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Les noces de Dieu et de l’humanité

18 janvier 1998

 

En ligne depuis le vendredi 1er juillet 2005.
 
 

" Le troisième jour, il y eut des noces à Cana de Galilée et la mère de Jésus était là. Jésus aussi fut invité avec ses disciples. Comme le vin manquait, la mère de Jésus lui dit : "lis n’ont plus de vin". Puis aux serviteurs "faites tout ce qu’il vous dira". [ .. ] Ils remplirent d’eau les six jarres de purifications et portèrent au maître du repas l’eau changée en vin. Celui—ci dit au marié : "Tu as gardé le bon vin jusqu’à présent". Tel fut le premier des signes de Jésus. Il manifesta sa gloire et se disciples crurent en lui. "

L’année dernière pendant la semaine sainte, la télévision a présenté une série d’émissions consacrées au procès de Jésus. Les intervenants étaient des spécialistes reconnus pour leur compétence, tant au plan personnel (des dominicains, des jésuites ... ) qu’au plan professionnel (enseignement dans les universités catholiques et centres de recherche), La réception de ces émissions a manifesté à quel point nombre de gens, dont des catholiques pratiquants, étaient dans l’ignorance des travaux menés depuis plusieurs générations. Pourtant, grâce à ces travaux, nous avons une connaissance bien meilleure de Jésus. J’ai eu l’occasion de donner alors dans une conférence quelques lumières sur les différences et les complémentarités entre la lecture savante et la lecture croyante des Écritures et de montrer que ces deux lectures, loin de s’exclure, s’appellent l’une l’autre et collaborent pour une meilleure connaissance de celui qui nous rassemble, Jésus—Christ. Nous en reparlerons lorsqu’au printemps prochain d’autres émissions seront proposées dans la même série Corpus Christi. Je rappelle ces faits, car, pour être bien vécues, les célébrations de Noël et de l’Épiphanie, qui se prolongent encore ce dimanche, doivent être éclairées par un rappel sur la nature des récits évangéliques que nous avons entendus.

1. Les récits de la vie de Jésus n’échappent pas aux règles qui valent pour toute vie humaine : ses commencements ne se comprennent qu’à la lumière de la maturité et de la plénitude [Pour le faire comprendre, je raconte souvent aux étudiants cette historiette : lorsque le général Hugo vint déclarer la naissance de son fils, il répondit à l’employé qui l’interrogeait que le nom de l’enfant était Hugo et le prénom Victor. L’employé se leva tout ému et dit à cet homme : " vous êtes le père de Victor Hugo ! " Absurde ! Victor Hugo n’est Victor Hugo qu’au terme de sa vie littéraire, politique, car c’est son oeuvre qui habite son nom. Il en va de même pour Jésus.]. Jésus ne peut être reconnu en vérité comme Christ, c’est-à-dire Messie, Seigneur et Sauveur, qu’à la lumière de ses oeuvres et surtout de l’achèvement de cette oeuvre : sa résurrection et sa glorification (cf. Rm 1, 3-4). Pour cette raison, dans le récit de la naissance de Jésus, quand les bergers reçoivent la nouvelle qu’il est né un Sauveur, il leur est précisé que l’enfant dans la crèche est " un signe " (Lc 2, 11-12). Il en va de même pour les premières manifestations publiques de Jésus, le baptême et les noces de Cana. Lors du baptême, Jean désigna Jésus comme celui qui devait venir (Jn 1, 29, 35) ; ses disciples étaient venus voir (Jn 1, 39) e avaient accompagné Jésus. Aux noces de Cana, ils ont vu par eux-mêmes que Jésus méritait d’être suivi (Jn 2, 11). Ils n’ont pas encore tout compris, puisque, nous dit ensuite l’Évangile de Jean, les compagnons de Jésus ne comprirent que plus tard les paroles de Jésus, et il précise, " quand il ressuscita d’entre les morts " (Jn 2, 22). Le récit des noces de Cana s’inscrit dans cette progression. Ce qui advint ce jour-là est en effet qualifié par l’évangéliste de " signe " (Jn 2, 11). Or un signe est là pour se rapporter à autre qu’à lui-même. Les noces de Cana sont le signe d’un événement à venir ; Jésus nous dit lui-même : " Mon heure n’est pas encore venue " (Jn 2, 4). Au moment de Cana, l’heure n’était pas encore venue. Nous savons quand elle est venue ; ce fut son passage vers le Père, sa résurrection (Jn 17-20). Nous sommes dans une situation bien meilleure que celle des invités aux noces, puisque comme le rédacteur des évangiles, nous savons ce que désigne le premier signe accompli par Jésus : la victoire de Jésus qui réalise pleinement ce que Dieu veut. Or pour dire le salut, les Écritures, inspirées par Dieu, nous donnent différentes images et expressions. L’une d’entre elles est celle des noces.

