Dieu » jusqu’à la Transfiguration et la Pâque. Car « en ce jour-là, il y aura une source qui jaillira pour la maison de David et les habitants de Jérusalem : elle les lavera de leur péché et de leur souillure » (Za. 13,1). Il n’y a pas d’autre voie que celle qui sort de la prière de Jésus : elle nous associe à la vie avec le Père. Elle nous permet d’agréger à notre chemin tous ceux que le Seigneur invite à partager sa vie, spécialement par la grâce du baptême, tous ceux qui ont « revêtu le Christ » (Ga 3,27). Car, indique-t-il, « celui qui perdra sa vie pour moi la sauvera » (Lc 9,24).

Alors, écoutons sa question, et répondons-lui avec franchise, en chaque instant !

T.O. Année C 12ème dimanche - [Zacharie 12, 10-11- 13,1 ; Galates 3,26-29 ; Luc 9, 18-24]




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