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Le Pharisien et le Publicain

8 avril 1998 : Mercredi Saint

 

En ligne depuis le lundi 25 juillet 2005.
 
 

Mercredi Saint, célébration pénitentielle

Il y a quelque chose d’inquiétant dans cette histoire car elle fonctionne à l’envers. Le bon a tout faux, l’homme perdu est sauvé et le pire, c’est qu’ils n’en savent rien. Pourquoi ? Peut—être parce qu’ils n’ont pas la chance de pouvoir se confesser !

Chacun est seul face à l’idée qu’il se fait de lui-même. Il se regarde dans le miroir de la Loi. L’image du pharisien est avantageuse, celle du publicain, catastrophique. Erreur fatale : le principal intéressé reste absent. Or Jésus nous dit que le regard du Dieu vivant est différent. Qui donc pourrait les avertir, leur parler avec autorité ?

Nous savons rarement où se cache notre vrai péché. Je me sens culpabilisé, parce que je n’ai pas fait ce que je crois qu’il aurait fallu. Mais peut-être est-ce justement cela qu’il fallait faire malgré tout parce que c’était la vie, même si les tabous, l’éducation tordue, les blessures qui m’ont marqué m’empêchent de l’assumer. Combien d’adolescents culpabilisent au moment de s’émanciper ? Ce qui va de soi dans notre société, peut se vivre dans les pleurs dans une famille fermée. Il est des cas précis où ne pas prendre certains risques serait se comporter comme un salaud. On peut avoir les mains propres et « n’avoir pas de mains ». « Moi, je n’ai rien fait Monsieur ! » Précisément ! Jésus mange et boit avec n’importe qui, comme un ivrogne et un glouton, c’est écrit. Il ne respecte pas la sacro-sainte règle du sabbat, il se laisse toucher par une prostituée, se moque du Temple, insulte les bien pensants mais il guérit les gens, réconcilie la femme condamnée, répand la vérité. Il témoigne d’un Dieu différent. « Je n’accepte pas que l’on me pardonne ce que j’ai fait de mieux » écrit un jour A. Malraux.

Il est de mauvaises consciences maladives, égarées, comme il est de bonnes consciences incroyablement erronées. David avec Bethsabée n’éprouve aucun remords jusqu’à ce que le prophète raconte au roi l’histoire banale d’une brebis volée. David entre en fureur et le prophète lui administre ces quelques mots : « cet homme, c’est toi ! » .

Voilà pourquoi il est bon de pouvoir se confesser. Il est bon de pouvoir trouver quelqu’un à qui parler. Je ne suis qu’un pauvre bougre, je le sais, et me voici, tout simplement, devant la grâce de Dieu. Je tâche de faire la lumière, d’éclairer ma conscience, je n’ai que cette petite boussole pour me guider. Il me faudra longtemps, toute une vie et plus encore pour l’affiner, la mettre au point. Pour le moment me voici, tel que je suis, devant mon Dieu, devant ce prêtre qui peut m’orienter, au moins pour quelques pas, et je viens me confesser, me dire, au plus secret de mon mal être ou de mon bien être, tel quel.

Un jour J’ai reçu en confession un pauvre type. Il doutait, tremblait de tous ses membres après m’avoir raconté ce qu’il avait fait -j’ai d’ailleurs oublié quoi- et il me posa cette question, une question de feu, je m’en souviens très bien de sa question : « croyez-vous que Dieu puisse pardonner jusque-là ? ». J’ai compris sur le coup qu’il né servait à rien de lui dire quoi que ce soit. Il ne servait à n’en de lui verser une réponse à moi. J’ai murmuré : « pourquoi pas ? ». Mettre en doute le doute lui-même. Beaucoup de silences, peu de mots. Cet homme croyait en Dieu, un Dieu juge, qui prenait au sérieux ce qu’il avait fait, un Dieu tout puissant. Alors, si Dieu est tout puissant, comment pourrait-il être limité dans son pouvoir de pardonner ?

Il est parti heureux, J’en suis sorti épuisé.

Le prêtre, le témoin, appelle à un acte de foi. Avant tout il y a cela : confesser la foi au pardon de Dieu manifesté par Jésus-Christ. Le prêtre m’appelle à me décentrer, à lâcher mon nombril pour affronter ce Dieu auquel je crois. Il est là, celui qui me voit, qui me connaît. Et même si ma conscience me condamne, Dieu est plus grand que ma conscience, il en sait plus sur moi que moi-même. Je le regarde, lui, et je m’oublie en lui, renonçant à me jauger moi-même, à me comparer avec le personnage idéal que je fabrique chaque matin comme une idole auquel je tiens. Je lâche tout et ferme les yeux pour les ouvrir dans le regard qu’il a, lui, le Dieu vivant, sur moi. Voici que soudain « ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi ! » (Ga).

J’y reviens de nouveau : qu’est-ce que je peux savoir, moi, de la gravité de mon cas ? Si je vous ai marché sur les pieds est-ce à moi de vous dire si je vous ai fait mal ou non ? Est-ce que cela vous soulage si je vous dis mon poids, la surface de mes talons, la pression par centimètre carré ? C’est à la victime, à l’offensé, de dire, s’il a été atteint ou non au plus profond. Alors plutôt j’avoue ma confusion, je dis que je regrette et demande pardon, pour tout, ce que je sais et ce que je ne sais pas. Ce qui vient après : le moment qui suit immédiatement le risque que j’ai pris de me présenter, ne m’appartient pas. Rien n’est obligé, rien n’est automatique ici. Je m’en remets à cet Autre que je ne peux déterminer. Je me livre à sa bonne volonté parce que lui-même, le premier, s’est livré pour moi. Je lui fais confiance pour me rétablir, comme il voudra, en relation avec lui. Le péché, avant d’être ceci ou cela, est d’abord une blessure, une rupture de la relation. Il me replie sur moi-même, je risque de m’y vautrer, de m’y complaire comme un obsédé. Le pardon est une Pâque, une mort à soi—même pour ressusciter par Dieu, le Père de Jésus.

Historiquement le mot « confession » vient de la confession de la foi. Il ne s’agit pas d’abord de la confession comme aveu d’une liste de péchés. Il s’agit de confesser la foi ! Le prêtre, devant moi est là aussi pour m’aider tout doucement à croire, à croire que je suis pardonné, relevé, aimé malgré tout et pour de vrai




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