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Un autre te ceindra...

26 avril 1998

 

En ligne depuis le lundi 25 juillet 2005.
 
 

Frères et soeurs, il y a des âges dans la vie spirituelle. Pas plus qu’on ne naît pas adulte, on ne naît saint. On le devient (parfois) au terme d’un long cheminement, Simon—Pierre en a fait l’expérience et son itinéraire est pour nous exemplaire.

Le point de départ ? - Quand tu étais jeune, tu mettais toi-même ta ceinture et tu allais où tu voulais... " Mettre soi—même sa ceinture, c’est, comme on dit, être maître de ses destinées ; c’est disposer de sa vie comme on l’entend. Or c’est bien là l’attitude de Simon-Pierre quand il commence à fréquenter Jésus. Certes, dès le début - n’en doutons pas -, Pierre aime sincèrement Jésus. Il veut vraiment le servir - et c’est déjà beaucoup. Mais il veut le servir... à sa manière à lui, au gré de ses initiatives ! C’est que Pierre a ses petites idées sur tout. A commencer sur la façon pour Jésus d’être un bon Messie, un Messie selon les normes. Les voies de Dieu n’ont apparemment aucun secret pour lui et quand Jésus s’en écarte, Pierre est là pour le rappeler à l’ordre : " Dieu t’en préserve Seigneur ! Non, cela ne t’arrivera pas ! " (Mt 16, 22). Mais ce n’est pas tout. Pierre a aussi des idées bien déterminées sur la manière d’être un bon disciple de Jésus. Une manière généreuse, active, efficace et surtout... sûre d’elle-même. " Pierre lui dit : ’Pourquoi ne puis-je pas te suivre à présent ’ ? Je donnerai ma vie pour toi’ " (Jn 13, 37). Il oublie seulement que le propre du disciple est de marcher derrière son maître et non pas de le précéder. " Suis-moi ", lui dit Jésus, c’est-à-dire, entre autres, " Passe derrière moi... " (Mt 16, 23).

Tel est donc Pierre au temps de sa jeunesse spirituelle. Tout feu, tout flamme et surtout très confiant en lui-même. Qu’en est-il maintenant de Pierre devenu vieux ? " Quand tu auras vieilli, dit Jésus, tu étendras les mains et un autre te ceindra et il te mènera où tu ne voudrais pas. " Certes, comme l’évangéliste le précise aussitôt, cette parole vise d’abord - le genre de mort par lequel Pierre devait glorifier Dieu " et nous savons que Pierre, sous la persécution de Néron, eut effectivement à étendre les mains sur la Croix où il fut lié. Mais, plus profondément, Jésus suggère une attitude spirituelle. Étendre les mains, c’est renoncer à ce que nous avons peut-être de plus cher : la maîtrise sur notre propre existence. Laisser un autre nous passer la ceinture, c’est remettre la conduite de notre vie entre les mains d’un Autre, entre les mains de celui que nous appelons " le Père et Maître de notre vie - (Si 23, 1). Voilà le chrétien adulte. Celui qui est redevenu comme un petit enfant dans les bras de sa mère (Ps 13 1, 2) ! A l’image de Jésus, sa nourriture est de faire la volonté du Père (Jn 4, 34). D’adhérer de toutes les fibres de son être à la volonté de Dieu telle qu’elle se manifeste en particulier à travers les événements. " Prend tout en gré ", disent les Voix à Jeanne d’Arc, qui marche, angoissée, vers son martyr, et quelques siècles plus tard, dans la prison du Temple, Madame Élisabeth, la soeur de Louis XVI, récitait chaque jour cet admirable acte d’abandon : « Que m’arrivera-t-il aujourd’hui, ô mon Dieu ? Je l’ignore. Tout ce que je sais, c’est qu’il n’arrivera rien que Vous n’ayez prévu de toute éternité, Cela me suffit, ô mon Dieu pour être tranquille. J’adore vos desseins éternels, je m’y soumets de tout mon coeur : je veux tout, j’accepte tout. " C’est dans ce consentement joyeux et profond à la volonté de Dieu que la volonté du chrétien trouve sa perfection.

Mais comment, dans l’ordre spirituel, passe-t-on de la jeunesse à l’âge adulte ? Là encore, l’itinéraire de Simon-Pierre a pour nous valeur de modèle. C’est par l’échec du reniement que Pierre accède à la maturité spirituelle par le moyen de l’humilité. " Je donnerai ma vie pour toi ! ", affirmait le jeune Pierre. Mais, à peine Jésus a-1-il un instant caché sa face que toutes ses résolutions héroïques s’effondrent. " Je ne connais pas cet homme ! " Mais à peine Jésus tourne-t-il de nouveau vers lui son visage que Pierre pleure. La grâce l’a touché. Il est sauvé.

Oui, l’expérience douloureuse du reniement a fait franchir à Pierre une étape décisive. Il a compris - compris concrètement - que sans la grâce de Jésus-Christ, l’homme ne peut rien, l’homme n’est rien. " Sans moi, dit Jésus, vous ne pouvez rien faire " (Jn 15, 5) Jésus ne dit pas " pas grand—chose ", il dit " rien ". Sans lui, les Apôtres ont travaillé toute la nuit : ils n’ont rien pris. Pierre, ayant ainsi fait l’expérience de l’impuissance de l’homme sans la grâce, Pierre comprend enfin que, dans la vie chrétienne, " il n’est pas question de l’homme qui veut ou qui court mais de Dieu qui fait miséricorde " (Ro 9, 16). Il comprend enfin que ce n’est pas lui qui a choisi Jésus, mais que c’est Jésus qui l’a choisi de toute éternité (cf. Jn 15, 16). Il comprend enfin qu’il n’a pas l’initiative de l’amour mais que c’est Jésus qui Fa aimé le premier. Bien plus, l’amour de Pierre pour Jésus est la conséquence et le premier effet de l’amour de Jésus pour Pierre, car l’amour que nous pouvons avoir pour Dieu est déjà un don de la grâce, un signe de l’amour que Dieu a pour nous. N’inversons pas les rôles. Si donc Pierre ne pouvait pas suivre Jésus dans sa Pâque (cf Jn 13, 36), c’est qu’il fallait d’abord que Jésus donne sa vie pour que Pierre, plus tard, soit capable de donner sa vie pour Jésus.

À travers son reniement, Pierre prend donc conscience de la primauté absolue de la grâce et c’est ainsi qu’il entre dans le mystère sauveur de l’humilité. Heureuse faute de Pierre qui lui a ouvert la voie royale de l’humilité ! Finies les rodomontades de la jeunesse. Pierre sait désormais à quoi s’en tenir sur son propre compte. Va-t-il dès lors se désespérer ? Va-t-il, comme Judas, se détruire parce qu’il ne supporte pas de tic plus correspondre à la belle image de lui-même qu’il s’était forgée dans sa jeunesse ? Non, car Pierre a cessé de se regarder, de s’évaluer, de se juger (cf. 1 Co 4, 3). Il regarde Jésus et s’en remet au seul jugement de Jésus " Tu sais tout, Seigneur, tu sais bien que je t’aime ". Sur le roc de cette humilité inébranlable, Jésus va désormais pouvoir bâtir son Église.




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