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Faut-il être toujours soumis aux autorités en place ?

Couvent de Bordeaux - novembre 2012

 

En ligne depuis le mercredi 28 novembre 2012.
 
 

TO 32 mercredi Tit 3,1-7 "Rappelle à tous qu’ils doivent être soumis aux gouvernants et aux autorités... à faire tout ce qui est bien."

Faut-il être toujours soumis aux autorités en place ? Apparemment, c’est ce que l’Apôtre recommande : Rappelle à tous qu’ils doivent être soumis aux gouvernants et aux autorités. Cette position de Paul n’est pas attestée uniquement par ce passage, qui resterait un lieu isolé, mais parcourt l’ensemble de son enseignement, de l’épître aux Romains (Rm 13,1-3) : que chacun se soumette aux autorités en charge. Car il n’y a point d’autorité qui ne vienne de Dieu ; jusqu’aux épîtres de sa captivité : je recommande qu’on fasse des demandes, des prières... pour les rois et tous les dépositaires de l’autorité, afin que nous puissions mener une vie calme et paisible en toute piété et dignité (1 Tim 2, 1-2). Enfin, le Seigneur lui-même n’a-t-il pas ordonné de rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu (Mt 22,21) ? En même temps, rien d’irénique dans ces rapports. Le Christ est mis à mort au nom de César par les pouvoirs légitimes, aussi bien religieuses que civiques, les apôtres connaîtront le même sort, la foule innombrable des chrétiens les suivra. Lorsqu’il s’agit de préférer la volonté des hommes à celle de Dieu, les croyants répondent que cela n’est pas possible. La soumission au pouvoir s’arrête là où se termine l’obéissance du pouvoir lui-même à la vérité. Car le pouvoir politique n’a pas sa source en lui-même. Ou bien il sert ce qui est plus grand que lui - la justice et le bien commun, ou bien il se prend pour sa propre fin, en devenant une forme d’idolâtrie totalitaire. Le siècle passé nous en a fourni quelques éclatantes réalisations.

Du coup, manifester au pouvoir en place son refus de la loi inique, revient à accomplir son devoir civique, en défendant l’État même. S. Augustin s’écriait à la suite des penseurs païens : Supprimez la justice, et que sont alors les royaumes, sinon de vastes brigandages ? (De Civ. Dei IV,4 ). Chez les brigands il y a de l’ordre, la soumission et des lois, mais leur société n’est pas pour autant légitime, car fondée sur le mépris du droit des plus faibles.

Au nom de quoi le croyant a-t-il le devoir de l’opposition ? S. Paul est explicite : au nom de sa conversion. Nous étions insensés, révoltés, égarés, esclaves de toutes sortes de désirs et de plaisirs... mais Dieu nous a sauvés. Nous ne sommes pas meilleurs que les autres, mais nous cherchons à vivre de Dieu. Alors l’État terrestre n’est pas notre ultime horizon, nous avons une Patrie plus loin que la Cité ici-bas, et c’est au nom de notre union à la Trinité que nous servons l’État ici-bas avec sérénité, douceur et patience. C’est la vérité d’une vie chrétienne menée avec sérieux et calme qui fonde tout engagement politique, qui autrement dégénère en militance batailleuse parmi tant d’autres. Que le Seigneur nous donne vivre réellement de son Esprit, en témoigner paisiblement, en rendant à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu.

fr. Pavel Syssoev, op




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