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Accueil >> Ordinaire >> Semaine 5 >>   La barque de Pierre qui est l’Église

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La barque de Pierre qui est l’Église

8 février 1998

 

En ligne depuis le vendredi 1er juillet 2005.
 
 

" Jésus, debout dans la barque de Pierre pleine de poissons à sombrer, et Pierre devant lui à genoux et qui confesse qu’il est pécheur. C’est l’Église ! " Lorsqu’il s’exprime ainsi, le P. Bruckberger reconnaît que son point de vue est celui d’un catholique : quand saint Luc lui donne à voir Pierre et Jésus sur la barque, il admet voir l’Église avec à sa tête le Christ, Pierre et ses successeurs.

Et il le justifie ainsi : " Je sais ce qu’est un cadrage, et que, dans un film bien fait, un gros plan veut toujours dire quelque chose de précis, parce qu’il marque toujours une intention grossissante et persistante de l’auteur ". Il y a en effet, dans la péricope de saint Luc de ce dimanche, un gros plan, comme une focalisation sur la personne du pêcheur de Galilée. Au début, Pierre n’est pas au centre de la scène ; il est même plutôt en retrait, à l’arrière-plan du tableau. Mais, peu à peu, c’est sur lui que se fait le cadrage. On imagine assez bien devant soi le lac de Galilée, et sur la rive, cette foule qui a suivi Jésus pour entendre la Parole de Dieu. Pierre, lui, occupe le fond du tableau ; il appartient au groupe anonyme des pêcheurs qui lavent leurs filets.

Au début de ce chapitre 5 de l’évangile de Luc, Simon-Pierre semble donc comme étranger par rapport à la prédication du Christ ; étranger même par rapport à l’Église, puisqu’il se trouve en-dehors de cette foule que le Christ a réunie. Plus exactement, Simon est en marge de l’Église : car il était déjà question de lui, au chapitre précédent de saint Luc, lorsque Jésus intervient pour guérir sa belle-mère. De telle sorte qu’il est difficile de supposer que Simon n’avait pas déjà rencontré Jésus. On doit plutôt penser que tout à la fois il le connaissait (et, qui plus est, le connaissait comme un faiseur de miracles) et qu’en même temps il ne s’était pas mis à sa suite. C’est ici le grand mystère de l’appel de Dieu et de la capacité de l’homme à entendre cet appel : la prédication du Seigneur n’a pas eu d’écho chez tous ; on ne se met pas à suivre spontanément un leader charismatique, fut-il doux et humble de coeur, fut-il le Christ ! Et dans le cas de Simon, dont le métier est de capturer des poissons, on peut même penser qu’il est prisonnier de ses propres filets. Il est en effet une manière de prendre tellement au sérieux sa vocation humaine, son rôle dans la société, qu’on peut en oublier l’appel divin.

Rien ne sert de conjecturer sur des raisons que Pierre ne peut s’avouer à lui-même ; ces raisons, le Christ, lui, les connaît. Ce n’est pas par hasard que Jésus monte dans cette barque, la barque de Pierre. D’ailleurs, Pierre ne refuse pas : certes, il a mieux à faire ; il travaille, lui ! Cependant il accepte que Jésus le détourne de son ouvrage ; que Jésus squatte sa barque pour enseigner - il squattera toute sa vie. Et déjà il lui commande d’avancer en eaux profondes et de jeter les filets. Quelle autorité du Christ pour vaincre celle de Pierre, lui le chef des pêcheurs ! Pierre se rebiffe un peu : " Nous avons peiné toute une nuit sans rien prendre ", autrement dit " connais-tu mieux que moi mon métier ? ". Finalement il cède : probablement parce qu’il comprend que quelque chose ici le dépasse. Il n’est déjà plus maître à bord de sa propre barque.

Quelle progression entre le Simon affairé à ses filets alors que Jésus attire les foules et cette double silhouette au milieu du lac - Jésus debout et Pierre à genoux ! Pierre est à genoux, comme un lion vaincu par plus fort que lui : " Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur ". Il attrapait des poissons ; Jésus lui demande de prendre des hommes, c’est-à-dire - selon saint Ambroise - de " transporter dans ses filets ceux qui flottaient dans les bas-fonds sur les hauteurs ".

Pierre est vaincu par le Christ ; mais il est vainqueur sur lui-même. Vainqueur de son attachement frileux à ses filets. La peur en lui le cède à une crainte juste et salutaire. Désormais, si le Seigneur demande " Qui enverrai-je ? Qui ira pour nous ? ", il peut répondre, avec le prophète Isaïe : " Me voici, envoie-moi ". Car il a reconnu son péché, et en confessant son Seigneur, il a été purifié, rendu apte à être envoyé au nom du Seigneur.

L’Église est cette barque : " Une barque sur la mer et sous le ciel, non pas un bateau de plaisance pour se dorer au soleil ou faire du ski nautique, un vrai bateau de pêcheur, capable de tenir le coup par tous les temps et sous toutes les latitudes ". Dans cette barque, Jésus se tient debout, ressuscité. Et dans cette barque, les hommes sont appelés, tout comme Pierre, quoique chacun selon sa vocation ; ils sont appelés à être davantage eux-mêmes en étant à Dieu, à mieux appartenir à leur Créateur et Sauveur pour être libérés de tout ce qui en eux n’est pas eux. Cela ne veut pas dire qu’ils devront tous abandonner leurs filets ; mais cela signifie qu’ils le jetteront au nom du Seigneur. Quand, il y a 20 ans, Carol Wojtyla accédait au pontificat, il lançait son célèbre " N’ayez pas peur ! " : " Frères et soeurs, n’ayez pas peur d’accueillir le Christ et d’accepter son pouvoir ! [] Ouvrez, ouvrez toutes grandes les portes au Christ ! [] À sa puissance salvatrice []. Le Christ sait "ce qu’il y a dans l’homme" ! Et lui seul le sait ! ". Ce n’est pas autrement qu’en témoin de la miséricorde de Dieu que Jean-Paul II se montrait successeur de saint Pierre. Ce qui fait la force de l’envoyé de Dieu n’est pas autre chose que sa confiance dans la miséricorde de Dieu ; sa certitude que Dieu l’aime et l’a choisi personnellement.

Que Dieu appelle chaque homme parce qu’il l’aime, cela ne fait pas de doute : la plupart d’entre nous l’a expérimenté et pourrait en témoigner. Tout se passe autour du lac : c’est là qu’est Jésus ; c’est là, dans la barque ou sur la rive, que l’Église prend forme.




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 La barque de Pierre qui est l’Église



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