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"Va te montrer au prêtre !"

12 février 2012 

 

En ligne depuis le mercredi 15 février 2012.
 
 

Frères et Sœurs ! Nous faisions mémoire, hier, de la première apparition de la Vierge Marie à Lourdes et c’était aussi la journée mondiale des malades : aujourd’hui, l’évangéliste saint Marc, nous fait revivre la guérison d’un lépreux.

Nous comprenons bien l’attitude de ce miraculé : il bondit de joie ne sachant comment exprimer son bonheur et le faire partager à son entourage, il crie à Dieu sa reconnaissance, en improvisant son propre « Magnificat », car le Seigneur a fait pour lui des merveilles. 

- Sa réaction fut-elle exagérée ? Que peut-elle signifier pour nous ?

Le lépreux avait-il bien entendu ce que Jésus qui lui avait dit : « Attention, ne dis rien à personne, va te montrer au prêtre » ? Le voilà au contraire qui raconte tout, à tout le monde, et l’activité de Jésus s’en trouve modifiée : « Il n’était plus possible à Jésus d’entrer ouvertement dans une ville ».

Sans doute l’ancien lépreux est-il allé se montrer au prêtre comme Jésus le lui avait ordonné. Le Livre des Lévites vient de nous rappeler la situation des lépreux à l’époque : Il revenait aux seuls prêtres de la synagogue de statuer sur leur sort, de les déclarer contagieux ou pas.

Contagieux, ils devaient s’exclure eux-mêmes de la société en habitant des endroits sauvages, en agitant des clochettes pour éloigner les gens en criant : « Impur ! Impur ! ».

En cas de guérison il revenait au prêtre de les déclarer purifiés, de les réintégrer dans la société en recevant d’eux l’offrande prévue par la loi de Moïse.

Ce geste semblait pouvoir suffire pour faire connaitre aux gens sa guérison : « Donne pour ta purification ce que Moïse a prescrit dans la Loi ; ta guérison sera pour les gens un témoignage ».

Jésus, durant sa vie terrestre, n’a jamais cessé de rencontrer des infirmes ; s’arrêtant toujours devant quelqu’un qui souffrait, se rendant chez les malades qu’on lui signalait : à tous il faisait du bien.

C’est vraiment, par son humanité, que le Fils de Dieu fait homme, a révélé sa divinité. La nature humaine fut pour Jésus le lieu de sa miséricorde, et ainsi il a pu vouloir « humainement » notre salut. De sa main Jésus a touché le lépreux : « Jésus étendit la main, le toucha et lui dit : Je le veux, sois purifié ».

La rencontre de Jésus et du lépreux évoque un peu, par sa simplicité toute liturgique, cette rencontre de Dieu avec son peuple que nous avons célébrée lors de la fête de la « Présentation de Jésus au Temple », événement évangélique que la liturgie byzantine nomme la « Fête de la Rencontre ».

Au Temple de Jérusalem, un homme, Siméon, qui représentait tout un peuple, rencontrait un petit enfant qui était Dieu et voici que maintenant, au coin d’une rue de Capharnaüm, Dieu rencontrait un homme qui était lépreux. Cet homme, que Jésus allait arracher à l’horreur de sa léproserie, croyait déjà en Jésus et le voyait de ses yeux, était-il déjà un chrétien ? : « Si tu le veux, tu peux me purifier ». 

Cet homme avec sa lèpre, symbolisait les hommes qui souffrent des ravages dus à ces péchés qui ont saccagé et défiguré la race humaine. Mais grâce à sa foi et grâce à la foi de l’Eglise, l’image de Dieu a pu et peut désormais réapparaitre toute pure sur les visages humains. Le lépreux savait que les hommes sont souvent inhumains et que leurs lois peuvent l’être aussi, même lorsqu’elles ont des justifications médicales. Il avait donc pris le risque de braver la législation mosaïque en bondissant aux pieds de Jésus où il était sûr de trouver protection et surtout guérison.

Pour lui, oser traverser la foule pour se jeter aux pieds de Jésus, c’était se lancer dans un point de non-retour, sûr qu’après il se relèverait la tête haute. Purifié, le lépreux, à sa manière, rendit grâce au Seigneur de toute son âme et de toutes ses forces « Il se mit à proclamer et à répandre la nouvelle ».

Dans l’évangile, saint Marc montre que cette rencontre avec le lépreux et sa guérison, a eu lieu au début du ministère de Jésus et que très vite Jésus qui par ses gestes de miséricorde annonçait le Royaume des Cieux, ne pourra que difficilement s’opposer à la renommée due à ses miracles : « Jésus était obligé d’éviter les lieux habités, mais de partout on venait à lui »

La gratitude qui emplissait le cœur du lépreux devint en lui une véritable eucharistia, une « action de grâces » très communicative : « Cet homme se mit à proclamer et à répandre la nouvelle ».

La reconnaissance très expressive du miraculé, peut nous faire réaliser que la gratitude, peut se révéler être à la base, à la source de la prédication chrétienne, un facteur qui pousse à évangéliser, à annoncer aux autres ce que Jésus a fait pour nous.

