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Accueil >> Ordinaire >> Semaine 22 >>   L’abaissement et la récompense

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L’abaissement et la récompense

30 AOÛT 1998

 

En ligne depuis le mercredi 27 juillet 2005.
 
 

Jésus vient d’exprimer une idée claire en des termes simples, pourtant, il n’est pas facile aujourd’hui de parler de cet évangile. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le thème de l’abaissement et celui de la récompense ne sont vraiment pas à la mode !

L’abaissement sonne plutôt mal à nos oreilles car il a un sens très nettement péjoratif Cet abaissement, et du même coup l’humilité, n’évoquent-ils pas pour nous l’idée de ramper, de s’écraser, de démissionner, de refouler les énergies qui poussent l’homme à grandir ? Quelle place donner à l’humilité devant la demande de l’homme : l’épanouissement de sa personne, sa promotion sociale, humaine ? Osera-t-on braver de front, et ce n’est pas une mince affaire, tout ce que la publicité moderne rejoint en nous de plus profond : briller, séduire, avoir du succès et de l’avancement, être à la mode et devenir riche ? Et pourtant, tout cela consiste à s’élever par rapport aux autres et à essayer de les dominer d’une manière ou d’une autre.

La psychologie nous rend attentifs à tout ce qu’il peut y avoir d’inconsciemment morbide dans certains abaissements, Cela peut être la haine ou le mépris de soi, la fuite des affrontements. L’agressivité même est une force de l’être humain, une force qu’il ne s’agit pas de retourner contre soi. Elle nous pousse à grandir, à prendre nos responsabilités.

Tout comme l’humilité, l’attente de la récompense n’est pas moins suspecte ! Par deux fois, il en est question dans l’évangile, L’élévation est promise à celui qui s’abaisse et une récompense, lors de la résurrection, sera donnée à ceux qui auront accueilli les autres sans rien attendre d’eux en retour. Mais est-ce encore se montrer généreux que de compter sur une récompense ? N’y a-t-il pas là un esprit de calcul ? Et l’on ne s’est pas gêné pour nous le reprocher. N’est-ce pas concevoir la religion comme opium du peuple et l’éternité promise comme alibi pour ne pas chercher la justice ici et maintenant ? Ce qui nous pousse bien souvent à en prendre le contre-pied. Et pour ne pas paraître aimer le prochain par calcul, nous aurions tendance à détacher notre social et notre service des autres de tout lien avec notre foi. Ou ce qui revient un peu au même, pour sortir résolument d’un amour du prochain réduit à une manière d’aimer Dieu, on tend parfois à réduire l’amour pour Dieu à l’amour pour le prochain. Dans ces conditions, comment recevoir l’évangile de ce jour ? Je crois tout d’abord que la vérité de la parole de Jésus sur l’abaissement apparaît dans le fait qu’il a vécu lui même cette parole comme la vérité même de sa personne et de sa mission. Quitter la première place pour prendre la dernière, c’est le sens même de son incarnation. Lui, de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu, mais il s’est anéanti lui-même, prenant la condition d’esclave (Ph 2, 6-8). Ce n’est pas pour cela qu’il n’a pas été lui-même. Au contraire, il s’est manifesté ainsi tel qu’il est : tout amour. El prenant la dernière place par son incarnation, puis en étant avec les méprisés, en se laissant enfin rejeter de la dernière place et tuer comme un malfaiteur, Jésus a vécu sa liberté - celle de coïncider avec ce qu’il est vraiment : l’Amour du Père. En ce sens, sa résurrection est la manifestation de cette liberté d’amour. Cette liberté qui devait se traduire d’abord comme une humilité extrême et un oubli total de soi. Dans la vie de Jésus, abaissement et élévation ne sont pas deux mouvements contradictoires, mais un seul mouvement : l’élévation finale révèle que l’abaissement n’est pas un but en soi, et l’abaissement donne à l’élévation finale sa qualité nécessaire, celle d’une victoire de l’amour au lieu d’un affirmation de soi. L’humilité est donc un chemin de liberté, la liberté de sortir de l’illusion pour être réaliste. Et le réalisme sur nous-mêmes, c’est de constater que nous ne sommes ni des moins que rien, ni tellement sensationnels, mais pauvres, limités, minables parfois, fragiles toujours. Nous n’avons pas besoin de nous sous-estimer artificiellement pour nous abaisser, il suffit de nous regarder tels que nous sommes ! Et pourtant, nous ne pouvons pas renoncer, sans nous détruire, à un besoin de grandeur qui nous habite, et je dirais même qui nous constitue. Nous ne pouvons pas nous résoudre à ne pas valoir "grand chose". Car il y a en nous plus que ce que nous y trouvons - un désir de plénitude que Dieu a mis en chacun de nous pour le combler. C’est notre thème de la récompense. Celle-ci n’est pas un avoir, une réalité extérieure à la foi véritable et à l’humilité. La récompense n’est autre chose que la vie avec Dieu, la plénitude de la communion dont la mise en oeuvre commence dans la foi d’ici-bas. C’est en même temps l’accomplissement de notre désir le plus profond. Nous ne pouvons pas le combler par nous-mêmes, car ce n’est pas nous le but de notre existence. Nous n’avons pas en nous le sens de notre existence. Le croire serait ce que Jésus appelle "s’élever".

Renoncer non pas au besoin de grandeur mais à l’illusion de le combler soi-même, c’est se reconnaître même temps fait pour Dieu, car lui seul peut nous combler, et fait pour les autres, car seule la communion fraternelle fait grandir. C’est ce que Jésus appelle "s’abaisser", la seule voie possible de la grandeur. S’abaisser, considérer les autres supérieurs à nous, ce n’est pas se comparer à eux mais c’est considérer qu’ils sont, de notre part, plus dignes d’attention que nous-mêmes. C’est en se décentrant de soi que l’amour devient en nous une vraie grandeur.

Julien Green, qui vient de disparaître, l’avait compris, lui qui nous disait : tu ne seras meilleur que lorsque tu te seras complètement perdu de vue, et alors tu penseras à celui qui t’a créé. Modifié le 18 juillet 1999




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