2. Le plus important dans le signe de Cana, ce n’est pas la quantité de vin, ni l’obéissance des serviteurs, c’est le fait qu’il y ait mariage. Or, pour qu’il y ait mariage, il faut un marié. Le récit ne le nomme pas. Et pour cause ! Car celui qui es en lieu et place du marié, n’est autre que Jésus. C’est de lui que parle le maître du repas. C’est lui qui donne à profusion le bon vin. C’est lui qui ordonne le service de la fête. Cette position tout à la fois discrète et essentielle n’est qu’un signe, qui renvoie à l’heure qui viendra (Jn 19, 30).

La résurrection est en effet la transfiguration de l’humanité de Jésus, l’inauguration du monde nouveau et l’anticipation de son achèvement. Or celui-ci est présenté par les Écritures comme les épousailles de Dieu et de l’humanité. Nous avons entendu dans la première lecture Isaïe (Is 62, 3-5). Dieu promet " Ton époux ce sera ton créateur ". À la communauté, Dieu a promis : " Tu ne seras pas la délaissée, mais la préférée " c’est à l’humanité entière qu’il a assuré qu’elle ne serait pas " la désertée, mais l’épousée ". Ce thème est présent dans les dernières pages des Écritures puisque l’Apocalypse de Jean nous présente l’achèvement de toute l’histoire comme épousailles de Dieu et de l’humanité (Ap 21, 2.9).

Le thème est délicat à développer et il a donné lieu à des images de mauvais goût ou à des fantasmes érotico-mystiques (comme le montre le retable de Jérôme Bosch que j’ai présenté au mois de décembre) ; ce n’est pas une raison pour écarter ce thème, car il dit plus que tout autre l’intention de Dieu créant et sauvant le monde. Il dit mieux que d’autre l’amour de Dieu qui se donne. Il dit que la rencontre de Dieu et de l’humanité n’est pas affaire de contrainte ou d’endoctrinement, mais bien libre reconnaissance et partage d’un même destin. Les noces de Dieu et de l’humanité ne sont pas symboliques ou désincarnées, car elles ont eu lieu dans la chair de Jésus transfiguré lors de sa résurrection. Aujourd’hui, à Cana, il nous est signifié que les noces de Dieu et de l’humanité seront bientôt célébrées, car Dieu tient sa promesse.

3. Le récit ne fait pas que se référer à l’avenir lointain. Il dit quelque chose pour nous aujourd’hui. Si nous ne somme pas encore ressuscités, nous sommes déjà membres du corps du Christ par notre baptême. Aussi, nous sommes invités à entendre ce que Marie dit à son fils : " ils n’ont plus de vin " (Jn 2, 3). Plus de vin ! plus de travail pour des millions de chômeurs, plus de pain chez les affamés, plus de dignité à la table des exclus, plus de présence aux isolés, plus de respect pour les minorités, plus d’amour dans les coeurs désolés, plus de lumière dans les esprits, plus de force dans les coeurs ! Il manque tant à l’humanité pour être ce que Dieu veut ! Notre célébration ne serait pas vraie, si elle n’était pas emplie de l’appel de tous ceux qui veulent vivre.

Célébrer Cana, c’est entendre la parole qui nous est dite par Marie : " Faites tout ce qu’il vous dira " (Jn 2, 5). Faire. Que faire ? Sinon mettre en oeuvre la loi que Dieu nous a donnée par la médiation de ses prophètes et par celui qui accomplit toute chose. Au soir de sa vie, il nous a dit : " Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés " (Jn 15, 11).




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