L’annonce de la foi chrétienne dans le monde est peut-être, de la part de l’Eglise, comme le jaillissement perpétuel d’une reconnaissance active, de l’expression d’une gratitude communicative envers Jésus qui nous sauve. Ce n’est pas une possession tranquille, abstraite, parfois même endormie, de la vérité qui peut nous rendre éloquent et actif dans et pour la Prédication : ce n’est pas elle qui nous poussera le mieux à annoncer le Christ face aux appels de nos frères, mais c’est plutôt l’élan même et la force de notre gratitude pour les bienfaits reçus de Dieu : « Que rendrai-je au Seigneur pour le bien qu’il m’a fait ? » 

Le lépreux, à sa manière même quelque peu maladroite, a crié sur les toits ce que Dieu avait fait pour lui : « Cet homme se mit à proclamer et à répandre la nouvelle ». Pour saint Paul, annoncer l’évangile était une obligation, une dette envers son Sauveur qui s’était révélé à lui sur le chemin de Damas ; dès lors il ne pouvait pas ne pas témoigner de la grâce qui lui avait été faite : il devait annoncer aux païens le salut qu’il avait lui-même trouvé en Jésus-Christ. La charité, la gratitude le poussaient sans cesse à trouver les moyens de révéler aux incroyants l’extraordinaire mystère du Christ.

La liturgie de ce jour, par un passage de l’épitre aux Corinthiens, nous invite précisément à imiter saint Paul ; à l’imiter dans son imitation du Christ : « Prenez-moi pour modèle : mon modèle à moi, c’est le Christ ». Saint Paul s’explique : « S’adapter à tout le monde, ne pas chercher son intérêt personnel mais celui de la multitude des hommes, pour qu’ils soient sauvés ». Voilà le secret apostolique de saint Paul, c’est de prendre l’attitude même du Christ, qu’il expérimentait lui-même continuellement. Imiter saint Paul, certes, mais peut être aussi, à partir de l’évangile de ce jour, imiter aussi notre lépreux qui s’est efforcé d’accomplir son devoir de gratitude, d’action de grâce, en partageant avec les autres son action de grâce.

Chez l’ancien lépreux, la gratitude était devenue le moteur de sa prise de parole : « Une fois parti, cet homme se mit à proclamer et à répandre la nouvelle », il annonce partout qu’il a été purifié par Jésus : « j’ai cru c’est pourquoi j’ai parlé ! » et il devait dire avec le psaume : « C’est toi mon Dieu, je te rends grâce, car tu m’a exaucé, tu fus pour moi le salut ». 

Nous devrions être surpris, désolés même, de constater en nous-même, cette capacité à rester parfois muets, car habitués à notre situation d’enfants de Dieu, accoutumés à nous savoir rachetés par Jésus-Christ : tout cela nous parait normal, banal, alors qu’il s’agit de vérités bouleversantes et dès lors, rester muets à leur sujet, constitue une sorte de péché vis-à-vis de nos frères humains que nous laissons souvent affamés et assoiffés de tout ce qui vient de Dieu.

Trop souvent nous ne leur disons rien, ou presque rien, alors que nous avons été guéris autant que le lépreux et de plus nous savons bien que l’Église est le sacrement du salut, et nous le disons si peu à ceux qui ne le savent pas et nous passons parfois notre temps à la critiquer ! Nous passons souvent à côté de gens qui cherchent désespérément « le chemin, la vérité et la vie », et nous les éclairons parfois si peu.

Comme le lépreux nous devrions crier sur les toits ce qu’est notre expérience chrétienne, notre témoignage chrétien, et honorer ainsi notre dette envers le Seigneur qui nous a fait naitre à une nouvelle vie. En réfléchissant au zèle un peu intempestif de l’ancien lépreux, je me suis mis penser au rôle, certes aussi parfois intempestif, des « médias » dans nos sociétés : le lépreux une fois guéri, les aurait surement appréciés. Un théologien dominicain qui avait dirigé longuement une revue chrétienne, pouvait dire récemment : « Aujourd’hui, si on n’est pas dans le média, on n’existe pas ! » La parole de ce frère prêcheur fait réfléchir sur tout ce qui concerne les vérités du christianisme et qui reste dans l’ombre parce que les média de nos sociétés n’en parlent pas.

On peut admirer qu’au Liban, depuis de nombreuses années, il existe une télévision chrétienne de langue arabe qui émet 24 heures sur 24.

Son influence est immense au Proche Orient, et partout où il y a des chrétiens de langue arabe en diaspora, à Marseille par exemple. Cette chaine de télévision diffuse quotidiennement : messes, prières, conférences, interviews, et des documents qui présentent de diverses manières le message chrétien.

Nous savons qu’en France, depuis peu, nous avons maintenant l’équivalent, ce qui est une vraie bénédiction pour le monde de la francophonie. Sans doute faudrait-il maintenant savoir s’en réjouir et l’aider son travail si remarquable. Il y a sans doute un outil majeur pour développer une expression du christianisme dans notre pays.

Le lépreux de l’évangile, par son désir de diffuser l’œuvre du Christ, peut nous faire réfléchir une fois de plus, si nous le voulons bien, au rôle des médias dont le Concile Vatican II nous parle depuis 50 ans : ils auront surement une grande place dans la nouvelle évangélisation tant attendue.

Il y a quelques jours, dans notre église, l’évêque chaldéen d’Alep en Syrie, a présidé notre eucharistie. Nous avons compris davantage, en l’écoutant, les souffrances et les inquiétudes des habitants de son pays ; aussi nous pourrons prier pour eux, avec confiance, dans la Prière universelle, suppliants, aux pieds de Jésus comme le lépreux de l’Évangile Amen




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