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Fausse et véritable unité

25 janvier 1998

 

En ligne depuis le vendredi 1er juillet 2005.
 
 

Dimanche de prière pour l’unité des chrétiens

Ce dimanche est consacré à l’unité mais pas à n’importe quelle unité, celle que nous souhaitons établir entre les chrétiens. Pour cela, j’ai d’abord pensé vous résumer l’encyclique " que tous soient un ", publiée en 1995. Elle est belle, forte, impressionnante de profondeur et de clarté. Ce résumé, je l’ai écrit, figurez-vous, mais un frère consulté m’a gentiment fait comprendre que ce concentré de concentré ne " passait pas " : indigeste, un " étouffe chrétien ". Je vous fais grâce même si, ce sermon, vous mériteriez peut-être que je vous le fasse écouter ! Car les popes et les pasteurs vous préoccupent probablement moins que les catholiques eux-mêmes, dans les groupes que vous formez, familles et communautés religieuses, paroisses, et mouvements divers.

Il y a une fausse et il y a une véritable unité. Attention aux contrefaçons ! Les fausses unités sont celles que Jésus vient briser : " Pensez-vous que je sois venu apporter la paix ? Non pas la paix mais le glaive : on sera opposé un contre deux, deux contre trois... On aura pour ennemis les gens de sa maison ! ". Oecuménisme vient de oikia, la maison, nous ne sommes pas hors sujet.

Il y a en effet de fausses unités comme il y a de faux amours, des amours possessifs, étouffants, assassins, volontés de réduire l’autre à soi, désirs de se reproduire au lieu de vraiment mettre au monde, désirs d’être imité au lieu de se réjouir de la différenciation. Alors il vaut mieux qu’il y ait crise et possibilité d’explication, affrontement et discussion. Les fausses paix, les silences complices sont des tombeaux. Mieux vaut la division des langues à Babel que l’uniformité totalitaire. Pentecôte n’est pas un retour à la pensée unique. Pentecôte, c’est la communication, qui suppose diversité, expérience personnalisée. C’est l’unité d’une diversité harmonisée par l’Esprit Saint. Un peu comme nos chants polyphoniques lorsqu’ils sont accordés.

Saint Paul le disait aussi : il est inévitable qu’il y ait entre vous des divisions, c’est alors que s’éprouvera la sagesse des authentiques disciples du Christ. Il nous faut accepter les conflits, savoir écouter le point de vue opposé, tolérer l’altérité. Voici un jeu de mot que j’aime bien car il donne à penser : " la présence de l’autre m’altère mais sa parole me désaltère ". Je suis altéré au sens de blessé et je suis désaltéré au sens de réconcilié, au sens surtout du jaillissement d’une source vive en moi qui assouvit et justifie ainsi ma soif fondamentale de communication. Notre Dieu, au puits de Samarie comme sur la croix est un Dieu qui a soif ! Soif de l’autre, de la rencontre, de la communication, de la communion.

C’est difficile. Il y a entre nous des blonds et des bruns, des grands et des petits, des maigres et des gros, des visages pâles et d’autres plus bronzés, sans parler de notre capacité à distinguer les nuances dans les accents, les façons de penser, d’espérer, et même d’aimer. Le pape Jean Paul II l’écrit : il nous est arrivé de nous opposer alors que nous étions fondamentalement d’accord ! Chacun disait la même foi à sa manière, avec son propre point de vue, dans une culture différente et nous nous opposions aveuglément ! Tragique ! Catastrophique ! Chaque jour nous le reproduisons, même, entre dominicains ! Nous sommes très doués à ce jeu cruel de nous scinder en deux et de nous déchirer.

Alors vient la tentation des fausses unités, celle de la secte par exemple, sous l’emprise d’un leader qualifié de charismatique, qui pense pour chacun et décide de tout, c’est reposant. Ou l’on se soumet tous à quelqu’un ou bien l’on s’oppose tous à lui : " haro sur le baudet ", c’est l’exclusion à l’unanimité. La tradition juive a pour cela une belle attitude qui dit qu’un accusé à l’unanimité doit être immédiatement acquitté ! Comme chrétiens, nous pourrions nous unir contre les athées ou contre les musulmans. Mais cette unanimité violente est justement ce que l’Évangile rejette radicalement, Nous le dénonçons chaque fois que nous célébrons l’Eucharistie. Nous rappelons la condamnation de l’innocent, cette opposition commune qui réconcilie pour un moment les vieux ennemis, Hérode et Pilate par exemple, sur le dos lacéré du crucifié. Tous les groupes humains fonctionnent ainsi. Les entreprises s’unifient contre les concurrents, les pays s’unifient contre leurs voisins, la France contre l’Angleterre, l’Allemagne contre la France, l’Équateur contre le Pérou et le Pérou contre le Chili.

Quand nous nous réunissons pour célébrer l’Eucharistie, nous voulons former une communauté par delà la trahison de tous et de chacun, une communauté, pacifiée, réconciliée par l’agneau sacrifié, l’innocent qui s’est sacrifié pour révéler une bonne fois le péché structurel, originel de nos groupes humains. Nous décidons ensemble de nous solidariser avec le Christ humilié, torturé, anéanti mais ressuscité par l’amour du Père, plus fort que la haine et que la mort. Nous faisons corps avec le Christ, décidés à nous sacrifier contre le sacrifice social inconscient et pervers.

Notre unité est une communion ressuscitée, passée par l’épreuve pascale, animée par l’Esprit du Dieu vivant. il est Un et il est Trois, unité par excellence, source, principe et modèle de toute société digne de ce nom. Seul l’amour permet de supporter la diversité, seul l’amour l’apprécie comme une richesse et non pas comme une irritation.

Le Dieu chrétien est Un mais il n’est pas seul. Comme me le disait un jour un rabbin, figurez-vous : " si Dieu est seul, il devient fou " ! Fou, notre Dieu l’est certainement, mais il l’est de manière communicative. Il est Amour et il appelle tout à Lui, dans la communion. Qu’il nous donne d’inventer en Lui l’unité dont nous avons besoin !




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