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Rendez grâce au Seigneur

26 octobre 1997

 

En ligne depuis le vendredi 1er juillet 2005.
 
 

C’est donc à Jéricho que se passe la scène décrite par l’évangéliste saint Marc. Jéricho, un des plus anciens lieux de civilisation actuellement connus (semble-t-il déjà habité 10.000 ans avant le Christ). Jéricho qui est aussi la ville la plus basse du monde, à 400 m au-dessous du niveau de la Méditerranée. Jéricho enfin, muraille vaincue par le peuple des Hébreux qui, au sein de cette brèche, trouva le passage vers la terre promise. C’est par cette route que le Christ entraîne ses disciples pour célébrer à Jérusalem la Pâque qui nous délivre définitivement de tout esclavage. Au témoignage de l’apôtre Pierre, Jésus a passé en faisant le bien et en guérissant tous ceux qui étaient tombés au pouvoir du diable (cf. Ac 10, 34 ss [38]) ; mais qu’il soit passé en ce lieu si vieux, si bas, si inconsistant par rapport à l’histoire du salut, semble nous montrer par quel abaissement le Verbe est venu relever l’humanité.

Rien ne s’oppose à ce que l’on tienne pour véridique, au sens de historique, le récit de Marc. Cependant, parce qu’il s’agit de l’évangile, de la Bonne Nouvelle de Jésus Christ pour tout homme, ce passage est riche d’un enseignement qui, en même temps qu’il s’appuie sur l’événement historique, le dépasse et le transcende. En effet, s’il est important pour nous de savoir que le Christ est effectivement passé à tel et tel endroit, qu’il a réellement foulé la terre que nous foulons, qu’il a guéri Bartimée et de nombreux autres infirmes, combien davantage il nous importe de comprendre la portée de ces événements, leur répercussion dans nos propres vies. Pour l’illustrer, on pourrait dire que, s’il est juste et normal d’être attaché au souvenir d’un sacrement que l’on a reçu à tel moment de notre vie (le mariage par exemple), cependant, à travers l’inscription de ce sacrement dans le temps, ce sont sa signification et ses effets qui nous importent : le sacrement, tout en étant donné à un moment précis, est porteur d’un sens qui ne se réduit pas à son insertion dans l’histoire. Mais revenons à l’évangile. Jésus sort de Jéricho. Une foule immense s’est mise à la suite du groupe de Jésus et des disciples. Et c’est ainsi que se dessine la route du Christ qui monte à Jérusalem, irrépressible. On peut voir là une image de l’Église, c’est-à-dire de ce corps qui reçoit sa vie de la Tête qu’est le Christ, en marche vers la Jérusalem d’en haut. C’est dans ce corps qu’il faut nous situer si nous voulons recevoir le message de l’évangile de ce jour, car nous sommes de l’Église. Quant à l’aveugle resté sur le bord du chemin, en-dehors du cortège du Christ, il fait penser à chacun de ces hommes, nos contemporains, qui ignorent que le Christ est notre route vers la terre promise. Ceux-là sont de quelque manière aveugles : s’ils ne se sont pas mis en route et n’ont pas rejoint la foule, c’est parce qu’ils n’ont pas connu le Seigneur et que la lumière divine ne leur a pas été communiquée. À l’égard de ces " aveugles ", la manière de la foule est très instructive : elle nous renseigne beaucoup sur la possible faiblesse de notre témoignage. Face au monde de l’incroyance, la première tentation est celle de l’indifférence : la foule ignore l’aveugle. Et si jamais celui-ci apprend - on ne sait pas trop comment - que notre maître est Jésus le Nazarénien, et s’il se met à crier - d’une façon tout aussi mystérieuse - " Jésus, Fils de David, aie pitié de moi ! ", voyez comment nous le rabrouons, comment nous lui imposons silence. Alors forcément il continue de crier : " Jésus, Fils de David, aie pitié de moi ! ", car il sait qu’il n’obtiendra rien par notre intercession. Un pauvre crie, Dieu a entendu. La procession de la foule s’arrête, car le Christ a stoppé. " Appelez-le " dit Jésus qui nous offre une chance de rattraper notre indifférence. Et en effet, non sans quelque hypocrisie, nous osons faire les bons samaritains : " Aie confiance ! Lève-toi, il t’appelle " En réalité l’aveugle a déjà devancé notre faux zèle : il a rejeté son manteau et a bondi jusqu’à Jésus. Le Seigneur lui donne d’être à lui-même son propre intercesseur : " Que veux-tu que je fasse pour toi ? ", autrement dit, demande pour toi, puisque aucun de mes disciples ne t’a amené à moi ; et l’aveugle : " Rabbouni, que je recouvre la vue ! "

