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Je t’ai appelé dans la justice

11 janvier 1998

 

En ligne depuis le vendredi 1er juillet 2005.
 
 

" Un fleuve réjouit la Cité de Dieu. Le Seigneur a exalté son Enfant bien-aimé ", comme il est écrit dans Isaïe. " Moi, le Seigneur, je t’ai appelé dans la justice, je t’ai saisi par la main, et je t’ai modelé, j’ai fait de toi l’Alliance du peuple, la lumière des nations ". Ainsi, Celui par qui tout a été modelé, a-t-il été, lui aussi, voulu être modelé. Il a pris un visage, lui qui était sans visage pour nous rendre le nôtre. Lui qui, dans le sein de la Trinité ne cesse de contempler le Père auteur et artiste de toute chose, est venu laver notre regard au Jourdain pour lui rendre sa noblesse et son acuité. Aujourd’hui, c’est pour ainsi dire tout mystère de la Rédemption qui est dévoilé, non seulement aux Juifs, non seulement aux Païens, mais encore à la nature entière. La Trinité est venue reprendre l’ouvrage qui avait pensé s’échapper des mains divines.

En plongeant dans les eaux du fleuve, le Christ vient reprendre en main de manière éclatante ce qui pensait se suffire soi-même. Le nouvel Adam vient irriguer l’ancien Adam qui s’était desséché au cours des eaux du monde. Ce que l’artisan divin avait créé et formé de rien, Lui la source de toute vie, il le reprend de l’intérieur pour ne pas le briser. En plongeant dans le Jourdain, il plonge notre humanité dans l’eau de sa grâce pour la reformer. Car " jamais -nous enseigne saint Irénée- jamais, Adam n’a échappé aux Mains de Dieu auxquelles parlait le Père quand Il disait : ’Faisons l’homme à notre image et ressemblance ’et c’est pourquoi, à la fin, non par la volonté de la chair ni volonté de l’homme, mais par le bon plaisir du Père, les Mains de Dieu ont fait parfait l’homme vivant ".

Ces Mains du Père que sont le Verbe et l’Esprit-Saint, vont tirer l’humanité des citernes crevassées qu’elle s’était creusée pour la plonger dans le fleuve de la vraie vie, la vie éternelle. A l’aube des temps, les eaux sur lesquelles planait l’Esprit furent à l’origine de toute la Création. A la plénitude des temps, les eaux du Jourdain, le fleuve de la Terre promise, engendre une nouvelle humanité dans la Justice. Les eaux qui étaient devenues le symbole de l’abîme de perdition et de peur redeviennent le milieu de vie et de joie où le Père, par ces deux mains, engendre des fils vivants.

Ainsi, aujourd’hui, " des Cieux se penche la Justice et de la terre germe la Vérité " pour que nous puissions remonter à Source que le Christ seul peut nous rouvrir. Aujourd’hui " amour et vérité s’embrassent " pour que l’Esprit-Saint nous fasse parfait en nous remodelant dans la Justice du Fils. Aujourd’hui, les mains du Père nous rend7ent à Lui et nous reforment nous faisant passer dans la vraie Justice. Car il fallait que toute justice soit accomplie. Seul le Christ pouvait l’accomplir car seul, il buvait à la source de la justice. Et seul, Celui qui est venu à la plénitude des temps et en qui habite toute la plénitude de la divinité pouvait nous rendre à plénitude de notre vocation car il ne connaît rien d’autre que ce qui est plénier. Passer à la plénitude, telle est l’oeuvre de justice en nous et tel est le fruit de notre justice à nous.

Et pour cela, il a tenu à réaliser la justice en son sens le plus strict, celle qui consiste tout simplement à rendre aux autres ce qui leur revient. Elle est cette simple justice qui nous fait garder notre place sans chercher à dépasser un égal, encore moins à l’écraser, quand ce n’est pas vouloir s’égaler à un supérieur. Et cette justice nous est déjà si difficile tant nous sommes prompts à quitter cette voie étroite. C’était le message du Baptiste : " Soldat contentez-vous de votre solde, juges, jugez avec justice... ". Il en témoigne tout simplement en se déclarant indigne de délier la courroie des sandales de son Maître. Mais le Christ, dans son baptême, veut nous faire aller plus loin. Il nous donne de vivre en vérité ce que le baptême de saint Jean-Baptiste ne pouvait qu’annoncer. Il nous pousse à ne pas même s’égaler à un égal ou à ne pas passer avant un inférieur. Avec cette justice plus large, plus ample, il nous montre où commence en fait l’amour de la justice. Cette justice ne regarde plus ce qui est dû, mais celui à qui l’on doit. Elle consiste aussi dans cette délicatesse du coeur et de l’esprit de celui qui rend ce qu’il doit avant de réclamer ce qui lui est dû parce qu’il voit ce qu’il a lui-même reçu pour pouvoir prêter à son tour.

Pour autant, ce n’est pas encore la justice pleine et entière. Il en est une que seul le Christ réalise parfaitement, une laquelle lui seul peut nous donner de participer. En se laissant baptiser par celui qui était envoyé pour l’annoncer, Jésus se place au-dessous de son inférieur. Cette dernière place, nul ne pourra la lui ravir. C’est ainsi qu’il accomplit toute justice, car il nous manifeste ce qu’est non plus l’amour de la justice, mais la justice de l’amour. Il a voulu, dans sa justice qu’aussi bas que nous tombions, nous ne tombions jamais que dans sa miséricorde. C’est pour cela que " Lui qui était égal au Père ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu, mais qu’il s’anéantit, prenant la condition d’esclave ". En plongeant dans le Jourdain, le Christ réjouit la Création tout entière : " Qu’as-tu Jourdain à remonter en arrière, vous, montagnes, à sauter comme des béliers ? " Le Jourdain retourne en arrière, car le Christ, loin de pénétrer dans Terre promise, se tourne vers le désert. Après la joie du Jourdain, c’est au tour des montagnes du désert de se réjouir. Elles vont enfin voir les chemins du Seigneur s’aplanir entre elles. Après être descendu au fond de notre injustice, le Christ opère le retour vers la source. Il gravit le mont des tentations pour que nous puissions accomplir à notre tour toute justice.

Il refuse tout d’abord de transformer les pierres en pain, car il est le pain véritable. Il a voulu devenir notre nourriture, plus humble de toutes, la plus pauvre sans aucun doute, mais la plus essentielle. Il nourrit ainsi en nous la justice de l’amour car lui est notre justice.

Plus avant, il refuse d’adorer le démon qui lui montre du haut d’une montagne tous les royaumes de la terre pour les offrir, lui qui ne les possède pas. " Tu n’adoreras que Dieu seul ! " Ainsi, le Christ accomplit-il l’amour de la justice quand il rend à son Père, Lui l’homme parfait, l’hommage qui lui est dû à la Source de toute perfection.

Enfin, sur la pinacle du Temple, il réalise parfaitement la plus simple des justices, lui rendant toute son exigence de signe et d’accomplissement de cet amour de la justice, de cette justice de l’amour. Il rend à Dieu ce qui est à Dieu. Il rend tout à Dieu car tout est de Dieu. Pourrions-nous faire moins que Lui ? Amen.




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