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Accueil >> Ordinaire >> Semaine 26 >>   Un Cauchemar fécond !

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Un Cauchemar fécond !

En ligne depuis le lundi 28 octobre 2013.
 
 

Evangile selon s. Luc 16, 19-31

Cauchemar redoutable ! Je n’imagine guère que nous puissions nous demander : serions-nous comme ce pauvre Lazare ? Mais devrions-nous nous interroger alors : serions-nous ce riche ? Ou n’est-ce-là qu’une parabole pour « People » ? Une parabole presqu’inutile, qui ne concernerait que peu de disciples du Christ ? Une parabole pour affoler les privilégiés ?

Et pour leur dire : vous n’avez que cette vie sur terre pour être bons ; après ce sera trop tard, et les bons sentiments eux-mêmes seront inutiles, à vous comme à vos proches. D’ailleurs, est-ce que vos bons sentiments seraient capables d’atteindre quelqu’un d’autre que vos seuls proches ? Les jeux sont faits ; rien ne va plus ! Vous avez tout perdu ! Et l’inutile parabole pour People nous verrait demeurer spectateur de Casino !

Si en revanche, c’est bien à nous que ce discours s’adresse, une parole comme celle-là peut avoir l’effet du fer rougi appliqué sur un taureau pour le marquer. Nous voici entravés, saisis, immobilisés : le fer s’applique ; la surprise est immense, intense, cruelle. Et rien ne pourra désormais faire que cela n’ait pas été. Nous pensions être charitables et voici venue cette parabole, avec son riche anonyme et son pauvre Lazare, parabole dure ! Et le but de la parabole n’est pas de nous voir faire la leçon aux autres... Pas plus que de s’adresser à de rares privilégiés. Oui, ce n’est pas une parabole pour People, ni pour disciples de Jésus en déni de responsabilité !

Elle semble balayer toute charité tardive, celle qui serait motivée par le remord d’un repentant, un riche anonyme à qui la fortune un temps confortable valait son identité. N’ignore-t-on pas son nom ? Mais l’on sait qu’il n’est pas qualifié de « mauvais », de « méchant ». Il était ce que les mœurs de la société permettaient et permettront toujours : « que voulez-vous ? Il y a les riches et les pauvres ! » Oui, voilà une parabole qui pourrait souligner l’échec de la vie d’un riche pour la seule raison qu’il se comporterait en riche. Image tragique ; message qui pourrait être décourageant, incompréhensible, injuste - pire, désespérant ? D’autant que l’Evangéliste saint Luc attire notre attention sur la pauvreté concrète, et le sort des miséreux, leur prise en compte chrétienne. En somme, il n’y a guère d’échappatoires : la parabole sonne bien comme un impératif. Et chacun peut voir le camp qui est alors le sien.

Ce n’est pas nouveau. On se souvient de la proclamation des béatitudes : « Heureux les pauvres, à vous est le Royaume de Dieu ! » Et au cas où l’on n’aurait pas compris le message, le disciple du Christ reçoit aussi une sentence fatale : « Malheureux vous les riches, vous touchez votre consolation » (Luc 6, 20.24). Faut-il préférer avec un bon esprit calculateur pour une éternité heureuse, le riche misérable au pauvre comblé ? Nous savons comment répondre.

Mais il faut le reconnaître : pour la plupart d’entre nous, nous risquons d’être de la famille de ce riche, en fait éternel misérable, gagné par une richesse fatale. Un risque en effet, un risque dramatique, un risque à éviter. Durant toute notre vie, nous devons nous efforcer de l’éviter par la grâce de Dieu. Le risque qui pourrait nous saisir aussi serait de nous détourner de notre semblable pauvre en le voyant, ce que la Bible ne cesse de condamner (Isaïe 58,7). ... / ... En revanche, le pauvre comblé est celui que le Seigneur aura pu prendre en pitié. Certes nous pouvons penser à celui dont le Seigneur aura déjà été la nourriture, par la grâce du baptême, ou celle de l’eucharistie ; ce pauvre biblique dont la volonté aura opté pour l’attachement à Dieu, et à sa table. Mais le pauvre dont parle saint Luc, comme saint Matthieu pour le jugement dernier (Matthieu 25), n’est pas que cela... Chacun le sait très bien : saint Luc alors même qu’il est très sensible aux pauvres du Peuple de Dieu, ne verse pas dans la lecture pieuse. Son pauvre Lazare n’est pas le pauvre en ceci ou en cela ; il ne nous dirige pas là dans une considération biblique de la pauvreté.

Non, chacun l’a perçu dès la proclamation de l’Evangile, ce pauvre est désespérément pauvre. Il n’a pas été gagné par une pauvreté, mais vaincu par la pauvreté. Sa pauvreté, c’est la misère, misère matérielle et sans doute morale. Et c’est à elle que l’Evangile nous demande d’apporter un réconfort, à la manière dont Dieu nous inspire de le faire, d’une consolation divine, sa charité. Et la charité dans un tel cadre, c’est un ordre ! C’est sur cela qu’au soir de notre vie nous serons jugés : « J’avais faim et vous m’avez donné à manger... Venez les bénis de mon Père ».

De saintes silhouettes peuvent venir alors visiter nos songes, comme celle d’un saint Vincent de Paul, avec les Filles de la Charité ou ses Missionnaires Lazaristes, celle de la Bienheureuse Mère Teresa et de ses Missionnaires de la Charité, et tant d’autres aussi silhouettes moins connues et parfois proches : « le bien ne fait pas de bruit »... Et voilà pourquoi nous sommes saisis : ne devrions-nous pas redouter de n’oser aller assez loin sur le chemin de la charité fraternelle... Le riche, le pauvre : la parabole vaut « toujours et partout ».

Mais considérons que nous avons tout pour réaliser cette conversion et lui donner notre existence. Peut-être en rêvez-vous ? - Et vous auriez raison ! Peut-être l’espérez-vous pour vous ? - Et ce serait mieux encore ! Peut-être un argument, une « bonne raison » vous retiennent-ils encore ? - C’est ce que pensait la famille du riche à entendre celui-ci : « Moïse et les prophètes, cela ne suffit pas ! » Et combien peuvent ainsi réagir en murmurant : « Jésus ne me l’a pas dit directement. Je ne l’ai pas entendu. Et Dieu me comprendra ». Ce qui reviendrait à dire : « Si Jésus, devant moi, vivant, me demandait de consoler efficacement le pauvre Lazare, je le ferais. Mais pour l’instant, je vis autrement... »

Or, en cet instant, comme depuis deux mille ans dans l’Eglise, Jésus le dis. Il parle. Il donne sa grâce. Dans sa Parole proclamée par l’Eglise à l’instant, c’est vraiment lui qui a parlé. Comme à l’instant, c’est vraiment nous qui l’avons écouté ! Il nous revient de mettre en pratique, avec sagesse et efficacité, avec d’autres sans doute, la leçon de cette parabole pour tous !




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