Quelle leçon pour la tiédeur des disciples du Christ ! Eux qui se croyaient disposés à suivre le Maître expérimentent qu’ils sont de bien piètres défenseurs de la foi ; ce qui n’a pas empêché l’aveugle, de toute évidence en-dehors de l’Église, de rejoindre le Christ et d’être sauvé, illuminé. Il me semble que, de cet événement, on peut retirer au moins trois enseignements :

-  Tout d’abord, qu’il est grand le mystère de la foi : Dieu appelle à lui qui il veut, quand il le veut ; il n’attend pas notre zèle pour accomplir ses desseins bienfaisants, il ne dépend pas de nous. Lorsque le coeur du pécheur se retourne, lorsque s’ouvrent les yeux de l’aveugle, ce ne sont pas des raisons ou des mérites humains qui agissent, mais la seule grâce de Dieu.

-  Cependant - et c’est le deuxième point -, le Seigneur souhaite nous associer à son oeuvre de salut ; ce n’est pas la moindre des missions de l’Église que d’attirer au Christ des hommes et des femmes qui, s’ils sont encore au bord du chemin, en réalité cherchent la lumière de la vérité. C’est par miséricorde que le chrétien est fait collaborateur du Christ dans l’annonce de l’Évangile, à travers la faiblesse de son témoignage et même ses défaillances.

-  Enfin - troisièmement -, au sein même de cette expérience de pauvreté se trouve sans doute la fine pointe de l’enseignement de notre évangile : la foi qui fait le chrétien n’est pas une fatalité. La foi que nous avons reçue, certes, fait de nous des membres de l’Église, nous insère dans le cortège qui monte à Jérusalem : mais nous ne devons pas compter sur le seul mouvement de la foule - c’est-à-dire sur l’Église comme si elle n’était pas nous-mêmes - pour avancer avec le Christ ; sans quoi nous devenons des membres inertes, morts, qui en viennent à se détacher par eux-mêmes du tronc de l’Église. C’est pourquoi la guérison de l’aveugle nous est salutaire : elle nous invite à nous reporter à notre propre expérience de guérison, à notre propre entrée dans la suite du Christ - car nul n’est venu au Seigneur sans avoir été guéri par lui ; à l’oublier, nous risquons de manquer le coeur même de la vie chrétienne, je veux dire l’action de grâce. Saint Marc nous dit que, une fois rendu à la vue, l’aveugle cheminait à la suite de Jésus : c’est l’attitude juste, la vraie façon de rendre grâce, c’est-à-dire de s’attacher à celui que nous reconnaissons comme la source de ce qu’il y a de plus vital en nous. Rapporter au Seigneur ce que nous sommes, c’est lui rapporter ce que nous avons reçu de lui, c’est assurer la vitalité de notre foi en lui. Le Seigneur est passé à Jéricho en faisant le bien : croyons que son bras n’est pas trop court pour accomplir aujourd’hui, dans l’Église, les merveilles de son salut. Il est le Sacrement fondamental donné à l’humanité il y a vingt siècles, toujours signifiant et agissant.




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